jeudi, 17 novembre 2016 23:56

Maternité Issaka Gazobi de Niamey : Branle-bas dans les salles d’accouchement et embouteillage des salles de garde

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C’est dans les environs de 14 heures, après la grande prière, que nous nous sommes rendues à la Maternité Issaka Gazobi, en ce vendredi jour saint de l’Islam. L’endroit grouille de monde, des femmes pour la plus grande majorité.

Au premier abord, l’on se croirait dans un marché ou à une réunion à dominance féminine. Mais à observer de près les visages de ces dames, leur air pensif, inquiet ou même quelque peu tourmenté, et connaissant la nature de l’institution, l’on comprend tout de suite qu’il s’agit de femmes en travail et de leurs accompagnantes, si ce n’est des femmes en état de grossesse pathologique référées à la Maternité centrale par les maternités secondaires.

Tout à coup, tous les regards se tournèrent vers la porte de la maternité où venait de s’éteindre les sirènes stridentes d’une ambulance qui entra en trombe dans la cour, après qu’on lui a ouvert brusquement le portail. Quelques instants après, des membres du personnel en blouses blanches, roses et bleues s’activèrent autour de l’ambulance à bord de laquelle se trouve une dame évacuée parce qu’ayant sûrement des difficultés pour la délivrance.

Immédiatement allongée sur une civière, elle est acheminée vers la salle des urgences pour y être prise en charge. L’accompagnante, l’air inquiet, les bras chargés d’effets, les regardait s’éloigner et s’engouffrer dans la salle. C’est seulement quand elle les eut perdus de vue qu’elle alla s’asseoir dans un coin, priant sûrement en son for intérieur, pour attendre la suite des évènements. Cette dame évacuée doit s’estimer heureuse, parce qu’elle a été directement introduite au bloc pour être examinée et prise en charge par le personnel, contrairement à d’autres qui étaient là depuis plusieurs jours, presque une semaine pour certaines, attendant de subir une césarienne.

Dans une salle, des femmes sont couchées à même le sol et le personnel soignant s’échine à leur administrer les soins appropriés. Il s’agit de femmes qui ont fait des fausses couches ou qui souffrent d’une quelconque maladie liée à la grossesse ou au post-partum. Ici, pour pouvoir atteindre ces malades et leur administrer les soins, le personnel est obligé de les enjamber, tellement l’espace est restreint. Ce qui n’est pas du tout commode, avec tout le risque pour ces malades de se faire piétiner et aussi pour le personnel soignant qui risque de trébucher.

En sortant de cette salle archicomble, nous avons rencontré une connaissance, un monsieur qui nous fit comprendre qu’il est à la recherche de son épouse introduite depuis le matin dans le bloc opératoire. Ne sachant où la trouver, il était arrêté là comme un piquet, espérant voir passer un membre du personnel qui pourrait le renseigner. Après les salutations d’usage, il ne put cacher sa consternation de voir cette pléthore de malades dans cette maternité qui a du mal à les contenir. ‘’Il y a trop de problèmes dans cette maternité dite de référence. Voyez toutes ces femmes étendues par terre, malades ou en plein travail, et qui risquent d’accoucher à même le sol ! Il faut vraiment que les autorités sachent le calvaire que vivent les femmes ici, afin d’essayer d’y remédier’’.

En guise de réponse, je lui répliquais en ces termes: ‘’C’est vraiment bien que vous vous rendiez compte de vous-même du calvaire que vivent les femmes, de la grossesse à l’accouchement. Pourtant, dès qu’un problème survient dans le foyer et se solde par un divorce, vous ne trouvez rien de mieux que d’arracher les enfants à leurs mamans, et parfois sans même qu’elles aient l’autorisation de leur rendre visite. Ce qui est injuste et à la limite de l’aberration’’. Là, mon interlocuteur reconnut effectivement qu’il y a une aberration dans ce genre de comportement, et que les mères divorcées ne méritent pas cette injustice, vues toutes les souffrances qu’elles endurent. Actuellement, explique-t-il, son épouse développe une grossesse à risque qui nécessite une intervention chirurgicale.

Pour revenir aux problèmes de la Maternité Issaka Gazobi, et selon notre propre constat, le premier est celui de l’insuffisance de l’espace, en ce sens que les salles sont exigües, surtout au regard de la forte fréquentation de cette institution, particulièrement pour la césarienne. En effet, de toutes les maternités relevant de l’autorité de l’Etat, c’est la seule maternité de la place, en dehors de la Maternité Poudrière et l’hôpital Lamordé, à pratiquer la césarienne. Donc, justement à cause de ce trop plein de patientes, pour décanter la situation, les responsables sont parfois obligés de recourir au bloc opératoire de l’hôpital de Lamordé (Rive Droite) où les patientes sont évacuées pour subir la césarienne.

Une fois l’opération pratiquée à l’hôpital Lamordé, la gestionnaire répartit les césarisées entre la Maternité Issaka Gazobi et la Maternité Gawèye pour le séjour clinique de suivi médical post opératoire. Avant, par manque d’ambulance et nécessité oblige, cette évacuation se faisait dans des véhicules bâchés qui n’étaient pas du tout appropriés, la seule ambulance de la maternité, qui datait des années 1980, étant en panne.

Heureusement, ce problème a été réglé, et la Maternité Issaka Gazobi a été dotée, il y a de cela plusieurs mois, de deux ambulances toute neuves obtenues parmi les 150 ambulances acquises par l’Etat par le biais du Partenariat Public Privé.

Nous pensons que les autorités, au plus haut niveau, doivent, en collaboration avec les Partenaires Techniques et Financiers (PTF), œuvrer à chercher un financement pour la construction d’une maternité de référence d’une plus grande capacité, à l’image de l’Hôpital de Référence de Niamey, afin de permettre non seulement au personnel soignant de travailler dans de bonnes conditions, mais également aux femmes d’accoucher en toute sérénité, de recevoir de meilleurs soins de santé dans de meilleures conditions d’hébergement.

Par Zeïnabou Gaoh(onep)

 

Présentation de la Maternité Issaka Gazobi

La maternité Issaka Gazobi de Niamey a été créée en 1929 et offre des prestations en soins obstétricaux. Elle se veut un Etablissement Public à caractère Administratif (EPA) et a pour mission principale de servir de cadre de référence, d’assurer les prestations gynécologiques, obstétricales, néonatales et post-natales du niveau tertiaire et des activités de planification familiale, d’assurer la protection fœto-maternelle, de servir de cadre de formation et de recherche en gynécologie, obstétrique et néonatologie. Selon le Directeur Général, ce centre de référence compte 183 lits dont 23 berceaux et emploie un effectif total de 638 agents, toutes catégories confondues.

Mais bien que cette maternité soit un centre de référence, elle fait face à un certain nombre de difficultés dont l’exigüité des locaux ; le retard dans le remboursement de la gratuité des soins ; l’insuffisance du personnel, notamment en anesthésie et néonatologie ; la vétusté du matériel médical ; les fréquentes ruptures de stock de sang ; le dysfonctionnement des structures sanitaires périphériques, etc.

Onep

18 novembre 2016
Source : http://lesahel.org/