La Renaissance et sa gouvernance catastrophique : La fin d’un mythe ?

La Renaissance et sa gouvernance catastrophique : La fin d’un mythe ?Dans son parcours, le Pnds a donné à croire qu’il est le meilleur sur l’échiquier ; le parti qui sera à même de répondre au mieux aux attentes des Nigériens, de gouverner autrement en promouvant les valeurs portées par la démocratie et la morale politique - car il y a bien une morale politique n’en déplaise aux machiavéliques. On l’a cru. Pour notre malheur. On peut d’ailleurs se souvenir que Hama Amadou dont le parti, pour le premier mandat, aura été l’artisan qui avait rendu possible la victoire du «camarade» et qui aura en même temps légitimé le pouvoir des guristes, après le mal fait au Niger et aux Nigériens par un régime socialiste asocial, a dû demander aux Nigériens pardon pour avoir été de ceux qui, indépendamment de la volonté divine, avaient porté des pseudo-socialistes ingrats au pouvoir pour leur faire vivre les pires iniquités, incapables de tirer les leçons de l’histoire. C’est pourquoi, pour de nombreux analystes si la démocratie nigérienne a connu tant d’épreuves et d’écueils c’est par les intransigeances et l’intolérance politique d’un parti socialiste qui n’a jamais rien voulu tant que ce n’est pas par lui.

C’est pour dire, au début, qui n’avait pas cru à ce discours de Gauche qui prétendait sortir des entrailles du peuple, disant le connaitre mieux qu’un autre, car ses acteurs, ne pouvant se prévaloir d’aucune histoire singulière dans le pays, ne pouvaient que se revendiquer de ce peuple qu’ils méprisent aujourd’hui pour prendre peu soin de lui ?

Un nom qui perd de sa superbe…

Issoufou Mahamadou, pour les militants du Pnds, est «Zaki», le Lion qui, par la symbolique des noms dans la littérature et dans les imaginaires, est le roi de la jungle, il est la représentation de la férocité, de la force brute et brutale, de la violence aussi. Par ces connotations diverses, on peut croire que les Nigériens avaient été avertis pour comprendre à qui ils auraient à faire. Depuis neuf ans en effet que gouverne le Camarade président – Zaki – les Nigériens n’ont vu que de la violence, de la brutalité, de la mort, mais surtout de la faiblesse, voire de la mollesse visà- vis de cas graves prévarications, de scandales qu’un «Lion» et un vrai ne peut jamais tolérer. Ceux qui ont voulu ce sobriquet flatteur pour leur champion, ont les raisons pour lesquelles ils ont fait référence à ce symbole des fables et des contes pour croire que leur champion incarne un leadership incomparable. On aura cru par un tel choix de surnom que pour eux, leur leader serait le modèle de leadership dont a besoin le pays pour moraliser la vie publique et assainir la gestion publique des affaires. On pouvait s’y attendre d’ailleurs quand on sait avec quelle hargne, l’Opposant d’une époque dénonçait la malgouvernance, visiblement intolérant vis-à-vis des détournements de deniers publics. Hélas, les Nigériens finirent par comprendre que le Lion n’en était pas un, du moins dans le sens escompté, pour s’attaquer aux tares de la gouvernance qu’il n’a pas su combattre, car la volonté politique pour un tel engagement lui a cruellement fait défaut. Du reste, Bazoum Mohamed lui-même, à la veille des élections de 2016 le reconnaissait publiquement. Ainsi a-t-on vu prospérer sous son magistère tous les travers qu’il proscrivait en d’autres temps où il jouait à la séduction d’un peuple pris dans les pièges de ses discours mielleux. L’on n’a vu ses fureurs s’abattre que sur les seuls Nigériens qui ne soutiennent pas son régime : opposants, journalistes bavards, et acteurs de la société civile critiques et insoumis.

Au pouvoir, comme d’une espèce croisée, l’on découvre un Lion d’un autre genre, privé de ses qualités léonines naguère célébrées à sa gloire, à la gloire du Camarade président. Sa gestion est de loin dans l’histoire du pays celle qui a été la plus émaillée de scandales, de détournements massifs, d’enrichissement rapide et illicite au point de faucher un Etat qui ne survit depuis des années que par le système D. Alors qu’une minorité isolée à l’intérieur du parti s’enrichissait de manière scandaleuse et honteuse, l’Etat tombe lui inexorablement dans la crise financière doublée d’une crise politique et sociale et le peuple dans une précarité sans précédent avec une misère ambiante visible dans toutes les couches sociales, tant de la ville que de l’espace rural abandonné à lui-même depuis neuf ans que gouvernent les camarades socialistes. Face à la prédation mise en oeuvre par le système installée depuis le 7 avril 2011, on ne vit aucune action envisagée pour dissuader la pègre qui prend racine dans le régime, presque bénéficiant de l’indulgence d’un gouvernement décidé à enrichir ses hommes, non sans trahir un peuple, et ce dans l’espoir que la nouvelle bourgeoisie «fabriquée» ayant le magot nécessaire à acheter les consciences, pourrait acheter tous les hommes car dans l’entendement des camarades chaque homme, qui qu’il soit, devait avoir son prix et le système qui n’a pas souffert à avoir autant de fortune qui le surprend, ne pouvait hésiter à mettre la main à la poche pour se servir de son argent sale à débaucher et à aliéner des hommes, des syndicats, des acteurs de la sociétés civile, et autres structures organisées aujourd’hui rangés et incapables de parole pour dénoncer le mal qui détruit le pays à petit feu. Où sont Issoufou Sidibé, Seyni Oumarou, Dr. Adal, Itinikar, Hamissou ? Faut-il croire qu’ils ont définitivement vendu leur âme ?

Alors que les cas de malversation sont avérés, la Renaissance des camarades – non la Renaissance du Niger – n’a jamais eu le courage de s’attaquer au phénomène en faisant poursuivre par la Justice du pays, tous ceux dont les visages sont pourtant connus et qui ont commis des actes répréhensibles, à répondre de leurs actes. Les Nigériens ont même été choqués de voir le président lui-même, pendant que l’on attend de lui de punir des coupables, sans pudeur, et sans respect pour les valeurs de justice, faire la promotion de ceux-là qui ne peuvent avoir de place dans un Etat de droit normal que dans une prison, en les nommant notamment dans son cabinet ou même à la tête d’autres structures comme pour dire aux Nigériens que tant que c’est lui qui gouverne, ces hommes et ces femmes seront intouchables et ne répondront jamais devant la Justice pour ainsi consacrer l’impunité dans le pays. Cette réalité de la gouvernance du grand camarade, tous les Nigériens l’ont intégrée pour ne plus savoir attendre de l’élévation de la part de sa gouvernance ni même quelque sursaut à la suite d’une demande populaire pressante qui appelle au ressaisissement et au devoir de justice autour du dossier de l’audit au ministère de la Défense Nationale qui fait couler beaucoup d’encre et de salive dans le pays, mais sans que jamais l’émoi qu’il a suscité dans le peuple ne s’estompe. La grande campagne médiatique autour la pandémie du coronavirus n’aura été d’aucun secours pour un gouvernement qui espérait s’en servir pour taire les vagues d’indignation soulevées par ces vols du siècle et étouffer l’affaire qui pourrait – et tous les Nigériens ont fini par le comprendre – remonter à des niveaux insoupçonnés du système. Les gesticulations de ces derniers jours ne sont donc que la manifestation d’un instinct de survie, la preuve des peurs qu’éprouve un régime qui a certainement compris que l’heure des comptes est arrivée pour lui, malheureusement sans être suffisamment puissant à conjurer le mal qui lui arrive. C’est donc la fin d’un mythe entretenu par des décennies de discours, de propagande, de manipulation qu’une petite décennie d’actions publiques a permis de dévoiler, de mettre à nu, révélant les tares masquées du socialisme nigérien, ses goûts immodérés pour la luxure et la mondanité qui trahissent son choix doctrinaire, les mensonges de ses paroles vendues au peuple depuis 90. Tant qu’il pouvait rester à l’opposition, il pouvait dire tout le bien dont il est capable si jamais le peuple lui faisait confiance. Mais au pouvoir, les socialistes oubliaient qu’on ne juge plus les hommes sur leurs paroles, sur leurs discours mais sur leurs actes, sur leurs actions. Ainsi, au lieu de porter des actions au plus près des Nigériens pour répondre à leurs attentes, la Renaissance s’est contentée de gros discours inutiles, parlant et parlant tous les jours de tout et de rien pour aucune efficacité si ce n’est d’agacer un peuple las d’attendre de voir se concrétiser les promesses faites notamment les promesses de transparences économique, électorale, de rigueur dans la gestion, de justice, de consolidation de la cohésion sociale, d’émergence du petit peuple aujourd’hui laissés sur les marges. Franchement par exemple, entre nous, la promesse du rail, est-elle tenue ? Peut-on vraiment croire que le train est enfin arrivé au Niger comme l’avait chanté le régime au premier mandat ? On nous a gavés de trop de mensonges, de démagogie. Les masque sont tombés et le mythe est cassé : les Nigériens découvrent que le Pnds n’est ni démocrate, ni patriote, ni technocrate, ni bon gestionnaire, ni visionnaire, ni tolérant politiquement, ni compétent tant au plan politique qu’au plan professionnel, technique. La seule industrie qu’il a su développer est le vol, le détournement de fonds pour le confort de ses enfants choyés. Jamais les Nigériens n’auront vu un pouvoir aussi merdique – Seyni Oumarou dira satanique – comme celui-ci.

D’ailleurs, le régime a conscience de son impopularité dans le peuple depuis qu’il s’est rendu compte que ses propres militants, presque humiliés par les révélations de leur gestion promise pour être différente et meilleure, n’ont plus que la tête basse, faisant profil bas pour ne pas voir la laideur exhibée de leur pouvoir. Face à cette réalité martyrisante pour les militants sincères ayant une conscience politique de leur rôle mais déçus, bien d’hommes et de femmes d’entre eux savent que leur parti – le Pnds – n’a plus aucun autre discours à porter pour le peuple, aucune nouvelle parole à dire aux Nigériens. Que peut-on avoir à dire après de si hautes trahisons si ce n’est des excuses que le peuple ne peut d’ailleurs pas acceptées quand on sait la gravité des crimes. Pourtant, le candidat choisi par Issoufou pour lui succéder – ce qui ne fait pas de la démocratie – et une partie contrariée du Pnds, Bazoum Mohamed, inscrivait son action future dans la «continuité» pour marcher exactement dans les pas de son bienfaiteur à qui il doit cette courtoisie pour assumer pleinement son héritage.

Est-il d’ailleurs obligé ? Certainement oui car s’il est candidat, c’est bien par l’homme qu’il apprend désormais à célébrer, non par un parti qui a été presque courtcircuité sans lui laisser la latitude, par les jeux de la démocratie interne, d’opérer un choix plus rationnel, plus raisonné, plus politique, plus efficient, non émotif, ni même affectif. Le candidat déjà embourbé, peut-il savoir les conséquences d’un tel choix politique dans les moments difficiles qui arrivent ? Son projet présidentiel, dès lors s’annonce des plus délicats, des plus improbables, des plus hypothétiques. Le Pnds a détruit le Pnds. Par sa gestion faite de scandales et d’injustices, le parti n’a plus de nom et de réputation, si ce n’est cette mauvaise réputation qui rime d’ailleurs avec l’idéologie contrefaite que les camarades promeuvent sous nos tropiques. Dans la conscience du désamour du peuple déçu, avec la pandémie qui étrangle le monde où les politiques ont fini par révéler leur incapacité, la Renaissance s’accroche au coronavirus comme à un gilet de sauvetage, pour voir passer vite les ardeurs qu’elle lit dans le peuple et espérer s’en tirer à bon compte. Sauf que la Renaissance n’a pas trop de chance car au même moment, ils sont nombreux les partenaires, à douter d’elle, à se méfier d’elle, et souvent à savoir prendre leurs distances avec un système au double langage.

L’extérieur méfiant…

C’est au même moment où l’on apprenait comment des hommes se sont servis des fonds alloués à l’armée en temps guerre, que l’on apprenait aussi, sur la Radio Mondiale que des partenaires européens se plaignent que certaines parts de leur aide ne soient pas traçables, non inscrites dans les budgets, soupçonnant ainsi implicitement, un détournement de l’aide. Les mêmes reproches sont portés par la Banque Mondiale. Or, dans ces cas, il ne s’agit plus d’aller devant un juge mais de restituer des fonds dissipés, subtilisés car les partenaires sont redevables vis-à-vis de leurs contribuables et ne peuvent pas faire la complaisance à un gouvernement pour le laisser gérer à sa guise des fonds consentis pour des programmes précis. L’histoire donne d’ailleurs raison à Angela Merkel qui avait, en face de Mahamadou Issoufou qui lui exprimait l’impatience des partenaires sahéliens à voir les partenaires libérés les fonds promis, dit sans détour que leur argent, sans doute pour des soucis de gestion, ne va pas dans les mains des gouvernants mais d’ONG internationales auxquelles faut-il comprendre, les gouvernements européens font confiance pour gérer mieux les fonds, avec parcimonie.

Et ce n’est pas le seul problème que gère le gouvernement de Brigi Rafini dont l’incompétence est notoire. L’on sait que des données fournies au niveau de l’Education dans le cadre d’un programme ont été rejetés par les partenaires. Cela ne peut qu’ajouter à la méfiance des partenaires et désormais avec ce qui a été révélé au ministère de la Défense National, et ce pendant que la France envoie ses soldats mourir chez nous, il est clair que les alliés européens – déjà dès au départ certains étaient réticents à donner un chèque à blanc à Issoufou mais l’Ami Hollande pouvait à l’époque s’imposer et imposer des connivences avec Niamey - ne peuvent que s’éloigner d’un tel système qui peut rester à faire du business sur les cadavres de ses soldats en guerre, se servant des budgets qu’il lui vote théoriquement, pour les récolter à des fins personnels, entre amis, entre camarades. Comment ne pas croire que ce faisant c’est en même temps les partenaires et notamment la France et les Nigériens et leur armée qu’on trahissait ?

Depuis lors, les partenaires occidentaux qui s’étaient laissés séduits par les discours d’un homme, par ses engagements qui ne restaient finalement que dans le verbe, ont fini par sortir de leurs préjugés, découvrant aujourd’hui les vices d’une gouvernance, les tares d’acteurs d’un système à qui la France avait, peut-être pour des raisons inavouées et inavouables, eu une confiance aveugle. Comme quoi chez ceux avec lesquels il aimait copiner à un moment pour montrer qu’il marche désormais avec les grands du monde, les pendules sont mises à l’heure : la Renaissance est une peste politique.

Les Etats-Unis l’ont certainement compris avant les autres pour annoncer depuis des mois qu’ils s’en allaient loin de la poudrière sahélienne. Le lobbying d’Emmanuel Macron n’y fait rien : l’Amérique se retire du Sahel, apprenait-on, malgré les missions envoyées à Washington par Paris. Aujourd’hui donc, le système mis en place par Issoufou Mahamadou est presque en fin de course, vivant l’enfer de l’étau. Apeuré par la pandémie du coronavirus qui arrive à grands pas et pour laquelle il sait qu’il manque de réponses appropriées, le régime des camarades vit depuis des jours sous la pression de Nigériens et de structures associatives nigériennes mais aussi de partenaires extérieurs qui veulent voir clair dans la gestion de leurs fonds pour lesquels le devoir du compte-rendu s’impose à chacun.

Des temps ont changé. Aujourd’hui, la Renaissance doit faire face à son sort.

Elle doit s’assumer. Pour l’histoire.

A.I.

28 mars 2020
Publié le 23 mars 2020
Source : Le Canard En Furie

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