samedi, 13 août 2016 21:36

Gastronomie ivoirienne : «Garba», une recette qui porte la marque du Niger

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Attieke Garba Niger« L'Attiéké, semoule de manioc produite en Côte d'Ivoire, sera désormais une marque déposée. Le Conseil des ministres a adopté, ce mercredi 03 août 2016, une communication en vue d'assurer une protection juridique international de l'Attiéké et de son mode de production. Le mot attiéké est une déformation du mot ‘’adjèkè’’ de la langue Ebrié parlée dans le sud de la Côte d’Ivoire » : cette information, confirmée il y a quelques jours a suscité le reportage de Sani Soulé Manzo, notre envoyé spécial à Abidjan où il séjournait quelques jours plutôt.

L’Attiéké est en effet une semoule à base de manioc qui entre pour beaucoup dans l’alimentation des Ivoiriens. Préparée à la vapeur et assaisonnée de poisson frit ou braisé ainsi que de condiments comme l’huile, l’oignon, le piment frais, la tomate fraiche et le sel, cette semoule constitue l’un des mets les plus accessibles aux Ivoiriens moyens pour leur alimentation quotidienne. Mais, elle devient rare et donc plus cher que d’habitude. En partie parce qu’elle est exportée dans la sous-région ouest-africaine certes mais aussi en Amérique et en Europe. Par tonnes entières !

Cette « protection » s’étend-elle au « Garba » ? En attendant d’être amplement informé sur la question, il convient de savoir que nous avons posé beaucoup de questions au sujet du ‘’Garba’’. Mais, qu’est-ce que c’est donc que le «Garba » ? Très prisé dans les classes supérieures ou plus aisées de la société ivoirienne, le « Garba » est une variété d’attiéké qui est composée, outre des condiments cités plus haut, de poisson thon précisément.

Qui mieux est, il s’agirait d’une spécialité – tenez-vous bien - nigérienne. Un certain Garba, nom courant au Niger, serait l’inventeur de cette recette culinaire. Selon M. Koné Seydou, reporter au journal « Le sursaut » d’Abidjan, « c’est à partir de 1990 que le ‘’Garba’’ s’est imposé dans l’alimentation des Ivoiriens. Un autre Nigérien du nom de Harouna avait ouvert un restaurant spécialisé au quartier Anomabo dans la Commune de Marcory. Or, ce restaurant était fréquenté par le chanteur Asalfo et son groupe ‘’Magic System’’ révélés par le tube « Premier Gaou » et que Harouna aidaient dans leurs années de vaches maigres. Lorsque Asalfo et le ‘’Magic system’’ devinrent célèbres, ils permirent à Harouna d’agrandir son restaurant et d’attirer une clientèle plus huppée ».

MM. Rémi Coulibaly et

Cheikina Salif, tous deux journalistes au quotidien progouvernemental « Fraternité Matin » assurent que, «aujourd’hui, le ‘’Garba’’ est souvent demandé 24 heures sur 24 par la clientèle dans beaucoup de restaurants d’Abidjan». Quel succès, n’est-ce pas ?

A défaut d’aller chez Harouna au quartier Anomabo dans la Commune de Marcory, nous avons fait le tour de nombreux restaurants d’Abidjan pour en faire le constat. S’il est vrai qu’à l’hôtel de grand standing où nous étions logés, au très coûteux quartier Plateau d’Abidjan, nous n’avons même pas osé demander du ‘’Garba’’, il nous a été loisible de lire les cartes de menu des restaurants de quartiers périphériques.

Mais, quel parcours d’obstacles pour y arriver ! Les six journalistes du Burkina Faso, du Cameroun, du Congo-Brazzaville, du Congo-Kinsasha, du Niger et du Sénégal qui étions invités en Côte d’Ivoire sommes obligés d’affréter deux taxis de couleur orange pour trouver un restau aux prix abordables. Le coût de la course, même en négociant les taximen pour qu’ils ne mettent pas leur compteur en marche, s’élève entre 1.500 et 3.000 francs CFA en aller simple et selon la destination.

Ce premier obstacle levé et nous trouvant sans guide local, ce sont la Burkinabé et le Nigérien - qui connaissent déjà la capitale ivoirienne - qui prennent la direction des opérations. La première soirée (dimanche 24 juillet 2016), nous mettons vers 19 heures le cap sur le célèbre restaurant «Chez Ambroise », sis dans la Commune de Marcory. Il s’agit d’un vaste espace à ciel ouvert planté de quelques hangars en toile et de parasols sous lesquels sont disposés des chaises et des tables basses ou hautes sur pied.

Entre des musiciens et des vendeurs d’objet d’art ou d’habits traditionnels qui proposent leurs services, la maîtresse de céans, débordée, prend les commandes. Le service est tellement lent et confus qu’on avait hâte de quitter les lieux…

Le lendemain lundi 25 juillet, nous allons déjeuner au quartier Angré de la Commune Deux-Plateaux. On y propose un assortiment de ‘’alloco’’

(bananes plantains frites), de Attiéké, de ‘’foutou’’ (pâte jaune et sucrée de bananes en forme de boule) assaisonnée de piment et accompagnée de soupe de bœuf ou de poisson, etc. Il y avait même du « tchepguène » que même notre consœur sénégalaise Oumy Régina Sambou refusa de commander après avoir posé des questions précises…Ah ! On allait oublier le fameux ‘’kédjénou’’, une recette de ragout d’escargots ou de poulet fortement épicée mais repoussée par notre groupe.

Le soir, retour dans la Commune Deux Plateaux pour le dîner. Au restau qui nous avait été recommandé par un confrère ivoirien, on trouve des serveuses désœuvrées car sans client à servir et sans grand choix de menus à proposer… On prit juste un pot dans le restau Bill Fast d’à côté qui était tout aussi désert.

Le lendemain mardi, on se fit servir sous une fine pluie, à la Maison de la presse ivoirienne - située dans la Commune de Cocody, dans une villa à étage du défunt Président-Général Robert Gueï – un déjeuner des plus simples. La nuit, retour «Chez Ambroise » où nous attend le même spectacle que dimanche.

Pour changer, le mercredi 27 juillet, sur invitation de M. Thierry Dia, patron de la galerie d’art Houkami d’Abidjan, une partie d’entre nous déjeune à la bonne franquette dans un restau de la Riviera, en compagnie de confrères ivoiriens, le reste du groupe s’étant dirigé ailleurs... Mais, toujours pas de « Garba » à l’horizon !

La nuit de mercredi, cap sur la Commune de Treichville. On prend place chez un boucher dont la viande grillée de mouton ne convient pas à notre consœur Christine Sawadogo. On traverse alors la rue pour nous installer en face de la boîte de nuit « Kawait night club » où l’on nous sert, sur commande, du riz avec poulets grillés, des brochettes de langue et de rognon accompagnées de pain, etc.

Enfin, le jeudi 28 juillet, tous se restaurent dans un complexe de HLM appelé « 80 logements » avant d’aller au marché de la Commune de Adjamé, au gré des emplettes qu’on est allé y faire. Et, la nuit, après avoir dégusté des petits fours, de champagne et autres eaux de vie ou minérales lors d’une réception offerte par Mme Simone Louis Guirandou dans sa résidence de Cocody collée à la galerie du même nom, notre groupe se scinda en deux. Le premier retourna, sur recommandations expresses de quelques amis et confrères ivoiriens, à Treichville dans un restau spécialisé dans le poisson … sole. C’était hors de prix pour nos maigres bourses ! Et, fissa, nous rejoignîmes l’autre partie du groupe à l’«Allocodrome » de la Commune de Cocody, sis face à CoqIvoire.

Comme son nom l’indique, ce lieu est le paradis de l’Alloco. Mais, il n’y a pas que ça. Les convives attablés sur des meubles métalliques ou en plastique dressés et serrés dans ce grand espace ouvert, envahi par la fumée des cuisines et des cigarettes, sont assaillis par une horde de serveuses. Ces serveuses proposent de l’Alloco certes mais aussi des plats d’attiéké et de riz assaisonnés de sauces de poulets et de carpes.

Mais, quel embrouillamini ! Ces serveuses n’appartenant pas toutes aux mêmes restauratrices et restaurateurs, les additions pleuvent de partout sur les clients qui, embrouillés et énervés, paient le même service deux ou trois fois en une soirée arrosée ou non.

Fatiguée de ce lamentable spectacle, une partie de notre groupe se retranche à la résidence universitaire de la Riviera 2. Là, en l’absence des étudiants ayant fui le campus et précisément dans le lieudit «Huis clos » fréquenté par Rémi Coulibaly du journal «Frat-mat » et ses amis artistes, imprésarios et autres, nous terminâmes la soirée en beauté…

Comme on le voit, sauf à demander du « Garba » aux restaurateurs d’Abidjan, nul ou presque ne vous en propose le plat. Serait-ce du « Garba » qu’on a vu emballer dans du papier alu et emporter de quelques restaus qu’on a visités ? En tout cas, lorsque votre serviteur a commandé du «Garba », Melle Touré, l’assistante-comptable de l’ASCAD, lui avait dit : « tu verras : à montant ou prix égal, la part d’attiéké est plus grande que celle du ’’Garba’’ ». Et nous avons vu !

Reste une question centrale : après que le Sénégal ait déposé ou tenté de faire accepter l’oignon « violet de Galmi » comme une marque déposée sénégalaise et avant que le Burkina Faso envisage d’en faire autant avec notre « Kilichi» national ou l’oignon de Gothèye, les pouvoirs publics doivent prendre les devants pour préserver le Niger et ses brillants « inventeurs » de toutes mauvaises surprises.

Soulé Manzo, Envoyé spécial à Abidjan

08 août 2016
Source : http://lesahel.org/

Dernière modification le samedi, 13 août 2016 21:48