mardi, 12 juillet 2016 08:41

Corruption : Un héritage difficile à défaire

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Corruption Niger 04Çà va être très difficile pour le Président Issoufou Mahamadou et ses partisans et alliés de se défaire de cette pratique qui est en train de faire mal et qui va très certainement continuer à faire très mal à sa gouvernance : l’argent ! Eh oui ! En effet contrairement aux idéaux socialistes ou socialisants prônés par le PNDS, le culte de l’argent a été consacré à travers toutes les démarches du Gury. On l’a bien vu aux dernières échéances électorales, le Gury était obligé d’investir de grosses sommes pour s’attacher la sympathie des partis alliés et des électeurs. Si çà n’a pas été l’argent, c’est une promesse qui va générer de l’argent ; donc l’argent reste toujours au centre des préoccupations.

Jamais un pouvoir n’a mis l’argent au devant de toutes ces préoccupations que celui du Gury. Où voulions-nous en venir ? Juste pour dire que cette pratique reste la cause principale de la mauvaise gouvernance qui caractérise le règne du Gury system. Rappelez- vous que dès les premiers mois de sa gouvernance pendant le mandat écoulé, le Gury a livré au monde entier les limites de ses faiblesses pour l’argent. Deux ministres et non des moindres ont été pris la main dans le sac. Ouhoumoudou et Kalla Hankouraou ont tous deux trempé dans des malversations où l’argent était à l’origine. Même quand ils ont été démis de leur fonction et qu’il s’est agi de leur pourvoir d’autres responsabilités, l’argent a encore été mis au devant : il fallait leur trouver là où ils vont pleinement grignoter. L’un est parti dans une banque et l’autre, outre des prérogatives colossales, s’est vu confier la gestion des milliards du chantier Maradi Kolliya.

 

Ils sont nombreux les dossiers dans lesquels les ténors du Gury ont perdu et continuent à perdre des plumes par le pouvoir de l’argent. Du sommet à la base, les acteurs font témoignage d’une boulimie lucrative qui les conduit à poser des actes de mauvaise gestion. Que voulezvous que fasse le militant ou le citoyen ordinaire si tel est que la tête, comme on dit, est versée dans cette pratique éhontée ? la base a fini de comprendre que ce pouvoir ne rime que par l’argent et elle aussi adopte des conduites à la taille de l’enjeu. Les Guristes ont découvert cette amère réalité au moment des joutes électorales. En effet, les fiefs électoraux s’étaient machinalement organisés pour soutirer de gros sous aux guristes. Beaucoup d’acteurs des fiefs électoraux acquis à l’opposition ont fait comprendre à leur état major qu’ils ne laisseraient pas leur passer sous le nez l’aubaine. Ainsi, le Gury était perçu comme une ONG qui venait en soutien aux populations. Au passage de leur délégation, un cahier de doléances était présenté et pris immédiatement en charge. Ce qui explique les très fortes mobilisations enregistrées lors des échéances électorales écoulées. L’achat des consciences était monnaie courante au grand dam des dispositions constitutionnelles qui condamnent ce genre de pratiques. Aujourd’hui cela fait une centaine de jours que le Président Issoufou Mahamadou vient d’entamer ses cinq prochaines années. Le cri de coeur unanime des Nigériens est : « l’argent ne circule pas dans le pays ». Cette réalité est tellement saisissante que certains agents de l’Etat accusent plusieurs mois d’arriérés de salaires. Cela a aussi obligé le Président de la République à s’emparer de son bâton de pèlerin pour aller à la recherche de l’argent au point de s’absenter plus d’une dizaine de jours du territoire. Il l’a compris le Président Issoufou Mahamadou et avec lui tous les autres que désormais ils ne peuvent plus régner efficacement sans l’argent. Ils ont habitué les Nigériens à l’argent : principal argument qui a été utilisé pour assurer la réélection de Mahamadou Issoufou. Que voulez- vous alors que les Nigériens attendent de ce pouvoir ? Rien d’autres si ce n’est l’argent, encore l’argent et toujours l’argent. Si jamais il vient à manquer, alors sachez que les Nigériens se fâcheront et ils ne reculeront devant rien pour vous le demander. Et si jamais vous n’êtes plus en mesure de le leur offrir, ils se désolidariseront de vous et se tourneront vers qui le leur offrira. Ce qui va davantage compliquer le donne car, comme moi, vous savez très bien que petit à petit vous êtes en train de faire perdre la crédibilité à notre démocratie au point où plusieurs sources de financements se sont taries. Plusieurs états major de certains pays donateurs ont fini par fermer le robinet face à ce qu’il convient d’appeler « l’incertitude » Que dire de certains investisseurs qui n’ont pratiquement plus confiance au climat institutionnel du Niger ? La dernière rencontre au Club de Paris entre le Président Issoufou, sa délégation et les investisseurs a été un véritable fiasco car les uns et les autres étaient repartis avec leur soif d’arguments convaincants sur la quiétude de nos institutions. C’est dire que l’argent fait défaut et va faire défaut au Gury tout le long de ce mandat. Peut-il tenir dans un environnement où les gens sont habitués à recevoir de l’argent pour n’avoir rien fait ? Peut-il réussir dans un environnement où les acteurs au sommet dilapident les budgets à eux confiés alors qu’on veut faire comprendre au citoyen ordinaire que l’argent n’existe pas ? Surtout que les syndicats viennent d’être mis sur orbite avec l’institution du statut particulier pour les enseignants du Niger. Un véritable gouffre qui va très certainement engloutir des milliards de francs. De bonne guerre pour les enseignants du Niger ; éprouvant pour le budget car, comme vous le savez, rares sont les bailleurs de fonds qui prennent en charge les dépenses de souveraineté. Sur le plan national, on sait que dans ses errements et autres mauvais calculs, le Gury est en train de priver le pays des sources de revenus importants. Allusion faite au bradage de plusieurs potentialités qui sont désormais reprises ou vendues à Bolloré ; il y a aussi cette magouille avec les Chinois qui finira par bazarder la SONIDEP. Rien que ces deux exemples montrent très bien que le Gury system est en train de jouer avec nos potentialités.

MAI SAMARI 
12 juillet 2016
Source : Le Canard Déchaîné

Dernière modification le mardi, 12 juillet 2016 09:53