samedi, 10 septembre 2016 04:14

Fête de Tabaski : Sacrifice, ferveur et piété; Des prix abordables comparativement à l’année précédente

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Tabaski 2013Véritable carrefour commercial du bétail, le marché de Tourakou a une renommée sous-régionale. Chaque année, à l’approche de la fête de l’Aïd Kébir, ce marché de bétail connait une forte affluence des espèces animales propres pour le sacrifice annuel recommandé aux musulmans, qui sont les moutons, les chèvres, les bœufs et les chameaux.

A moins d’une semaine de la fête, l’ambiance est à son comble dans ce marché où les va-et-vient des vendeurs et des acheteurs, et ceux des véhicules transportant les animaux, donnent l’impression d’une véritable fourmilière en pleine activité. A cette atmosphère animée par les propositions et les contre-propositions de prix, s’ajoutent les relents des fientes des animaux qui rendent l’air presque irrespirable. Mais qu’importe, vendeurs et acheteurs ne s’en soucient guère, chacun voulant à tout prix atteindre son objectif : vendre sa marchandise et empocher le fruit de plusieurs mois de labeur pour les uns, acquérir le précieux mouton de sacrifice et remplir ainsi une obligation religieuse pour les autres.

Mais concrètement, combien coûte le précieux mouton qui est au centre des conversions et discussions ces derniers jours dans les fadas et au niveau des services publics et privés à Niamey ? D’où proviennent les animaux qui sont en vente dans ce grand marché de bétail de Niamey?

Il est debout, le bâton à la main à côté de ses moutons, M. Idrissa Adamou. Il attend impatiemment les clients. Habitant du village de Faneka-koira dans le département de Ouallam, Idrissa Adamou est à Niamey, depuis deux semaines pour la traite des moutons. Au total, il a amené une dizaine de béliers dont cinq ont été vendus. Cependant, M. Idrissa Adamou estime que le marché est effrayant cette année à cause de la situation économique du pays qui semble morose d’une part, et d’autre part de la décision des autorités de Niamey interdisant la vente des moutons dans les artères de la ville.

Comparativement à l’année passée, précise-t-il, les prix des moutons connaissent une chute terrible. Les moutons sont disponibles pour toutes les bourses. A titre illustratif, il est facile de trouver cette année un mouton à 50.000F, alors que l’an dernier, ce même type de mouton se vendait à 70.000F, voire 75.000F, a expliqué M. Idrissa Adamou. Selon lui, le marché de bétail de Tourakou est timide.

Quant à Oumarou Ibrahim, également vendeur des moutons, il vient de Dingazi (Ouallam). Sur les cinq moutons qu’il a amenés, un seul a été vendu. ‘’ J’espère que les quatre autres seront vendus d’ici deux ou trois jours afin que je puisse retourner au village en acheter encore et revenir. Mais à cette allure, je redoute le scenario de l’année passée où bon nombre de vendeurs de moutons avaient été contraints de repartir avec leurs béliers’’, s’inquiète M. Oumarou Ibrahim.

Par rapport aux prix des moutons, il a relevé que contrairement à ce qui se dit ça et là, un mouton gros et gras atteint 175.000 F ou plus. Il a par ailleurs déploré les mesures prises par les autorités régionales qui interdisent formellement la vente des moutons dans les rues de la ville de Niamey. Cette décision a eu comme conséquence la forte concentration des moutons dans ce principal marché de bétail de la capitale. Un autre problème soulevé par Oumarou Ibrahim qui contribue à rendre les gros béliers un peu plus cher, c’est leur alimentation. Les aliments pour bétail tels que le foin et le son coûtent excessivement cher à Niamey. Une mesure de son coûte 350F, un sac de feuilles de Gao est à 5000 F.

Spécialisé dans la vente des gros moutons depuis 9 ans, M. Sadou Yacouba est un habitant de Simiri (Ouallam). Sur les cinq gros béliers que Sadou a amenés à Tourakou, aucun n’a été vendu. Parmi ces béliers, trois ont déjà séjourné au marché de Tourakou l’année passée, et Sadou affirme qu’aucune des offres de prix qu’il a reçues cette année n’a pas atteint celles de l’année dernière. D’où son inquiétude par rapport au comportement des clients ‘’qui sont cette année plus orientés vers les moutons à corpulence moyenne, contrairement à l’an dernier’’.

Selon le gérant du marché de Tourakou et président du Syndicat des Vendeurs et Exportateurs de Bétail, M. Oumarou Amadou, le grand marché de bétail communément appelé Tourakou a toujours répondu aux besoins des populations de Niamey à travers la disponibilité de toutes les espèces animales utilisées dans le cadre de l’accomplissement du sacrifice annuel. Tout comme les années antérieures, cette année aussi, le marché de bétail Tourakou affiche une forte concentration d’animaux. Ces animaux proviennent de plusieurs contrées du pays comme Manguaïzé, Ayorou, Téra, Balleyara, Torodi, Mokko, Banibangou, Boureimi, et aussi de certains pays voisins notamment le Burkina Faso, le Mali et le Nigeria.

S’agissant des prix des moutons, M. Oumarou Amadou a reconnu, sur un ton de désolation, qu’il y a une baisse significative des prix comparativement à l’année passée. ‘’La situation de Tourakou est lamentable cette année. La traite des moutons est sérieusement menacée en raison de l’interdiction, par les autorités régionales, de la vente des moutons dans la ville. Cette décision a soulevé au sein de notre marché une vague de mécontentement à mon égard, car les vendeurs estiment que je suis complice de la décision qui a été prise par le gouverneur de Niamey et le président du Conseil de Ville’’, a fait remarquer le président du Syndicat des Vendeurs et Exportateurs de Bétail.

Même si cette décision intervient à un moment crucial pour les vendeurs de moutons, force est de constater qu’elle a eu le mérite de stopper la spéculation à laquelle s’adonnent librement les revendeurs qui circulaient dans la ville. C’est dans ce contexte que le marché de Tourakou enregistre, paradoxalement, depuis le mois de Ramadan, des moutons et les bœufs en provenance du Nigeria voisin. Alors qu’habituellement, nos animaux sont exportés dans ce pays et en Côte-d’Ivoire. Le marché est aujourd’hui saturé par les moutons. Quant à la demande, elle reste faible à la date 7 septembre 2016.

’Nous espérons que cette tendance de la chute des prix des moutons sera inversée au fur et à mesure que nous nous acheminerons vers le jour de la fête de l’Aïd-Kébir, c’est-a-dire le 12 septembre 2106’’, a souhaité M. Oumarou Amadou qui a par ailleurs saisi l’occasion pour demander aux autorités régionales de doter le marché de bétail de Tourakou d’un dispositif de sécurité permanent, surtout en cette période où le vol des moutons est monnaie courante. ‘’Les agents de Police déployés chaque jour dans le marché n’y restent que tout au plus pendant deux heures de temps’’, a expliqué le gérant du marché de bétail. A cela s’ajoute le problème d’eau potable. Il existe aujourd’hui un seul forage dans tout le marché. ‘’Nous sommes en train de faire avec, tant bien que mal. Mais franchement, il ne peut pas couvrir nos besoins en eau potable’’, a précisé M. Oumarou Amadou.  

Du côté des vendeurs des bovins, le constat reste le même. Les vaches sont disponibles, mais le marché affiche une timidité inhabituelle. Pour Djibrilla Ousseini, vendeur de bœufs, la situation du marché est préoccupante cette année avec l’arrivée en masse des bovins en provenance du Nigeria. Les prix des vaches ont chuté de façon drastique. Selon lui, cette baisse des prix s’explique non seulement par l’arrivée des commerçants nigérians à Tourakou, mais aussi et surtout par la crise alimentaire et pastorale qui sévit dans certaines zones du pays. Cette situation est le résultat des difficultés économiques observées sur toute l’étendue du territoire national, a relevé M. Djibrilla Ousseini.

Hassane Daouda(onep)

10 septembre 2016
Source : http://lesahel.org/

Dernière modification le samedi, 10 septembre 2016 10:36