Confirmation par Albadé Abouba de sa candidature à l’élection présidentielle : Mohamed Bazoum de plus en plus embourbé

Le 4 anniversaire du MPR Jamhuriya, célébré le samedi 2 octobre 2019, au palais du 29 juillet, dans l’allégresse des militants de ce parti sorti des flancs du Mnsd Nassara mais qui a su consolider ses bases grâce, essentiellement, à une conduite exemplaire de son leader , n’a pas eu un air de fête pour tout le monde. Candidat à l’élection présidentielle prochaine au titre de son parti, le Pnds, Mohamed Bazoum, par ailleurs ministre de tutelle des élections, a vu une partie de son rêve s’effondrer en écoutant Albadé Abouba, le président du MPR Jamhuriya prononcer son discours. Et pour cause, Albadé Abouba a annoncé l’intention de son parti d’être sur la ligne de départ de toutes les élections à venir. Autrement dit, le MPR disputera aussi bien les locales que les législatives, mais présentera également un candidat à l’élection présidentielle. Le Président du MPR remet ainsi en cause une position acquise par amitié pour Issoufou Mahamadou face auquel il s’est effacé, poussant même les choses jusqu’à demander s’il a une tête de président. Aujourd’hui, Issoufou Mahamadou est sur la sortie et Albadé Abouba entend visiblement prendre sa place, toute sa place, dans l’arène politique. Les élections à venir seront pour le MPR des élections de confirmation qu’il ne s’agit pas simplement d’un regroupement par opportunisme d’individus autour d’une personnalité politique, mais bien d’un cadre créé autour de convictions qui sont plus que jamais d’actualité.

Mohamed Bazoum ne bénéficiera des faveurs faites à Issoufou Mahamadou

L’annonce de la candidature d’Albadé Abouba ne peut, donc, faire l’affaire d’un Mohamed Bazoum. Outre que ce dernier n’a pas la popularité d’un Issoufou Mahamadou, les bases politiques qui pourraient éventuellement lui permettre de combler son déficit de popularité, sont en train de s’éroder dangereusement. Ne pouvant bénéficier des faveurs faites à Issoufou Mahamadou en février 2016 de la part du président du MPR, le président et candidat du Pnds reste en proie à l’incertitude. Une incertitude qui grandit au fil des jours et qui semble le déclasser progressivement de la ligne des favoris vers celle des outsiders. Mohamed Bazoum a peut-être plus d’un tour dans son sac. Mais l’allure actuelle des choses doit probablement l’inquiéter. Le général à la retraite Djibo Salou, le dialogue politique inclusif, puis à présent Albadé Abouba qui se met à rêver du fauteuil qu’il convoite. Une succession de faits générés peutêtre par le hasard – il n’existe pas chez les philosophes – mais qui ne fait guère les affaires du candidat adoubé par Issoufou Mahamadou. Sur les réseaux sociaux circule actuellement une photo de lui le montrant sous les traits d’un homme miné par des soucis et ne sachant plus quoi faire. Cette photo, semble-t-il, a été prise, samedi matin, lors des festivités marquant le 4e anniversaire du MPR Jamhuriya. Et pour se moquer de lui, les détracteurs prétendent qu’elle a été prise exactement au moment où Albadé Abouba a annoncé que son parti alignera des candidats à toutes les élections, locales, législatives et présidentielle.

Le Président Issoufou va-t-il regarder son candidat s’embourber

Issoufou Mahamadou aurait-il déjà lâché son poulain ? S’il l’a publiquement présenté au monde entier en tant que son choix personnel et recommandé auprès des chefs traditionnels de la région de Tahoua, le Président Issoufou va-t-il regarder son candidat s’embourber ainsi ? D’aucuns estiment que la candidature d’Albadé Abouba est plus qu’un coup de massue sur la tête de Mohamed Bazoum qui sait, d’ores et déjà, qu’il ne bénéficiera pas des extrêmes faveurs faites à Issoufou. Il n’a, selon des observateurs avisés, plus d’autre alternative que d’œuvrer à faire échouer le dialogue politique. Une éventualité pleine de risques pour lui en sa qualité de ministre de l’Intérieur, qui sait plus que quiconque les périls majeurs que feraient courir au Niger des élections tronquées. De ce point de vue, il ne peut être aveuglé par ses ambitions au point de se dérober à ses responsabilités.

Mohamed Bazoum, attendu sur les questions à l’ordre du jour du dialogue

Selon les avis qui ont cours dans certains cercles de discussion, si d’aventure Mohamed Bazoum embouche la trompette du statu quo pour faire barrage au dialogue qui s’annonce, c’est qu’il est indiscutablement conscient qu’il ne pèse pas grand-chose pour convoiter le fauteuil présidentiel. Des soupçons pèsent sur lui quant à sa sincérité à dialoguer en vue de s’entendre sur un code électoral consensuel, une Ceni et une direction du fichier électoral biométrique (Difeb) équilibrées. Pourtant, des échos parvenus au Canard en furie, relativement à la réunion préliminaire des leaders politiques, il a affiché une position qui ne laisse aucun doute sur sa disponibilité à la concertation. Il le sait, le Niger entier attend de voir s’il ne refera pas le même coup que l’année dernière et faire échouer ce dialogue plein de promesses pour le Niger. Sur les élections, le code électoral, la Ceni, le Cndp, l’accès équitable aux médias d’Etat et le comité de suivi de la mise en œuvre des décisions adoptées dans le cadre du dialogue, le ministre de l’Intérieur et candidat à l’élection présidentielle va avoir du pain sur la planche pour convaincre de la bonne foi de ses positions. Les choses seront d’autant plus difficiles pour lui que, selon des sources politiques crédibles, le curseur a considérablement bougé et les acteurs politiques, dans leur majorité écrasante, sont plutôt sur une même longueur d’onde.

Doudou Amadou

14 novembre 2019
Publié  04 novembre 2019
Source : Le Canard en Furie

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