jeudi, 17 novembre 2016 23:55

Maternités publiques à Niamey : Un accueil peu reluisant

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Au Niger, une femme sur sept meurt de complications liées à la grossesse, mais ce taux de mortalité maternelle qui exprime le nombre de décès pour 100 000 naissances vivantes, diminue lentement selon l’OMS.

Pour atteindre les Objectifs du Millénaire pour le Développement (OMD), à savoir réduire le nombre des femmes qui meurent pendant une grossesse ou lors d'un accouchement, il faut un travail de large sensibilisation.

En effet la situation démographique actuelle au Niger, avec un taux de croissance de 3,9% par an, entraînera à tous les niveaux des problèmes qui affecteront gravement le développement économique et social du pays pendant les années à venir, si des mesures appropriées ne sont pas prises dès maintenant. Mais tout de même, les centres de formations sanitaires doivent mener leurs activités dans la règle de l’art.

Par exemple, dans certaines maternités publiques à Niamey, les femmes enceintes subissent parfois un traitement déplorable, surtout au niveau l’accueil.

Ces centres sanitaires publics où l’Etat investit les moyens pour offrir la santé à tous, regorgent de sages-femmes et autres agents de santé cherchent querelle aux femmes qui les fréquentent et utilisent même un langage abusif à leur égard.

Ce genre de comportent n'encourage point la fréquentation de ces centres sanitaires publics. Les dispensaires et les hôpitaux publics se trouvent également dans cette situation.

Pourtant, la population est encouragée, ces derniers temps, à travers des campagnes de sensibilisation, à fréquenter les maternités publiques afin d’éviter les accouchements à domicile.

Hadiza Amadou, accompagnatrice d’une jeune femme primigeste rencontrée à la Maternité Poudrière de Niamey explique qu’elles viennent d’une maternité publique de la place. ‘’Nous avons été chassées de cette maternité de quartier par une sage-femme qui, à notre arrivée dans le centre, n’a pas voulu prendre soin de nous écouter, alors qu’elle sait bien que notre fille souffrait. Elle était assise en train de tripoter son téléphone, sans gène. Quant elle s’est levée enfin, elle demanda qui est la patiente, et nous la lui avons indiquée. Sans prendre la peine de l’examiner, elle répliqua en ces termes : ‘’Ah! Si c’est elle, je vous renvoie à la Maternité Poudrière, son état est critique, je ne prends pas le risque’’.

Il faut comprendre que, le plus souvent, il ne s'agit pas uniquement d'insuffisances techniques qui poussent ces agents de maternité ou de santé à manifester ces genres de comportement. Mais plutôt d'une dissociation de l'acte technique. Le comportement altruiste, la morale et la déontologie sont mis de côté chez certains thérapeutes qui oublient même le serment d’Hippocrate et le devoir de travailler uniquement pour le bien du patient.

Malheureusement, quand les Directions Régionales de Santé transmettent des statistiques au niveau central, dans les données, on ne précise pas la qualité de l'accueil et du traitement dans les maternités publiques. C’est pourquoi beaucoup de femmes qui ont les moyens préfèrent aller accoucher dans les cliniques médicales.

‘’A mon premier accouchement, j’ai préféré fréquenter un centre public, mais je regrette amèrement encore aujourd’hui. Quand on m’avait amenée, les sages-femmes n’ont même pas pris le soin de nous regarder. Elles étaient en train de discuter et de rire aux éclats. Après cinq minutes, l’une d’entre elles est venue vers nous. Sa première question était de savoir si nous avons apporté des gangs. Ce jour-là, j'ai entendu des propos aberrants avant d’être introduite dans la salle d’accouchement. C’est désolant le comportement de nos sœurs sages-femmes qui travaillent dans les maternités publiques’’, a regretté Mme B. M.

Mme S. S., quant à elle, évacuée à la Maternité Centrale en urgence, raconte :

‘’Quand on m’avait amenée, j'étais couchée aux côtés d’une dizaine d’autres femmes dans une atmosphère insoutenable. J’étais resté là-bas pendant plusieurs heures. C’est ainsi qu’une de mes connaissances parmi les sages-femmes m’a trouvée en train de sangloter et m’a confiée à une de ses collègues. Celle-là proférait à mon encontre des menaces accompagnées des sales mots en me disant : ‘’Hey! Si tu ne pousses pas bien, on t'envoie au bloc opératoire’’. Les autres assistantes allaient plus loin dans l'abus de langage, elles m’insultaient même. J’étais bien consciente. Dieu m’a assistée, j’ai accouché naturellement d’une fille bien portante. C’est décevant les comportements de certains de nos agents sanitaires. C’est même inhumain’’.

Ce problème de défaillance dans l’accueil au niveau des maternités publiques, selon les avis de certains citoyens, est dû à l’insuffisance de personnel et à la surcharge de travail subséquente. Mais le déficit de sourire, d'empathie et les excès de mauvaise humeur qui entraîneraient un langage parfois abusif envers les patientes et en particulier les femmes enceintes, s’explique par le manque vocation de certains agents.

‘’Nous avons un problème de formation des agents. En effet, les filles de salle ou les manœuvres se comportent comme des sages-femmes’’, affirme un agent de santé à la retraite.

Pour mieux prendre en charge ces problèmes, le Gouvernement doit entreprendre des contrôles inopinés assurés par des agents consciencieux et dévoués, et appliquer des mesures répressives aux contrevenants. Il doit également penser à décongestionner les deux grandes maternités de la capitale en sensibilisant les populations, et mettre les moyens dans les maternités des différents arrondissements de Niamey et même à l’intérieur de pays afin de répondre à la demande sans cesse croissante.

Seini Seydou Zakaria(onep)

18 novembre 2016
Source : http://lesahel.org/