Changements intervenus à la tête de l’armée : Il faut aussi chercher et châtier les auteurs du détournement des 1700 milliards

aLe Général de Division, Salifou Modi chef d’état-major des armées Les changements intervenus, le lundi 13 janvier 2020, la tête de l’armée nigérienne, ont été plutôt bien accueillis au sein de l’opinion nationale. Sur deux plans, au moins. D’une part, parce que, pour une fois, le Président Issoufou s’est senti contraint de faire droit aux revendications publiques demandant des sanctions dans les rangs de ceux qui gèrent la sécurité et la défense nationale ; d’autre part, parce que les officiers nommés jouissent d’une bonne réputation de soldats. Le général de division, Salifou Modi, le général de Brigade, Didilli Amadou et le général de Brigade Seidou Bagué, sont en l’occurrence des officiers que l’on dit valeureux, tant par leurs faits d’arme que par leur intégrité et leur rigueur militaire. Les éloges pleuvent et les satisfécits, publiquement déclarés ou pas, ne se comptent plus. Comme si, par ce coup de baguette magique, les Nigériens espèrent enregistrer des changements notables du jour au lendemain. Et si leur espoir, de bonne guerre, se justifie dans le contexte actuel, est peut-être par trop exagéré. Le changement de quelques chefs militaires, soient-ils à des postes stratégiques comme ceux qui ont été concernés, pourrait-il changer la donne sur le terrain ? Des doutes subsistent. Les généraux appelés à la rescousse risquent fort d’être confrontés à la logique de résistance des cartels qui ont mangé les 1700 milliards destinés à l’équipement et à l’armement des Forces de défense et de sécurité. Tapis dans les allées sombres de l’armée, dans les couloirs et bureaux de l’administration publique, mais aussi dans les milieux pourris de certains hommes d’affaires, les auteurs, coauteurs et complices du détournement de 1700 milliards prévus dans différentes lois de finance pour l’acquisition d’équipements et armements militaires adéquats ne peuvent interpréter ces changements subits que comme une menace à leur endroit.

Les auteurs du détournement des 1700 milliards doivent payer Que va-t-il se passer à présent ? Si le changement des responsables de l’armée est un pas décisif vers un changement de paradigmes dans la stratégie de défense et de sécurité, il reste que le chemin à faire pour parvenir à des résultats tangibles est non seulement long, mais parsemé d’embûches. Si l’on se fie aux réactions enregistrées ici et là, les Nigériens sont restés sur leur faim. Ce qu’ils attendent, c’est davantage de sanctions, notamment à l’encontre de ceux qui ont mangé l’argent de l’armement. Exactement comme dans le cas du Nigeria où un certain conseiller Dasuki a fait main basse sur des milliards de dollars affectés à la lutte contre Boko Haram. Pour nombre de Nigériens, les changements opérés à la tête de la hiérarchie militaire constituent un travail à moitié fait. Les sanctions doivent aller au-delà d’un simple changement à la tête de l’armée. Pour Dr Abdoulaye Bagnou, militant du Moden Fa Lumana Africa, « les pilleurs de la République doivent rendre des comptes, les incompétents doivent être remerciés et les méritants à la tâche ». Quant à Ibrahim Bana, activiste des réseaux sociaux qui se bat depuis longtemps pour une reddition des comptes des acteurs de ce crime à la foi économique et humain, « des centaines de nos FDS meurent parce qu’à Niamey, dans les bureaux ou salons feutrés, certains ont eu un appétit vorace et ont décidé de faire main basse sur l’argent destiné à leur offrir des moyens adéquats de lutte contre des illuminés sans foi ni loi ». Ce seraient des inspections diligentées dans les services du ministère de la Défense nationale qui auraient mis à nu les irrégularités qui sont à la base de cette situation. Des irrégularités qui vont de la surfacturation au non-respect des caractéristiques du matériel, en passant par des prestations fictives. Les changements à la tête de l’armée seront-ils suffisants pour endiguer les attaques terroristes ? À quoi serviraient ces changements à la tête de l’armée si les moyens militaires conséquents ne suivent pas ? Pour Moussa Tchangari, acteur de la société civile et secrétaire général d’Alternative Espace Citoyen, « un changement d’équipe à la tête de l’armée ne signifie pas forcément un changement de politique de gestion de la crise sécuritaire ». Quoi qu’important, il n’est pas, dit-il, suffisant pour inverser une situation aussi désastreuse. Moussa Tchangari Pourrait avoir raison. Outre le fait que le Président Issoufou s’est montré jusqu’ici réticent pour permettre à la justice d’entendre les auteurs de détournements massifs d’argent public, il reste que l’armée, jusqu’à preuve du contraire, ne dispose pas de moyens militaires propres pour endiguer les attaques terroristes récurrentes. Aucun appareil volant n’est encore opérationnel. Selon des informations qui ont circulé à un moment, hélicoptères et avions de combat seraient tous en maintenance. Jusqu’à quand ? L’urgence, elle, se fait pressante. Le moral des troupes semble avoir été touché, des audios de soldats faisant état de leur état d’esprit circulant sur les réseaux sociaux. Après l’attaque particulièrement meurtrière de Chinagodar, des soldats ont dû se replier sur Abala et Banibangou. Une situation qui fait craindre le pire au sein de l’armée. Déjà, à Ikarfan, autre localité frontalière du Mali, des soldats auraient manifesté leur mécontentement. Où sont passés les 1700 milliards devant permettre d’acquérir armements et équipements Où sont passés ces 1700 milliards, se demande-t-on un peu partout dans les discussions de fadas ? La réponse n’est pas pourtant bien loin. Dans un article qui a fait sensation, il y a quelques mois, Abou Maman, fondateur du journal Le Républicain, a titré, à la Une, « Pourquoi tant de laxisme ? ». Dans cet article, Abou Maman, que l’on sait très proche du Pnds Tarayya pour ne pas dire qu’il en est un militant des premières heures, a clairement pointé un doigt accusateur sur le ministre de la Défense nationale de l’époque, Kalla Moutari, qu’il a accusé de passer son temps à distribuer des marchés d’acquisition de véhicules 4X4 desquels il tire de grosses commissions. Les appareils volants de l’armée de l’air sont tous cloués au sol, précise-t-il, par manque de maintenance. Cet article, signé d’un homme qui sait de quoi il parle, est une réponse aux interrogations que se posent beaucoup de Nigériens. Ibrahim Bana, un début de réponse se trouve au plateau, à Koubia, à Goudel, en somme dans la périphérie de Niamey où villas, domaines et autres châteaux ont poussé comme têtards dans un étang.

Yaou  
25 janvier 2020
Publié le 15 janvier 2020
Source : Le Monde d'Aujourd'hui

Imprimer