vendredi, 14 octobre 2016 06:36

5ème édition de la journée Internationale de la Jeune-fille : Promouvoir l’éducation et l’épanouissement de la jeune-fille au Niger

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A l’instar des autres pays du monde, le Niger a commémoré, hier, la 5ème édition de la Journée Internationale de la Jeune Fille. Les manifestations de cette journée se sont déroulées au Palais des Congrès de Niamey sous le thème ‘’Mettre fin au mariage des enfants, c’est possible !’’.

La pertinence de ce thème n’est plus à démontrer dans le contexte de notre pays où les jeunes adolescentes sont victimes des mariages précoces aux conséquences incalculables. C’est la ministre de la Promotion de la Femme et de la Protection de l’Enfant, Mme Amadou Aïssata, qui a procédé au lancement des activités de cette journée en présence de la Première dame Dr. Malika Issoufou, de députés nationaux, de membres du Gouvernement, du gouverneur de la Région de Niamey, et des représentants des organisations internationales actives dans la promotion de la jeune-fille, en l’occurrence l’UNICEF, l’UNFPA, Plan International et bien d’autres structures.

La célébration de cette journée internationale dédiée à la jeune-fille a été marquée au Niger par une série de discours, et surtout par le spectacle théâtral inspiré du feuilleton ‘’haské Maganinduhu’’, coproduit par l’UNICEF et l’ORTN, une pièce théâtrale qui met à nu les comportements peu orthodoxes de certains parents à l’égard de leurs filles.

En procédant au lancement des activités de cette journée internationale de la jeune-fille, la ministre de la Promotion de la Femme et de la Protection de l’Enfant, Mme Amadou Aïssata, a rappelé qu’elle a été instituée par l’Assemblée Générale des Nations Unies le 19 décembre 2011 suite à l’adoption de la résolution 66/170. La reconnaissance de cette journée est le fruit du plaidoyer lancé au plan mondial par l’ONG Plan International qui a montré les défis auxquels font face les filles dans les pays en développement. En effet, elles subissent toutes formes de violence dont les mariages précoces, le viol, la maltraitance de tout genre, la mutilation génitale etc. C’est d’ailleurs, la raison pour laquelle le Niger a retenu le thème ‘’Mettre fin au mariage précoce, c’est possible!’’. Il est à noter que le Niger enregistre, malheureusement, le taux le plus élevé des mariages précoces au monde, soit 76,2%.

Selon les résultats de l’enquête démographique sur la santé et la nutrition réalisée en 2012, 59% des adolescentes de la franche d’âge comprise entre 15 et 19 ans sont mariées, et 36,1% d’entre elles sont mariées avant l’âge de 15 ans. Ce phénomène est plus observé en milieu rural (84%) qu’en milieu urbain. Cette situation de mariage des enfants est liée notamment à la pauvreté et aux pesanteurs socioculturelles qui sont défavorables à la jeune-fille.

En plus du phénomène de mariage des enfants, la jeune-fille nigérienne est aussi confrontée à la sous scolarisation et au problème de son maintien à l’école. A titre illustratif, à l’enseignement secondaire en 2014, le taux brut de la scolarisation des filles est de 21,5% et le taux d’achèvement est de seulement 10,9%. La sous information en matière de la santé de la reproduction, qui limite la jeune-fille dans la planification de sa vie reproductive, la rend de facto vulnérable à la fistule obstétricale, à la mortalité maternelle et aux violences basées sur le genre.

Cet état de fait a des graves répercussions sur le développement du pays en termes de santé, de budget, d’infrastructures et de violence en matière des droits de l’Homme. Le Niger, a dit la ministre, est partie prenante à plusieurs conventions et déclarations, notamment celles des droits de l’Enfant et celles sur l’Elimination de toutes les Formes de Discrimination à l’égard des femmes. Par ailleurs, le Gouvernement du Niger, soucieux de l’avenir des jeunes-filles en particulier, a réalisé plusieurs actions dont la reconnaissance de la présente journée ; le lancement de la campagne africaine ‘’Mettre fin au mariage des enfants’’ lancée en décembre 2014 ; la mise en œuvre du programme ‘’Illimi’’ qui vise à réduire les mariages et les grossesses des jeunes-filles ; l’élaboration et la mise en œuvre de la stratégie nationale d’autonomisation des jeunes.

La Première dame Dr. Malika Issoufou, a indiqué pour sa part que cette journée dédiée aux jeunes adolescentes du monde entier ‘’nous rappelle que ces dernières ont besoin de tout notre amour, notre protection et notre encadrement pour s’épanouir pleinement et s’assurer les compétences nécessaires à même de leur permettre d’assumer les responsabilités qui seront les leurs demain : celles de poursuivre l’édification de leur Nation avec efficacité’’.

‘’Les statistiques du Niger sur le mariage des enfants, m’attristent énormément en tant que mère et médecin, donc consciente des risques auxquels les jeunes-filles sont exposées’’, a dit la Première dame. Poursuivant ses propos pathétiques, elle a ajouté que ‘’ces jeunes-filles, mariées précocement, voient ainsi s’envoler toutes leurs chances d’avoir une éducation de qualité, et sont donc condamnées à vivre dans la pauvreté. Elles risquent la morbidité liée à une grossesse précoce, notamment la fistule obstétricale, et pour celles d’entre elles qui n’auront pas eu de chance, de mourir en voulant donner la vie’’.

Auparavant, la représentante de l’UNICEF au Niger, Mme Viviane Van Steirteghem, a indiqué que ‘’les jeunes filles représentent un capital humain essentiel au développement d’un pays. Pourtant, elles sont des milliers à rester au bord du chemin, sans accès aux services d’éducation, de santé ou de protection auxquels elles ont droit. En s’attaquant aux défis qu’elles rencontrent, en investissant dans leur avenir, nous pouvons contribuer à la réalisation des objectifs du Niger, et au-delà de l’humanité tout entière’’, car oui, mettre fin au mariage des enfants, c’est possible, a-t-elle soutenu.

Au Niger, a-t-elle dit, la prévalence du mariage des très jeunes-filles est élevée. Elle a étayé cette affirmation par les résultats des différentes enquêtes sociodémographiques réalisées entre 1992 et 2012 au Niger. Ces résultats ont montré, a-t-elle dit, ‘’que le mariage des enfants est l’un des domaines où les progrès sont timides. En 2012, une fille sur quatre était mariée avant l’âge de 15 ans. A 18 ans, 8 filles sur 10 étaient déjà mariées, contre 6 garçons sur 100, un taux qui n’a pas évolué depuis 2006. Pourtant, le changement est possible. Ainsi, entre 2006 et 2012, le pourcentage de filles mariées avant 15 ans a diminué, passant de 28% à 24%. C’est encore beaucoup, mais le Niger est sur le bon chemin’’, a-t-elle conclu.

La célébration de cette journée internationale de la jeune fille a été l’occasion pour l’UNICEF d’offrir une moto dédouanée, plus une assurance d’un an à Safia Ibrahim, habitant à Zinder, présidente de l’association des enfants travailleurs pour son engagement et sa détermination en faveur de l’épanouissement de la jeune fille.

Hassane Daouda(onep)

14 octobre 2016
Source : http://lesahel.org/