jeudi, 28 juillet 2016 10:17

Désordre à la SONUCI : Les hauts faits d’un jeune homme muni d’une licence à tout faire

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SONUCI NIGER 01Parachuté comme il arrive qu’un cheveu tombe dans une soupe — pour la gâter nécessairement —Mamoudou Mamoudou est un jeune homme peu ordinaire qui mène un train d’enfer à la SONUCI et à ses employés. Au chômage après avoir essayé de se frayer un chemin sur la voie du mérite et du travail dans le secteur de la communication dont il est un produit, Mamoudou Mamoudou s’est vite ravisé. Il range clics et clacs et adieu au privé qui est manifestement dur. Neveu de la présidente de la Cour constitutionnelle, il n’a eu aucun mal à se faire recruter à la SONUCI en qualité d’agent commercial.

Ça, c’est l’entrée. Et comme un digne fils du régime ne saurait rester derrière, sans grande responsabilité, il a fallu juste quelques mois pour voir le jeune homme bombardé responsable commercial. À ce poste, déjà, il s’était signalé par son impertinence et son insolence vis-à-vis de ses supérieurs hiérarchiques, notamment de l’ancien directeur général, Mahamadou Moussa Barazé, à la figure duquel il avait, un jour, jeté des dossiers en le défiant de le licencier s’il en avait le moindre pouvoir. Offusqué et blessé dans son amour propre, bousculé dans son autorité comme cela n’a jamais été le cas à la SONUCI auparavant, Mahamadou Moussa Barazé, aujourd’hui ministre dans le gouvernement post-coup d’État électoral du 20 mars, se savait impuissant pour relever ce défi. Il sait que, dans le système politique qui prévaut actuellement au Niger, il n’a rien d’autre à faire que de se tourner vers les parents du jeune homme. Il s’en était alors plaint à la présidente de la Cour constitutionnelle qui l’autorise à sévir comme dans toute administration normale. Mais Mamoudou Mamoudou a plus d’une corde à son arc. Mahamadou Moussa Barazé dut ravaler sa rage et apprendre à cohabiter avec ce garçon qui était apparemment un directeur général en puissance. Les pronostics de ceux qui le voyaient ainsi n’ont pas été pris en contre-pied. Trois ans après son arrivée dans la boîte, Mamoudou Mamoudou s’est vu confier l’intérim de la direction générale vacante depuis la formation du gouvernement post-coup d’État électoral du 20 mars 2016. Pour surprenante, la désignation de Mamoudou Mamoudou pour assurer l’intérim de la direction générale de la SONUCI, l’a été. Elle était venue du même Mahamadou Moussa Barazé qui a été «torturé» par la présence tonitruante de ce jeune homme qui savait de qui tenir. Plus surprenant encore, c’est que c’est Mahamadou Moussa Barazé qui a joué à l’agent de liaison, faisant des pieds et des mains pour que Kassoum Moctar, le ministre de tutelle, signe l’arrêté qui formalise ce qui, déjà, a été visiblement été retenu quelque part. Et la formalité fut remplie.

Pour le plus grand malheur de la SONUCI qui va de mal en pis depuis cette fameuse affaire qui lui avait fait perdre des milliards dans une transaction et dont l’ancien directeur général, Abdoul Karim Dan Mallam, est curieusement sorti blanc comme neige. Mamoudou Mamoudou fut, donc, confirmé directeur général par intérim, trois ans après son entrée dans la boîte. Une ascension fulgurante que personne ne pourrait expliquer autrement que par son appartenance à une certaine famille. La SONUCI compte pourtant dans ses rangs des cadres valeureux qui ont, au minimum, 17 ans d’activités ininterrompues dans cette boîte et qui, pour certains, sont coutumiers de la gestion des périodes d’intérim.

Le jeune loup ne se prive d’aucun moyen pour faire savoir que la loi, ce sont eux qui la font au Niger et pas quelqu’un d’autre Ayant accédé au sommet auquel il était destiné dès le départ, Mamoudou Mamoudou monte sur ses grands chevaux et entreprit de régler ses comptes. Communicateur de formation, il communique pourtant mal, sévissant comme tout bon dictateur en herbe qui sait qu’il doit son pouvoir à tout autre chose que le mérite. Sanctions, affectations et même, annulation de mises à disposition par arrêté ministériel, le jeune loup balancé dans la bergerie, ne se prive d’aucun moyen pour faire savoir que la loi, ce sont eux qui la font au Niger, et pas quelqu’un d’autre. N’a-t-il pas récemment renvoyé un ingénieur mis à disposition de la SONUCI par arrêté ministériel ? Et pourtant, dès le 17 mai 2016, Kassoum Moctar a cru devoir lui signifier ce qu’il avait exactement à faire en tant que directeur général par intérim. Dans une correspondance portant en objet « Gestion des affaires courantes de la société », il demande à Mamoudou Mamoudou de s’en tenir au maximum à l’expédition des affaires courantes tout en évitant de prendre de nouveaux engagements pour la société. Du vent ! Et Mamoudou Mamoudou, qui sait parfaitement qui est Kassoum Moctar — a-t-il vraiment de leçon de morale à recevoir de lui ? — sait qu’il n’a pas à se plier à de telles injonctions. D’ailleurs, Mahamadou Moussa Barazé ne s’est-il pas permis de procéder à des affectations de personnels et même à des recrutements avant de partir ? Ce jeu malsain pour la santé financière de la société, Mahamadou Moussa Barazé l’a soigneusement caché pour le sortir au dernier moment puisque, déjà, le 25 février 2016, le personnel lui a adressé une correspondance portant sur des doléances au titre desquelles il lui a été signifié que « relativement à l’emploi, la santé financière de la SONUCI commande de privilégier le redéploiement du personnel actif plutôt que le recrutement qui s’avère beaucoup plus onéreux et hasardeux pour l’Etablissement, dans la situation actuelle ». Cela n’a pas empêché Mahamadou Moussa Barazé de faire exactement le contraire avant de s’éclipser. Mamoudou Mamoudou, qui est tout de même plus puissant dans le contexte politique actuel, qu’un ministre issu du reliquat de l’Andp Zaman Lahiya, sait qu’il a carte blanche pour faire ce qu’il veut, l’essentiel étant qu’il arrive à tirer son épingle du jeu. Aux dernières nouvelles, le Conseil d’administration, outré et inquiet de la gouvernance catastrophique de Mamoudou Mamoudou et surtout de l’atmosphère délétère qu’il a instaurée au sein de la SONUCI depuis son intrusion dans la boîte, l’aurait vertement mis en demeure de mettre un terme à son cirque. Vrai ou faux, le jeune homme a surmonté l’écueil. Au cours d’une réunion qu’il a initiée, le vendredi dernier, à 15 heures, il a affirmé avoir décidé de surseoir à l’exécution des sanctions et autres décisions qu’il a prises mais que les intéressés doivent se considérer en sursis. Une réunion de pure forme. Mamoudou Mamoudou dispose d’une licence rose. Il est habilité, jusqu’à preuve du contraire, à faire ce qu’il veut, quand il veut et comme il l’entend.

DOUDOU A. 

28 juillet 2016
Source : Le Monde D'Aujourd'hui

Dernière modification le jeudi, 28 juillet 2016 20:49