jeudi, 22 septembre 2016 14:24

Scandale des établissements Bédir : Mariama El Hadj Ibrahim se met la corde au cou

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Mariama_elhadji_Ibro.jpgVraisemblablement sonnée par la série d’articles publiés par Le Courrier, Mariama El Hadj Ibrahim a mis du temps à se relever de cette succession de droits et d’uppercuts assénés sans discontinuer durant trois semaines. Aussi, pour faire son baroud d’honneur à elle comme cela se fait par tous ceux qui sont impliqués dans les scandales qui ont régulièrement secoué la gouvernance de Mahamadou Issoufou, elle a cru devoir faire son petit bruit, histoire de se donner bonne conscience et tromper ceux qui veulent bien l’être. Le document qu’elle a transmis au Courrier est assez riche et apporte une partie des pièces qui manquaient au puzzle de ce scandale.

Elle révèle d’abord, en y joignant l’acte, qu’elle dispose de 330 parts sur les 1000 actions du capital social. Ce qui pèse lourd dans une entreprise au capital social de dix millions divisé en 1000 parts. Lorsque vous y ajoutiez les 330 parts de Nasser Salim, cela fait 660 parts, laissant penser à l’éventualité de 340 parts pour Marie Dominique Bila, ce qui en fait l’actionnaire majoritaire. D’une courte queue, certes. Deuxième révélation pour laquelle Mariama El Hadj Ibrahim mérite les remerciements du Courrier, c’est l’identité de ses deux compères dans cette sale affaire. Elle écrit ainsi que Salim Nasser est un opérateur économique nigérien, actionnaire d’un autre groupe turc et associé d’un certain Yacoubou, propriétaire du restaurant turc ; et que Dominique Billa Marie, elle, est une enseignante nigérienne et épouse d’un important homme d’affaire turc naturalisé nigérien, en service à Bédir depuis plusieurs années. Quant à elle qui n’a rien de turc à faire valoir, elle doit ce superbe cadeau en tant qu’enseignante de formation, « retenue pour son expérience dans le secteur de l’Education et surtout pour les bonnes relations partenariales que nous avons entretenues avec Bédir depuis plus de 5 ans ». En lisant entre les lignes, on constate qu’il y a eu un casting à l’issue duquel ces bonnes âmes ont été choisies pour « hériter » du complexe scolaire Bédir. Par qui, où et selon quels critères ? Nul ne le sait pour le moment. Comme elle l’avoue elle-même, les mérites personnels de Mariama El Hadj Ibrahim sont notamment liés aux « bonnes relations partenariales » qu’elle aurait entretenues avec les établissements Bédir. Quels types de relations partenariales un ministre de tutelle peut directement avoir avec un établissement scolaire au point que ses légitimes propriétaires songent à en faire une « héritière » ? De quelle nature sont ces relations partenariales ? Sont-elles des passe-droits accordés aux propriétaires de Bédir qui retournent aujourd’hui l’ascenseur ? Si, comme le laisse entendre Mariama El Hadj Ibrahim, la cession, entre autres, à elle, des établissements Bédir, est un juste retour d’ascenseur, elle doit alors dire publiquement à ses compatriotes quels sont les éminents services que le ministre des Enseignements primaires qu’elle était a pu rendre à un établissement scolaire qui n’a pas attendu l’arrivée au pouvoir de Mahamadou Issoufou pour prospérer, au point d’être retenue parmi les « héritiers » de Resul Ekrem Bilgen. Outre ces relations partenariales «incestueuses» qu’elle a entretenues avec le complexe scolaire Bédir, Mariama El Hadj Ibrahim ose réfuter le fait qu’elle a acheté ce complexe scolaire, probablement à coups de milliards. Dans sa fameuse lettre, elle attaque d’entrée de jeu en prétendant que Le Courrier l’a « incriminé d’avoir acheté à grands frais les établissements Bédir et que pour seule preuve, il n’a exhibé qu’un acte de nomination du gérant en lieu et place d’un certificat de vente ». Est-ce dela mauvaise foi ou l’expression de limites objectives ? Il est clair qu’elle ne peut détenir le droit de désigner un gérant si elle n’a pas acheté l’entreprise. Qu’elle l’ait fait en association avec deux autres ne change rien à la situation. Aussi, Le Courrier martèle que Mariama El Hadj Ibrahim a bel et bien acheté les établissements Bédir. Combien de milliards a-t-elle mis sur la table pour détenir 330 parts de ce complexe scolaire et où a-t-elle eu tant d’argent ? Ce sont des questions auxquelles Mahamadou Issoufou chercherait lui-même des réponses et auxquelles elle répondra, un jour, devant le juge. Pour le moment, elle s’abrite derrière son appartenance à un clan, celui des intouchables, se définissant, avec une certaine fierté, comme « soldate de la renaissance » dont « Le commanditaire qu’elle entrevoit dans les productions du Courrier, souhaite, sans doute, le lâchage mais qu’il « doit encore prendre son mal en patience ». Ah, la belle carapace de Mahamadou Issoufou !

La fameuse mise en demeure des autorités turques parle de cession à l’Etat ou de vente à un opérateur privé. Mariama El Hadj Ibrahim serait-elle l’Etat ou un opérateur privé ?

La troisième grosse révélation de Mariama El Hadj Ibrahim est que, « le 19 Juillet, les responsables des établissements BEDIR ont été mis en demeure, par leur autorité de tutelle, de céder leur établissement à l’Etat du Niger ou de le vendre à un opérateur privé, sous astreinte d’un délai de 24 heures, laissant planer la menace de leur expulsion dans les 48 heures ». La bonne dame ne se rend même pas compte que la prétendue mise en demeure parle, selon ses propres termes, de cession à l’Etat du Niger ou de vente à un opérateur privé. Et puisque le cas survenu n’a rien à voir avec une cession à l’Etat, il s’agit dès lors d’une vente à un opérateur privé qui a pour noms Mariama El Hadj Ibrahim, Nasser Salim et Dominique Bila. Encore une fois, combien Mariama El Hadj Ibrahim a-t-elle déboursé pour disposer de 330 actions sur les 1000 que compte le capital social ? Les établissements Bédir valent des milliards. Et même si Mariama El Hadj Ibrahim a entretenu des relations partenariales de nature louche avec les anciens propriétaires de Bédir, il reste qu’elle a bel et bien acheté à un coût accepté de part et d’autre. Lui a-t-on fait un prix d’amie ? Rien n’est moins sûr puisque l’intéressée conteste, dans son fameux «droit de réponse», avoir déboursé des milliards pour devenir copropriétaire du complexe scolaire Bédir. « Vous auriez dû dire à vos lecteurs que j’ai acquis des actions dans la société au capital social de dix millions (10.000.000) de Francs CFA. Ce montant n’a rien à avoir avec les sommes astronomiques que vous laissiez entendre…». Gambi voudrait-elle ainsi insinuer qu’elle n’a déboursé que 10 000 FCFA à multiplier par 330 fois, ce qui donne la misérable petite somme de 3 300 000 FCFA ? Une broutille pour une dame qui a passé cinq années pleines à attribuer des marchés colossaux de fournitures et équipements scolaires. Que Nasser Salim ayant également 330 parts, qu’il aurait aussi déboursé 3 300 000 FCFA et Dominique Bila ayant éventuellement le reste des actions, soit 340 parts, elle aurait, selon cette logique de débile, 3 400 000 FCFA. Qu’au total, le sieur Resul Ekrem Bilgen se serait contenté de la minable somme de 7 000 000 FCFA pour leur céder ses biens estimés à plusieurs milliards ?

Bilgem Ekkrem a-t-il été spolié de ses biens pour un montant symbolique ?

La réponse pourrait faire peur. Car, et c’est Mariama El Hadj Ibrahim qui le confesse, Resul Ekrem Bilgen était pris à la gorge, sans aucune possibilité de chercher à gagner une juste rétribution de ses investissements. « Devant cette situation «déboussolante», écrit Mariama El Hadj Ibrahim, les responsables de BEDIR, ne sachant à quel saint se vouer, car n’ayant pas le temps matériel pour inventorier, évaluer ni liquider leur patrimoine, ont opté pour la cession des parts de leur société de gestion à des nigériens et du reste des hommes et des femmes de confiance, qui peuvent continuer la mission sociale et éducative de cet établissement après leur expulsion du pays ». Aurait-elle profité du désarroi de Resul Ekrem Bilgen ? Ne peut-on pas imaginer, au regard des mœurs légères qui caractérisent le magistère de Mahamadou Issoufou, que l’étau ait été resserré autour de Resul Ekrem Bilgen pour qu’il ne pense qu’à détaler comme un lièvre qui vient d’échapper à un piège ? Une éventualité qui n’est pas à écarter dans la mesure où un des principaux acteurs de l’affaire, Mariama El Hadj Ibrahim, écrit que Resul Ekrem Bilgen serait dans une situation «déboussolante», ce qui, de toute évidence, ne leur avait pas échappé. Ce n’est pas tout. Resul Ekrem Bilgen, selon toujours Mariama El Hadj Ibrahim, serait, le 19 juillet 2016, sous astreinte d’un délai de 24 heures, laissant planer la menace de leur expulsion dans les 48 heures ». Mais, qui, donc, a menacé Resul Ekrem Bilgen d’expulsion ? Le gouvernement nigérien est-il une succursale d’Ankara pour exécuter des instructions données par le pouvoir turc ? Il est vrai que la présomption d’innocence est un droit effacé de la tablette judiciaire sous Mahamadou Issoufou et que Saddhi Kadafi, le fils du Guide libyen tué en 2011, a bel et bien été livré à ses pires ennemis après avoir été dépouillé de tout. Peut-être que ce triste épisode a été aussi mis dans la balance pour «aider» Resul Ekrem Bilgen à prendre rapidement la «bonne décision». La conséquence de toute cette mascarade est là : ceux qui voulaient mettre le grappin sur les établissements Bédir n’avaient plus que deux choses à faire : garder l’affaire dans leur escarcelle et attendre tranquillement que le soleil, qui poursuit sa course angoissante pour Resul Ekrem Bilgen, lui suggère une attitude raisonnable. Seulement, Mariama El Hadj Ibrahim se trahit. Car, pour quelqu’un qui serait sous astreinte d’un délai de 24 heures, laissant planer la menace de son expulsion dans les 48 heures », Resul Ekrem Bilgen n’a finalement convoqué l’Assemblée générale de la société BEDIR qui a consacré la cession des parts que le 20 août 2016, soit un sursis d’un mois. Un mois au cours duquel, en réalité, les choses sérieuses ont été faites dans le plus grand secret. L’achat-vente dont Mariama El Hadj Ibrahim ne veut pas entendre parler est certainement intervenu au cours de ce mois de sursis accordé à Resul Ekrem Bilgen pour le débarrasser de ce «fardeau encombrant». Cet acte est confirmé par les documents portant « Cession des parts » dont un a été fourni par Mariama El Hadj Ibrahim elle-même dans son désir de faire valoir la « vérité », sa vérité. Sous la rubrique « PRIX », le notaire a bien indiqué que « La cession est consentie et acceptée moyennant le prix convenu par les parties et payé en totalité au Cédant, qui le reconnaît, hors la comptabilité du notaire ». On ne peut être plus clair. Il y a eu bel et bien achat-vente et Mariama El Hadj Ibrahim sera bien obligée de le reconnaître, un jour où la mention « soldate de la renaissance » ne lui sera plus d’aucune utilité devant le juge.

Le ridicule d’une dame qui ignore visiblement ce qu’elle a écrit

Véritable roman à l’eau de rose, ce document de Mariama El Hadj Ibrahim est également un chef d’œuvre de ridicule. La bonne dame ne fait pas que confirmer la course à la fortune qui a cours sous Mahamadou Issoufou. Elle s’offre également en spectacle. Réfutant tout achat-vente, elle parle néanmoins de transaction et de cession. Ignorant la signification de ces deux termes, Le Courrier a fouillé dans le dictionnaire pour apprendre que la transaction est une opération commerciale ou boursière, un accord conclu sur la base de concessions réciproques. Or, la concession, selon toujours le dictionnaire, c’est l’abandon de ses droits, de ses prétentions. Quant à la cession, elle se définit comme étant la transmission à un autre de la chose ou du droit dont on est propriétaire ou titulaire. De deux choses, l’une : soit, on a exproprié Resul Ekrem Bilgen, sous le couvert de l’Etat ; soit, on l’a forcé à vendre en se donnant les moyens d’en fixer le prix. Le ridicule dont se couvre Gambi n’a pas de bornes. Le Courrier passe sous silence les graves problèmes de syntaxe et de ponctuation pour une dame qui a dirigé le système éducatif nigérien pendant cinq ans. Passent aussi les insultes et la stigmatisation vis-à-vis du Courrier que nous avons volontairement publiées afin que chacun puisse se faire une idée de la personnalité qui a présidé, cinq ans durant, aux destinées de l’Education au Niger. Les amalgames faits dans la lecture des différentes productions du Courrier sur l’affaire ? Tous les élèves, dans une classe, n’ont pas et ne peuvent pas avoir la même capacité d’assimilation et vouloir y parvenir relève de la chimère.

…Des aveux aussi que Resul Ekrem Bilgen pourrait avoir été victime d’une action mafieuse

Mariama El Hadj Ibrahim est un cas et Le Courrier qu’elle voue aux gémonies ne cessera jamais de la remercier assez. C’est elle qui lui apprend que, « Avant même la notification de cette décision [Ndlr : la fameuse mise en demeure de céder Bédir à l’Etat ou de vendre à un opérateur privé sous 24 heures] au groupe Bédir, un opérateur économique en a été informé et aborda les responsables de Bédir, juste à leur sortie du cabinet ministériel, pour connaître le coût de cet établissement. Mariama El Hadj Ibrahim ne dit pas toutefois par qui cet opérateur économique a été informé ni même de qui s’agirait-il, encore moins à quel cabinet ministériel fait-elle allusion. Le sien ? C’est probable. Mais ce qui est intéressant dans cette révélation – une autre d’importance – c’est que Gambi soulève un coin de voile sur d’autres potentiels barons du régime tapis au sommet de l’Etat et qui pourraient bien se trouver derrière Nasser Salim et Dominique Bila. Un chantier pour l’inspection judiciaire ! Comment est-ce que un opérateur économique peut-il aborder les responsables de Bédir à la sortie d’un cabinet ministériel pour leur demander à connaître le coût de cet établissement ? Et si ce mystérieux opérateur économique a demandé à connaître le coût du complexe scolaire Bédir, c’est qu’il en a bien un et ça n’a rien à voir avec les parts détenues par les actionnaires. Le document portant, entre autres, changement de gérant statutaire, indique, aux points 2 et 3 deux mentions intéressantes. D’une part, « Les titres sociaux sont des biens meubles qui ont une valeur nominale minimum de dix mille (10 000) FCFA, ils sont cessibles et transmissibles » ; d’autre part, « Les titres sociaux confèrent aux associés, entre autres, un droit sur les bénéfices réalisés par la société lorsque leur distribution a été décidée, et ce proportionnellement à l’apport effectué par chacun d’eux ». Cette dernière mention enlève non seulement toute crédibilité aux assertions de Mariama El Hadj Ibrahim, mais elle met également à nu la mauvaise foi contenue dans cette belle précision de l’intéressée : « Je n’ai pas eu des ambitions pécuniaires dans cette affaire ». En attendant, donc, qu’elle transmette au Courrier l’acte notarié qui a consacré l’achat de ses 330 parts et qu’elle apporte des réponses aux interrogations qui restent sans réponses pour le moment, notamment produire publiquement la mise en demeure adressée aux responsables de Bédir et clarifier dans quelles conditions exactes elle s’est retrouvée parmi les «héritiers», Mariama El Hadj Ibrahim doit se convaincre d’une chose : elle ne peut ni intimider Le Courrier ni tromper ses lecteurs qui savent ce que veut dire cette notification du notaire : « La cession est consentie et acceptée moyennant le prix convenu par les parties et payé en totalité au Cédant, qui le reconnaît, hors la comptabilité du notaire ». Mou gé zouwa !

Laboukoye

22 septembre 2016
Source : Le Courrier

Dernière modification le vendredi, 23 septembre 2016 01:56