Perspectives électorales 2020-2021 : Vers un front uni pour sauver le Niger

Perspectives électorales 2020-2021 Vers un front uni pour sauver le Niger Le Niger traverse sans doute une phase critique de son évolution et les perspectives se présentent plutôt mal. À la situation économique, sociale et sécuritaire critique qui prévaut depuis quelque temps, se mêle la confusion politique. Le Niger vogue ainsi à vue, sans que les Nigériens perçoivent clairement où ils vont. Partisans du pouvoir et opposition n’ont pas la même lecture de la situation et des perspectives qui se dessinent. Alors que les partisans du pouvoir trouvent que tout va bien comme dans le meilleur des mondes possibles, que le Niger n’a jamais eu un code électoral aussi bon que celui qui est actuellement en vigueur, que le processus électoral se déroule suivant les normes établies et qu’il sera couronné de succès, les fronts de l’opposition estiment que la situation est désastreuse, que le Niger va à vau-l’eau et que le processus électoral, si l’on ne prend des mesures correctrices, risque d’engendrer une crise préélectorale et/ou postélectorale. Les positions sont, donc, tranchées et le président de la République ne semble pas au dessus de la mêlée. Le 17 décembre, au soir, à l’occasion du 62e anniversaire de la proclamation de la République du Niger, Issoufou Mahamadou a spécialement félicité le Premier ministre, Brigi Rafini pour un dialogue pourtant avorté ; tout comme il a félicité et encouragé la Commission électorale nationale indépendante (Ceni) à poursuivre ce qu’elle fait déjà en bien. Une façon de répondre à l’opposition qui attend, d’une part, qu’il apporte une caution personnelle à la tenue du dialogue national inclusif, d’autre part, de voir les pourparlers politiques déboucher sur une réforme du processus électoral. Et depuis cette annonce, jugée iconoclaste de la part d’un président de la République, l’opposition politique semble avoir considéré le divorce consommé. Le samedi 18 janvier 2020, sa composante réunie dans le cadre du Front pour la restauration et la défense de la République (Frddr) a rendu publique une déclaration pour le moins virulente dans laquelle il n’exigeait, ni plus, ni moins que « le départ de Issoufou Mahamadou afin que le Niger vive ».

Une classe politique fragmentée à dessein

La déclaration du Frddr, dans tous ses aspects, traduit un état d’esprit près de la révolte. Les discours ternes ont fait place aux discours musclés et les résolutions hésitantes sont désormais délaissées au profit de décisions très engagées. Tout ce ci laisse entrevoir une mutation dans les positions au sein de l’opposition. Longtemps échauffés mais continuellement ramollis par les discours tempérés des leaders, les militants des partis d’opposition se disent désormais en phase avec les responsables politiques. La contestation du processus électoral et de la Ceni qui le pilote représentent une source potentielle de conflit. Mais le pouvoir reste sourd à tout appel à la raison, se mettant en fin de compte sur le dos l’ensemble des partis politiques décidés à s’émanciper de la tutelle du Pnds Tarayya. La dislocation de certains de ces partis, inspirés et soutenus quelque part, est en train de s’amplifier et de s’étendre à des formations politiques jusqu’ici épargnées. C’est le cas du Mpr Jamhuriya d’Albadé Abouba. Parti allié au Pnds, né de la fronde suscitée au sein du Mnsd Nassara en 2014, le Mpr Jamhuriya a été, jusqu’à une date récente, le parti jumeau du Pnds. Jusqu’au jour où, à l’occasion du 4e anniversaire de son parti, Albadé Abouba a annoncé sa candidature à l’élection présidentielle prochaine. Une éventualité que de grands responsables du Pnds ont tout fait pour le dissuader d’annoncer.

Le Mpr Jamhuriya, une victime qui traverse des jours difficiles, mais qui reste toujours allié au Pnds et Albadé Abouba demeure un soutien ferme à Issoufou Mmahamadou

Aujourd’hui, son parti est en train de subir, diton, les représailles auxquelles il s’exposait en annonçant sa candidature à la présidentielle, lui qui s’était gentiment effacé devant Issoufou Mahamadou en 2016. Le 16 janvier 2020, Alma Oumarou a déclaré, depuis la capitale du Damagaram, que la section Mpr de Zinder retire sa confiance au président du parti, Albadé Abouba. Un coup dur qui sera, peu à près, suivi d’un autre, cette fois-ci à Niamey. Le jeudi 23 janvier 2020, la section de Niamey, sous la férule d’Amadou Salifou, ancien président de l’Assemblée nationale, a rendu publique une déclaration dans laquelle elle dit également avoir retiré sa confiance à Albadé Abouba. Et pour ne rien laisser au hasard, elle annonce le sieur Hama Moussa Touré comme candidat à la présidence du parti lors du prochain congrès du parti. Dans cette guerre larvée de dislocation du Mpr Jamhuriya, l’aile acquise à Albadé Abouba ne reste pas l’arme au pied. Réponse du berger à la bergère, dès le lendemain de la cinglante déclaration des hommes acquis à Amadou Salifou, ceux qui voient en eux des mercenaires ont réagi. Dans une déclaration, lue le même jeudi 23 janvier 2020, la section jamahuriya, proche d’Albadé Abouba dit exprimer son soutien ferme et indéfectible au président de notre parti. Curieusement, le Mpr reste un allié sûr du Pnds et Albadé Abouba demeure un soutien ferme du président Issoufou.

Le Niger va très mal, sur tous les plans

Le Mnsd Nassara, le Moden Fa Lumana Africa, le Mpn Kishin Kassa, la Cds Rahama, Amin Amen, bref tous les partis politiques épris d’indépendance dans la coopération, se sont retrouvés ou se trouvent encore dans le collimateur du Pnds Tareyya, donnant ainsi raison à Hama Amadou, le chef de file de l’opposition qui, depuis 2014, parlait déjà de la volonté hégémonique de ce parti d’instaurer la pensée unique. Victimes de ces actions de sabordage dont ils connaissent parfaitement la provenance et l’inspiration, ces partis seraient en train d’envisager un front uni pour sauver le Niger et ce qu’il en reste comme l’a déclaré récemment Ibrahim Yacoubou de Kishin Kassa. Selon des informations non encore officielles, ce front n’a rien de politique puisqu’il pourrait aller au-delà des lignes de démarcation traditionnelles. Car la confusion politique actuelle n’épargne guère le Pnds et ce parti, comme les autres, pourrait connaître une implosion encore plus grande que celles auxquelles les autres partis ont fait face. Conseiller de Mohamed Bazoum, Oumar Moussa a publié sur sa page facebook ceci : « Il y a des domaines (3 précisément) sur lesquels « la camaraderie politique s’arrête et la conscience d’un Intérêt National » supérieur à TOUT, prime. En tête de ces domaines, celui de la défense et la sécurité nationales. Ce domaine qui conditionne « notre souveraineté et notre existence en tant qu’Etat démocratique, est HORS du commerce politique ». Il y a des domaines (3 précisément) sur lesquels « la camaraderie politique s’arrête et la conscience d’un Intérêt National » supérieur à TOUT, prime. En tête de ces domaines, celui de la défense et la sécurité nationales. Ce domaine qui conditionne « notre souveraineté et notre existence en tant qu’Etat démocratique, est HORS du commerce politique ». Ce qui laisse supposer que le président et candidat officiel du Pnds ne cautionne pas la politique sécuritaire actuelle. De simples bisbilles qui constituent sans doute des querelles de famille. Pas plus, note-t-on.

Les Nigériens vivent le martyr et s’interrogent sur demain

Un front uni pour quoi faire ? La réponse se trouve dans la bouche de l’ancien président de la République, Mahamane Ousmane. À l’occasion du 1er congrès de son parti, le Rdr Tchandji, Mahamane Ousmane a de nouveau brossé un sombre tableau de la situation du Niger. Une situation faite, dit-il, « d’iniquité, d’injustice, d’inégalité croissantes, toutes génératrices de frustrations, d’incivisme, de révoltes et conséquemment d’insécurité croissante ; d’insécurité permanente et croissante, semant la peur, la désolation et surtout, d’innombrables victimes dans les centres urbains et ruraux, insécurité gérée de manière inefficace, cavalière et insouciante, abandonnant à leur sort de nombreuses familles meurtries ou endeuillées ». Les Nigériens, conclue-t-il, savent que leur pays va mal, très mal, et sur tous les plans : politique, économique, social et culturel et ils le vivent et le sentent dans leur chair, dans leur coeur et dans leur âme ». Ce sont autant de raisons qui conduisent, lentement mais sûrement à un front uni contre le pouvoir actuel afin de sauver le Niger.

04 février 2020
Source : Le Canard en Furie

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