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Le Niger, un pays sur cales

Issoufou BrigiDepuis l'avènement de Mahamadou Issoufou à la tête de l'Etat, après une transition militaire de 13 mois, notre pays, pourtant promu à un avenir meilleur en raison de multiples potentialités et un espoir retrouvé, est régulièrement classé à la queue du peloton des nations en matière de l'indice du développement humain (IDH), malgré les budgets faramineux avoisinant les 2.000 milliards chaque année. Une question s'impose à ce niveau : le Niger a-t-il vraiment l'air d'un pays où 1800 milliards sont injectés chaque année ? L'unique performance de la Renaissance a consisté chaque fois de 2011 à 2017, à l'instar du classement 2016, publié en 2017,  à disputer âprement, mais là âprement, à la Centrafrique, un pays ravagé par plusieurs années de guerre civile, l'avant dernière place, pour être 1B7ème sur 188 pays classés. C'est terminé les conférences de presse ronflantes et méprisantes, organisées pompeusement par l'opposition politique  de l'époque, aujourd'hui au pouvoir, qui visaient à persuader  les nigériens, avec force arguties et autres paralogismes, que la place peu honorable qu'occupait le Niger en ce temps (on devançait entre 3 à 8 pays le plus souvent), étaient le résultat de la mauvaise gouvernance de Tandja Mamadou et Hama Amadou, la conséquence des PPA (paiement par anticipation), PSOP (paiement sans ordonnancement préalable), LAPS, et autres zakaieries.

Aujourd'hui, personne, semble-t-il, n'est responsable de ce rang dégradant que le Niger occupe sans discontinuité. Dans la foulée, des concepts chers à l'opposant Mahamadou Issoufou comme " la bonne gouvernance ", et " l'efficacité de la dépense publique ", ont disparu, jusque dans les discours officiels. Pourtant cet échec à bien un auteur, il y a bien des responsables et des responsabilités à assumer à ce niveau. Car il n'y a pas de petites ou grandes responsabilités, il y a tout simplement des responsabilités bien ou mal assumées, comme on dit. Le constat est qu'après six ans d'exercice du pouvoir d'Etat, Mahamadou Issoufou a réussi une prouesse : détruire l'Etat, et mettre le Niger sur cales, avec des jantes dénudées et cabossées. Une destruction matérielle, comme morale. Les valeurs de notre société sont inversées. C'est ainsi que de nos jours, sous la Renaissance, le mensonge, la grivoiserie des responsables d'Etat, la félonie, le vol des biens publics sont érigés en valeurs sociales et en pratiques encouragées puisqu'impunies. Dans les secteurs                vitaux, les voyants sont au rouge. Et les discours n'y changent rien. Le discours de l'homme, président de la République soit-il, n'est pas celui de Dieu qui est acte par essence. Pour les hommes, il faut agir en plus de la belle parole. Et comme les belles paroles ne sont pas accompagnées de l'action, tous les secteurs, notamment sociaux, sont complètement en lambeaux. L'école nigérienne, particulièrement, connait des jours des plus sombres avec des partenaires qui ont cessé de se parler. Loin derrière nous, le protocole d'accord signé le 13 décembre 2016 entre les syndicats des enseignants et le gouvernement. Pourtant cet accord avait non seulement permis de rendre effective la rentrée scolaire, mais aussi de donner l'espoir d'un déroulement normal de l'année scolaire. Chemin faisant, les grèves reprennent, les enseignants reprochant au gouvernement de n'avoir pas honoré les engagements pris en décembre 2016. Les grèves perlées se succèdent aux grèves perlées et nous sommes à quelques jours de la fin de l'année des différents examens de fin de cycle. Beaucoup de citoyens parlent d'une année blanche. Ce que le gouvernement ne cautionnera pas, car le privé demanderait automatiquement les dédommagements afférents. Quant au secteur de la santé, chacun assure la sienne, les services étant complètement désarticulés et abandonnés à eux-mêmes, faute de moyens. Les cliniques et autres cabinets médicaux privés se frottent les mains, bien que les prestations n'y soient pas toujours à la hauteur des espérances des patients. La sécheresse financière est désormais une réalité connue de tous, d'où la justesse du fameux slogan " Tai Tawri ". Après les pécules, ce sont désormais les salaires qui sont payés avec retard. Quant aux investissements, ils sont soit annulés, soit faits à crédits. La famine, disons-le clairement, menace actuellement des centaines de milliers de personnes, en plus du déficit fourrager énorme. Pourtant l'année dernière, l'évaluation de la campagne agro-sylvo-pastorale, si elle a évoqué un déficit fourrager, a relevé un excédent dans la production agricole. Comme quoi, le mensonge rattrape toujours, et parfois dans un court délai. Il y a quelques jours, le gouvernement du Niger a lancé un appel à l'endroit des pays amis du Niger, pour une aide à hauteur de 142 milliards FCFA, afin de juguler la famine, disons la crise alimentaire pour faire moderne. Un besoin de 146 000 tonnes est exprimé pour faire face à une situation alimentaire, fourragère et nutritionnelle des plus préoccupantes. En matière de sécurité qui semble pourtant être le cheval de bataille de Mahamadou Issoufou, en attestent les portes cadenassées sur la voie menant à la présidence, et le bouclage de la vile de Niamey à chacun de ses déplacements, même la capitale n'a pas échappé aux bandits armés. Des centaines de morts parmi les militaires comme les civils, froidement exécutés le plus souvent, du fait des attaques terroristes à Diffa, Agadez, Tahoua, et Tillabéry, sont enregistrés de 2011 à 2017. On peut dire que les terroristes ont entendu l'invitation à eux lancée par Mahamadou Issoufou dans ses discours provocateurs, eux qui épargnaient auparavant le Niger. L'administration qui est le poumon du pays est au ralenti. Elle est grippée du fait de sa très forte politisation, et les promotions sur des bases autres que la compétence, le travail et le mérite. Le front social est en ébullition, aucun corps n'est épargné : magistrats, agents des impôts et du trésor, enseignants, agents des municipalités, agents des douanes, journalistes, militants de la société civile, médecins spécialistes. Toute cette déliquescence de l'Etat est le résultat du manque de vison des dirigeants actuels qui n'en ont que pour eux-mêmes, leurs intérêts personnels et de clan. Tous les grands projets annoncés lors des campagnes électorales sont oubliés. Il est ainsi de l'assainissement des finances publiques, l'initiative 3N restée au stade de slogan, les 50 mille emplois par an, les grandes routes comme la RTA, Gaya-Dosso, Zinder-Agadez, le barrage de Kandadji. Des grands ouvrages où des centaines de milliards ont été injectés, lancés et inaugurés pour certains d'entre eux plusieurs fois, trainent à prendre leur envol. Certains sont perçus comme de véritables gâchis, sinon des crimes économiques : le rail de Bolloré, la centrale thermique de Gorou Banda, le barrage de Kandadji. Pendant ce temps, des scandales éclaboussent chaque jour que Dieu fait des membres de l'entourage du chef de l'Etat où des dizaines sinon des centaines de milliards sont spoliés et les intérêts stratégiques du Niger mis en péril en raison d'intérêts particuliers : les 200 milliards virés par Hassoumi Massoudou de BNP Paribas à un compte privé à Dubaï, Eximbank, Africard, Mukurigate, le riz pakistanais, les conteneurs de SORAZ, Savannah… A cet échec patent de la Renaissance, s'invite un durcissement du régime, digne des périodes staliniennes. La prison est la règle dès qu'il s'agit d'un militant de l'opposition, de la société civile, de la presse. Pendant que l'impunité totale est garantie à ceux qui ont fait allégeance à Mahamadou Issoufou, les détourneurs et les insulteurs nationaux. Ce durcissement et cette dérive autoritaire sont la preuve de l'échec de la Renaissance. Un pouvoir violent est un pouvoir faible, faible parce qu'il a échoué. C'est pourquoi il est allergique à la moindre critique. Mais quelle que soit la nature du régime, les citoyens vont exercer leur liberté parce que le Niger et ses ressources sont des biens communs et le pouvoir d'Etat, confié momentanément à des hommes, gère ces biens communs. Ceux qui ne supportent pas les critiques des citoyens ne sont pas  dignes  de les diriger.

 Bisso  

11 mai 2017
Source : Le Courrier 

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