vendredi, 11 novembre 2016 05:34

Hommage à Hama Tinni, l’ami et l’administrateur

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Hamma TinniJusqu’en ce matin du 6 novembre 2016 où je découvrais le message de ton "départ" sur Facebook, j’ignorais tout du drame survenu à quelques encablures de Niamey, alors que tu revenais du village natal, après deux semaines de travail harassant pour préparer et organiser le Colloque sur le bilan des 25 ans de régulation des médias au Niger. Un colloque auquel j’ai pris part, et qui a été une occasion ultime pour de vieux amis pris dans l’engrenage des responsabilités de la vie de chef de famille dans un contexte particulièrement difficile, de se revoir et d’échanger. Nous nous sommes, donc, revus au cours de ces trois jours de débats sur ce qu’a été la régulation des médias au Niger au cours de ce quart de siècle de démocratie multipartiste et je me souviens encore des discussions que nous avons eues à ce propos.

Nous n’avions pas forcément les mêmes points de vue, mais j’ai toujours eu une vive admiration pour ton sens élevé des responsabilités et ta volonté, inébranlable, d’assumer, en toutes circonstances, les missions qui te sont dévolues. Je me souviens encore de ces années d’angoisse morbide où, jeune diplômé ayant eu la chance inouïe d’intégrer la Fonction publique, bien avant nous, tu t’attachais avec un si grand dévouement à exécuter les tâches administratives qui t’étaient confiées que la confiance est tout de suite née entre tes supérieurs hiérarchiques et toi.

Je me souviens également de cette période de formation civique passée parmi les militaires, à Tondibia, dans le cadre de la formation commune de base à laquelle étaient astreints les jeunes diplômés nigériens. La vie militaire est rude et ça n’a pas été facile pour nous, mais avec le recul, nous nous étions rendu compte que c’était formateur. Chacun de nous, engoncé dans une combinaison assez loufoque car rarement conforme aux mensurations du porteur, avait l’impression de voir en l’autre un talibé dans des haillons plutôt qu’un bidasse en formation. Des années après, à l’occasion de certaines de nos rencontres, nous riions encore de nos faiblesses et de nos peurs, à la "merci" de soldats qui voulaient manifestement nous démolir. C’était une impression. Bref, je mes souviens encore de toi et de tes interventions sur l’évènement majeur de l’époque, la Conférence nationale souveraine, dont nous avons vécue une bonne partie dans l’antre de Tondibia. Il nous arrivait d’en écouter quelques bribes lors de nos escapades en dehors du camp militaire et j’avoue que la maturité n’était pas au rendez. Je me souviens …

Je me souviens surtout de cet échange téléphonique que, toi et moi, nous avons eu, le samedi 5 novembre, vers 16 heures, après tant d’appels manqués de part et d’autre. Je m’étais aperçu qu’il manquait dans la clé Usb qui nous avait été remise à la fin du colloque sur le bilan de la régulation des médias au Niger, les recommandations dudit colloque. Et lorsque nous avions enfin réussi à nous parler au téléphone, tu t’étais d’abord excusé de n’avoir pas pris mes appels parce que tu étais en réunion avec les délégations étrangères venues prendre part au colloque avant de me confirmer que tu avais lu mon message, laissé sur ton portable, et avais répondu en me transmettant par courriel, les recommandations en question. C’était les derniers mots que nous avions échangés.

Cher ami, tu es "parti", rappelé à Dieu à un endroit, si proche, si loin de Niamey où tu résides et travaille. Tu es "parti", à un âge où l’on est plus que mûr, socialement et professionnellement, pour donner à son pays, lorsqu’on en a la volonté, le meilleur de soi-même. Tu en as déjà donné suffisamment et le monde qui t’a accompagné jusqu’à ta dernière demeure le prouve à volonté. Tu étais un homme bien, affable et reconnaissant, et beaucoup de nos compatriotes, particulièrement du monde des médias, ont tenu à en témoigner. Que Dieu, dans sa miséricorde infinie, t’accueille dans son Paradis éternel et te comble de bienfaits. Adieu, Hama !

Modi Alzouma Moussa

11 novembre 2016
Source : Le Monde d'Aujourd'hui

Dernière modification le vendredi, 11 novembre 2016 06:49