dimanche, 08 septembre 2013 07:16

A l’hôpital national de Niamey : si tu n’as pas l’argent, tu peux mourir …

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Hopital NiameyLe Nigérien moyen – pour ne pas dire pauvre – rebute d’aller à l’hôpital national. L’accueil est nul, le service est médiocre et les exigences financières sont impitoyables. Ceux qui arrivent des campagnes reculées en savent quelque chose. Ils sont souvent abandonnés à eux-mêmes, sans soins, sans soutien et sans familles à Niamey.

C’est le cas d’un petit enfant de moins de 2 ans qui souffre d’une tumeur qui menace d’éjecter son oeil de l’orbite. En fait, l’oeil est déjà sorti, il n’est juste pas tombé, pour le moment. C’est un tel cas que les hôpitaux Lamordé et le National de Niamey ont laissé ressortir de leurs enceintes. Il a fallu qu’une télévision de la place tire la sonnette d’alarme pour que le petit soit admis d’abord à Lamordé avant d’être transféré à l’hôpital national de Niamey où il est soigné depuis le lundi 26 Août dernier.

 

Loin d’être un cas isolé, quand vous n’avez pas les moyens, vous risquez votre vie à l’hôpital national de Niamey. Voyons cet autre cas.

Le dimanche 1er Septembre 2013, vers 9 heures le matin, un homme âgé d’une soixantaine d’années a été transporté d’urgence dans ce centre hospitalier. L’homme avait mal avalé un morceau de viande qui lui ait resté en travers de la gorge. Il avait du mal à respirer, il était entre la vie et la mort. Mais après auscultation au service des urgences, c’est un bulletin de consultation qui a été remis au jeune homme qui l’accompagnait. Il doit aller à la caisse pour payer les frais de consultations qui s’élèvent à 3 500 FCFA. En ces temps de RENAISSANCE, Dieu sait que la vie est dure. Ni le malade, ni son accompagnant ne dispose de la somme exigée pour même consulter le malade. Alors, le jeune homme explique au caissier leur situation en proposant de donner son téléphone portable en gage le temps de faire appel à des parents pour apporter l’argent. Le caissier l’oriente alors vers les gendarmes disant que ce sont eux qui s’occupent de ce genre de chose. A son tour le gendarme oriente l’accompagnateur vers la garde de l’administration. L’agent de l’hôpital qui était de garde ce jour-là n’était pas à son poste. Entre temps, le jeune avait déjà appelé un membre de sa famille pour venir à leur rescousse, il était déjà en route. Mais pas question de l’attendre devant l’urgence de la situation. Le jeune homme monte la garde devant le bureau de garde de l’administration de l’hôpital. Finalement, le chef gendarme surplace a eu la volonté d’appeler au téléphone l’agent pour l’informer qu’il est sollicité. Le tout a pris plus de 30 minutes et déjà celui qui devait apporter l’argent est venu avant l’agent de l’hôpital qui serait pourtant dans l’enceinte. C’est seulement après payement des frais de consultation que le vieil homme a pu voir le médecin spécialiste. La gravité de son cas a nécessité son hospitalisation. Mais puisque c’est dimanche, il a fallu attendre le lendemain lundi, pour qu’il soit admis au bloc et que les morceaux de viande lui soient retirés de la gorge et qu’il reprenne le cours normal de sa respiration.

A quoi sert le Ministère de la Santé Privée – pardon – de la Santé Publique ?

Dans les cliniques privées la consultation est à 5 000FCFA, dans certains cas 3 500. Et à l’hôpital national de Niamey aussi, ça coûte 3 500FCFA. Comment expliquer cela ? Il est tout aussi inconcevable que des cas d’urgences ne puissent pas être pris en charge parce que simplement on n’a pas les moyens pour payer les frais de consultation. D’accord que l’hôpital ne dispose pas de médicaments à distribuer à tout le monde, d’accord que l’hôpital facture les examens et autres radios ou scannage pour être en mesure d’assurer la maintenance des appareils ou leur renouvellement en cas de besoin. Mais que les Nigériens qui payent les impôts pour assurer les salaires du personnel de santé publique meurent parce qu’ils n’ont pas de quoi payer des frais de consultation est tout simplement révoltant. Nous pensons que les frais de consultation médicale doivent être abolis dans tous les centres de santé publique au bénéfice de tous les Nigériens. Le président de la République, qui a juré sur le Saint Coran d’oeuvrer au bien être des Nigériens doit penser au concept « gratuité des frais de consultation » sur toute l’étendue du territoire nigérien. Après tout, les fonds ainsi arrachés ne profitent pas tellement à l’Etat car les 35% retournent dans les poches du personnel de santé déjà bien payé à la fin de chaque mois, avec prise en charge et retraite assurées. Vous vous rappelez sans doute, des mouvements de grèves entamés par les syndicats de la santé chaque fois qu’il est question de ristournes. Eh bien ! C’est un tiers de cet argent qu’ils se partagent allégrement entre eux.

Il y a trop de laisser-aller dans nos formations sanitaires et tant qu’on ne mettra pas de l’ordre dans ce secteur, les Nigériens ne seront jamais bien soignés, l’écrasante majorité des citoyens n’ayant pas les moyens de fréquenter les cliniques privées. Et comble d’ironie, les mêmes personnes qui maltraitent les patients dans les hôpitaux publics, lorsque vous les trouvez dans une clinique, ils sont si gentils, si rassurants et si travailleurs mais dans le public on peut bien les comparer à des monstres.

Exceptionnellement, votre journal Le Monde d’aujourd’hui demande à tous ses lecteurs et aux Nigériens en général de lui faire parvenir par mail leurs réactions et témoignages sur le traitement réservé aux patients dans les hôpitaux, maternités et centres de santé du Niger et nous nous ferons le plaisir de les publier.

Amadou BELLO 

8 septembre 2013
Publié le 4 septembre 2013
Source : Le Monde d'Aujourd'hui

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Dernière modification le dimanche, 08 septembre 2013 07:36