Amères vérités / Le Président Issoufou Mahamadou parle d’un budget de 597 milliards de francs CFA pour le plan de riposte contre le coronavirus. N’est-il pas indiqué de demander des comptes à ceux qui ont fait main basse sur les ressources publiques que d

Amères vérités / Le Président Issoufou Mahamadou parle d’un budget de 597 milliards de francs CFA pour le plan de riposte contre le coronavirus. N’est-il pas indiqué de demander des comptes à ceux qui ont fait main basse sur les ressources publiques que d Il faut sans doute être trop cruel pour ne pas admettre, pour une fois, que le Président Issoufou Mahamadou a dit quelque chose d’attendu, un rôle dans lequel les Nigériens attendaient de le voir depuis neuf ans, mais qu’il a ostensiblement refusé. Aujourd’hui, il l’a fait et si ce n’est pas parfait – la perfection est de l’ordre du divin – et que son message à la nation est inscrit dans un mouvement mondial impulsé par les plus puissants, il a toutefois le mérite d’avoir fait un pas en direction des aspirations du peuple nigérien. Un pas de géant, eu égard au contexte et à tout ce qui a toujours prévalu sous son magistère.

D’entrée de jeu, pour la première fois, le Président Issoufou s’est félicité du travail collectif de l’ensemble des Nigériens, remerciant « tous ceux qui, par leur mobilisation dans la sensibilisation, contribuent à la mise en œuvre des mesures prises, notamment les chefs traditionnels et leaders religieux, les responsables des partis politiques et des organisations de la société civile ». Une belle mention à relever et à opposer, hélas pour son auteur, au discours sectaire de Mohamed Bazoum, qui s’est exclusivement adressé aux militants du Pnds Tarayya et qui a eu droit – c’est bien mérité – à une volée de bois verts. La référence particulière aux responsables des partis politiques et de la société civile est une belle prime à accorder au Président Issoufou. Cependant, et il serait également injuste de ne pas le relever, les mesures de nature économique annoncées par le Président Issoufou sont minimes, pour ne pas dire dérisoires au regard des conséquences sociales des contraintes induites par la lutte contre le coronavirus. Nous sommes tous en. danger, mais il n’est pas facile de le faire comprendre à certains. C’est un handicap qui pourrait nous coûter cher, le corona virus ne demandant qu’un tel terreau pour se propager et étaler son cortège de morts interminable qui frappe nombre de pays dits développés.

La difficulté de convaincre tient au fait que l’économie informelle concerne plus de la majorité des acteurs économiques nationaux. Si le gouvernement doit prendre de nouvelles mesures, notamment la fermeture de centres économiques tels que les marchés ou encore le confinement total pour la population, il faut alors craindre le pire sur le plan économique et social. C’est pourquoi il est opportun dès à présent de dire au gouvernement qu’il doit revoir sa copie. L’eau, l’électricité, l’essence et le gasoil, doivent nécessairement baisser, et pas uniquement pour les tranches sociales. L’État doit se faire violence pour chercher, par tous les moyens, les ressources additionnelles nécessaires pour ne pas provoquer, en lieu et place du coronavirus, une tragédie sociale pire. Il doit chercher et trouver rapidement ces ressources en vue d’agir dans une perspective de prévisions. Ça vaudra mieux d’attendre et de subir les conséquences, combinées de la propagation du virus et de désastres humanitaires liés à une crise alimentaire.

Une question appelant une autre, il est plus que jamais indiqué de demander des comptes à ceux qui ont fait main basse sur les ressources publiques, détournant à leurs profits personnels des milliards et des milliards. Le Président Issoufou parle de 597 milliards de francs CFA, le montant du plan de riposte élaboré par son gouvernement. Et pour le réunir, il fait appel à la solidarité internationale, c’est-à-dire en termes prosaïques, à la générosité de pays nantis et d’organismes internationaux. Mais, estce responsable de tendre la main pour chercher un montant qui n’atteint pas ce qui est détourné par des individus ? N’est-ce pas opportun, à la lumière des besoins actuels du Niger, qui n’a pas les moyens de sa lutte contre le coronavirus, de presser, comme des citrons, ceux qui ont volé les milliards de l’État ?

La démarche du Président Issoufou est assurément tordue. Il quémande quelque chose qu’il n’a qu’à vouloir pour prendre des mains de citoyens qui ont confondu les caisses de l’État à une vache laitière qu’il est loisible de traire à volonté. S’il peut être compris de l’extérieur, notamment auprès des pays vis-à-vis desquels il fait preuve de largesses, il ne peut compter sur ses compatriotes. Et contrairement à ce qu’il pourrait penser, la crise du coronavirus risquer d’exacerber leurs ressentiments visà- vis de lui par rapport à ces affaires dans lesquelles des individus, qu’il connaît si bien, ont délesté l’État de ses ressources essentielles.

La logique est simple : plus les difficultés auxquelles les citoyens sont confrontés s’accroissent du fait du durcissement des mesures de protection contre le coronavirus, plus la grogne populaire va enfler et les voix exigeant justice vont s’amplifier. Le coronavirus risque, donc, d’avoir des conséquences imprévisibles, y compris sur la vie de la nation.

05 avril 2020
Publié le 04 mars 2020
Source : Le Canard En Furie

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