L’acteur de la société civile Nouhou Arzika et ses camarades n’ont pas cédé aux intimidations : Ils sont toujours sur les traces des milliards de l’Armée détournés au ministère de la Défense nationale

L’acteur de la société civile Nouhou Arzika et ses camarades n’ont pas cédé aux intimidations : Ils sont toujours sur les traces des milliards de l’Armée détournés au ministère de la Défense nationale  La société civile n’en démord pas. Le gouvernement pensait peut-être l’avoir décapitée. Mais elle est plus que jamais déterminée à gagner gain de cause. Depuis l’interpellation de six de ses leaders, consécutivement à la manifestation populaire du 15 mars 2020, puis leur mise sous mandat dépôt, les organisations de la société civile indépendante semblent avoir déterré la hache de guerre contre le régime. Usant d’un langage rarement aussi violent, elles viennent, à nouveau, de se faire entendre dans ce brouhaha du coronavirus. Une façon de faire savoir que l’intimidation et les interpellations policières ne suffiront pas à les arrêter. Dans une déclaration de presse, hier, mardi 31 mars 2020, les organisations de la société civile ont d’abord rappelé que leurs six collègues arrêtés ont été placés en mandat dépôt et écroués dans des prisons situées en dehors du ressort du juge en charge de leur dossier, et pour la plupart situées dans une zone à haut risque, en état d’urgence sécuritaire. Une violation de la loi et des dispositions légales dont le gouvernement ne semble nullement s’embarrasser. Pour la société civile, il s’agit manifestement de régler ses comptes à des citoyens qui empêchent de tourner en rond. L’enchaînement des actes posés par le gouvernement met de l’eau à leur moulin. Par communiqué N°0067, le ministre de la Justice, Morou Amadou, a fait savoir raison des mesures prises pour protéger la population contre le COVID19 et dans le prolongement de celles-ci, les visites aux détenus sont interdites à compter du 20 mars 2020, et ce pendant trois mois. Une mesure que la société civile juge ciblée, inique, aux allures de règlement de compte. Cette mesure, font-elles observer, intervient seulement quelques heures après la déportation et l’incarcération de leurs camarades. Pourquoi est-ce l’unique mesure prise dans le cadre de la lutte contre la pandémie qui s’étend sur trois mois ?

La cruauté du discours est à la mesure de la révolte qui sourd dans les rangs de la société civile

La société civile indépendante ne manque pas d’arguments pour étayer ses positions.
Pour elle, ce sont là « des artifices cyniques qui ne visent qu’à réduire en silence les citoyens nigériens de plus en plus nombreux qui se mobilisent et revendiquent plus de transparence, de bonne gouvernance et d’État de droit dans un pays qui est aujourd’hui caporalisé par une bande d’imposteurs éhontés ». Ça y est ! Le mot est lâché. La cruauté du discours est à la mesure de la révolte qui sourd dans les rangs de la société civile. On dirait que tous préfèrent être arrêtés, voire être tués en fin de compte. Martelant leur seul crime, celui de soutenir les Forces de défense et de sécurité (Fds) et d’exiger que justice soit rendue dans l’affaire des détournements des fonds de l’armée en temps de guerre, les Osc ont fait savoir que l’intimidation ne passera pas et que la lutte citoyenne doit et va continuer, sans relâche.

« Nous sommes condamnés, en plus de la sensibilisation de masse pour la nécessaire observance des mesures préventives recommandées [dans le cadre du COVID 19], de nous préoccuper des enjeux de la bonne gouvernance qu’induit la mise en oeuvre du Plan d’Urgence élaboré, pour veiller à ce que les éternels affairistes ne se servent de la détresse collective pour également piller les ressources affectées à cette fin », ont déclaré les Osc. Histoire de dire qu’elles ne seront nullement surprises de savoir que, un jour, que les fonds destinés à la lutte contre le coronavirus sont détournés à des fins personnelles. Un appel sans lendemain. À la fin de leur déclaration, les Osc ont exigé, outre la mise en liberté immédiate de tous les acteurs de la société civile actuellement en détention ainsi que l’abandon des charges, qu’elles jugent, fantaisistes contre eux, la levée immédiate des mesures d’interdiction des visites aux détenus. À propos de cette mesure, en particulier, elle sont relevé qu’elle est contraire aux engagements internationaux de l’État du Niger consignés dans les règles N°58 et suivantes de l’Ensemble de Règles Minima des Nations Unies pour le Traitement des Détenus garantissant le droit des personnes privées de liberté de garder contact avec l’extérieur, en particulier avec leurs « familles et amis, à intervalles réguliers ». Elles ont enfin renouvelé leur demande d’une enquête indépendante pour faire la lumière sur l’incendie du marché Tagabati, appelé le gouvernement à revoir à la baisse les prix des hydrocarbures et à prendre des mesures de plafonnement des prix des produits de première nécessité. Un appel qui restera, sans doute, sans lendemain.

Yaou

04 avril 2020
Source : Le Monde d'Aujourd'hui

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