jeudi, 13 octobre 2016 05:00

Migrations : S.D, un enfant migrant qui croit encore à ses rêves, après son échec pour rejoindre l'Europe

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Migrants Niger 03S.D a quitté la région de Sangarédi en Guinée Conakry en Avril 2016. Son rêve, confie-t-il « était de gagner l'Europe, pour poursuivre ses études et devenir diplomate ». Mais, à partir de l'Algérie, le jeune garçon a été refoulé. Comme d'autres migrants, S.D a échoué dans sa tentative de migration vers l'Europe. Depuis deux mois le jeune S. D fait partie de la dizaine de mineurs recensés parmi la quarantaine de migrants accueillis dans le centre de transit et d'accueil de Bobiel à Niamey où l'Organisation Internationale pour les Migrations(OIM) leur apporte aide et assistance.

À croire sa parole S.D a 18 ans. Il soutient qu'il en classe de 12ème, l'équivalent de la classe de 1ère, quand il a pris la route, pour l'Europe. Mais toute sa corpulence, trahit l'âge qu'il se donne. Frêle, S.D mesure à peine 1,60 m. Ses cheveux du genre lisses, trop long renseignent un peu sur son origine ethnique. Au bout de son menton quelques poils commencent à pousser sur son visage trop juvénile. Avec ses yeux qui semblent refléter l'innocence des jeunes adolescents, S.D a un peu le regard dans le vide pendant l'entretien. Quoi qu'il en soit, il a été enregistré parmi les dix migrants mineurs non accompagnés du centre d'accueil et de transit que l'OIM Niger a mis en place au quartier Bobiel de Niamey.
« Tu as l'air trop jeune pour prendre la route ! Est ce que tu as eu l'accord de tes parents ? Savaient-ils que tu allais partir ? » À ces remarques et questions, S. D avoue avec un sourire qui laisse comprendre sa gène : « je ne leur ai pas dit au revoir quand je partais ». Son but, dit il, était de gagner l'Europe pour continuer ses études, mais aussi travailler afin d'aider ses parents. Pour avoir un peu d'argent et commencer son voyage à partir de la Guinée, S. D raconte qu'il avait vendu son ordinateur portable.
Après un périple à travers plusieurs pays, qui l'a conduit à Bamako où il a eu un peu de ressources, puis au Burkina Faso et au Niger. Le jeune garçon s'est retrouvé en Algérie en embarquant à partir de la ville d'Agadez, en passant par Arlit au Niger. Mais S.D fut refoulé avec d'autres migrants à IN Guezamm, une commune de la wilaya de Tamanrasset. C'est le retour à Agadez, puis à
Niamey avec l'aide de l'OIM. À son arrivée dans le centre de transit et d'accueil des migrants de Bobiel, S.D a pu entrer en contact avec sa famille en Guinée. Le jeune garçon garde encore son rêve, qui est celui de devenir « un diplomate ». Dans ce centre de transit où il attend les formalités de sa mise en route, S.D et 7 autres de ses compatriotes sont enregistrées parmi les migrants mineurs non accompagnés.
Les procédures du rapatriement volontaire du jeune garçon sont en cours. Mais il semble s'inquiéter quant à ses attentes et l'espoir de réaliser ses rêves. « Je suis ici depuis deux mois. Nous avons eu la promesse d'un appui pour faire du commerce ou pour reprendre les études une fois rentré au pays. Mais un d'entre nous qui est déjà rentré au pays, attend toujours là bas pour ouvrir son commerce», semble s'inquiéter le jeune S.D. « J'ai suivi à la télé que la rentrée des classes a eu lieu le 4 octobre passé en Guinée », s'impatiente-t-il.
« Le processus de rapatriement prend du temps surtout pour les mineurs non accompagnés, car il y a des formalités à respecter. Il faut procéder au retracement, s'assurer où se trouve la famille du migrant mineur, obtenir l'accord du juge des mineurs pour le rapatriement », explique Marine Buckenham, chargée de protection à l'OIM Niger. Cette procédure peut durer plus de deux mois, ce qui justifie l'impatience de jeune S.D. La chargée de protection de l'OIM Niger, assure que l'OIM apporte un appui aux migrants pour une intégration individuelle. Il s'agit des aides pour de petites formations, pour ouvrir un commerce ou reprendre les études. Mais ce n'est pas du cash qui est donné au migrant. En fonction de la disponibilité des moyens l'OIM réalise l'investissement au profit de l'intéressé.
Les migrants qui sont dans le même centre que le jeune S.D bénéficient tous de l'assistance médicale, psychologique, et du transport pour rentrer chez eux. « Ils ont tout ce dont les migrants ont besoin lorsqu'ils arrivent sur le territoire nigérien », souligne le Chef de la mission OIM au Niger, M. Giuseppe Loprete. Ces candidats à la migration ne sont pas des Nigériens. Le Niger n'est pas leur destination finale, mais constitue juste un pays de transit pour eux. L'OIM Niger qui dispose des centres d'accueil et de transit à Agadez, Arlit, Dirkou, Niamey, y a accueilli en 2016, pour la période de janvier à septembre 3474 migrants, et 3020 d'entre eux ont bénéficié de l'assistance au retour volontaire. Il faudra ajouter à ces statistiques, le nom du jeune S.D, un garçon qui a échoué à gagner l'Europe et qui espère encore réaliser ses reves. Serait-ce dans sa Guinée natale, ou ailleurs ? Le dernier mot de l'histoire revient à l'avenir.
Souley Moutari(onep)

13 octobre 2016
Source : http://lesahel.org/