mercredi, 30 novembre 2016 06:30

Portrait : Hadjia Fadji Boukar, caméra-woman

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Hadjia Fadji BoukarLa cinquantaine environ, Mme Fadji Boukar est une femme mariée qui exerce la profession de cadreuse. Elle travaille depuis 2006 en tant qu’agent à la station régionale de Zinder. Elle exerce ce métier avec passion et détermination. Originaire de Gouré, Hadjia Fadji filme les cérémonies sociales, mieux, elle couvre les grands événements officiels et cela sans être passée par une école et sans avoir bénéficié de formations de vidéaste et de photographe. Cette femme autodidacte dans le domaine de la prise de vue nous raconte les réalités de son métier, celle d’une femme toujours derrière une camera, dans un métier considéré dans un passé récent comme la chasse gardée des hommes.

Cette passion, elle l’a eue quand elle était dans la troupe théâtrale de Zinder où elle a eu à jouer plusieurs rôles. Hadjia Fadji a en effet été actrice de plusieurs pièces dont entre autres ‘’Kara da kihashi’’ où elle a joué le rôle de ‘’Laraba’’, Matan Mouché’’ et d’autres pièces. ‘’Ce travail d’actrice, je l’ai eue grâce au célèbre acteur de la troupe théâtrale de Zinder, M. Abdoulsalam Adam. J’ai joué dans des films réalisés par Yazi Dogo, Adamou Louché etc. Ce n’était pas facile à mes débuts, tout d’abord parce qu’il me fallait créer un réseau, un champ de connaissances, et surtout créer les conditions pour exercer convenablement ce métier dans un univers masculin. Aujourd’hui, ‘’Alhamdoullilah’’, j’ai fait mes preuves, en montrant que la femme peut avoir les capacités physiques et porter, tout comme l’homme, une camera de plus de 5 kg à l’épaule, en même temps que le trépied et le sac à dos’’, affirme fièrement Hadjia Fadji Boukar. ‘’Partout, les gens me disent que c’est rare de voir une femme cadreuse, et que dans le métier, on ne voit que les hommes. Mais plus les années passent et plus j’y prends goût’’, dit-elle.

Selon elle, les responsables de la télévision ont confiance en elle et l’envoient souvent pour couvrir de grands événements. Elle a donc à son actif plusieurs couvertures médiatiques dont les plus importantes sont les activités présidentielles à l’exemple de la cérémonie d’inauguration de la voie Zinder-Guidimouni, celle de l’usine de traitement d’eau à Ganaram, le lancement des travaux de la route de Magaria etc. « Certes je rencontre quelques petits problèmes pour ces genres d’activités avec la sécurité des hautes personnalités, qui finalement arrive bon gré mal gré à être gérée. Dieu merci, j’entretiens de très bons rapports avec mes collègues hommes », dit-elle tout en trouvant nécessaire d’avoir des femmes cadreuses. Car, de nos jours, certaines femmes ne sont à l’aise que quand leurs sœurs couvrent leurs activités. « Nous avons de plus en plus des femmes placées dans les hautes sphères du pouvoir, à savoir des ministres, députées, Gouverneurs, maires, préfets, etc.

A l’en croire, beaucoup de ces personnalités, pour certaines raisons notamment religieuses, aimeraient bien avoir des femmes pour la couverture de leurs activités en lieu et place des hommes. Elles sont plus à l’aise et se livrent davantage à la caméra quand celle-ci est maniée par une femme. Aujourd’hui, note Hadjia Fadji, il y’a de plus en plus de femmes dans le monde des médias. « J’en croise beaucoup, pas uniquement pour tourner des sujets de femmes, mais pour bien d’autres choses. Je dis merci à ma famille, spécialement à mon mari qui me laisse exercer sans grandes difficultés mon métier. Je dis également merci à mes collaborateurs de la station régionale de Zinder qui croient en moi et qui contribuent largement à faire de moi une caméra-woman », ajoute-t-elle.

Par ailleurs Fadji contribue largement aux ressources de sa famille grâce à son travail de caméra-woman des mariages, des festivités et du commerce qu’elle exerce parallèlement. Toutefois, et malgré les pressions, elle poursuit son métier. Elle aime réaliser des films, même si elle ne les signe pas, puisque le distributeur s’en déclare souvent l’auteur.

Et pour finir, elle conseille à ses sœurs qui veulent embrasser la carrière de comprendre que « s’emparer de la caméra rejoint en fait une problématique universelle, celle du droit des femmes à la création. Et que l’ouverture d’un métier exclusivement réservé aux hommes prend toujours des allures de conquête ». Fadji revendique justement ses droits à l’indépendance et à la création, constatant que les inégalités des droits entre les femmes et les hommes sont présentes dès l’enfance dans l’espace familial.

Aïssa Abdoulaye Alfary Envoyée Spéciale

30 novembre 2016
Source : http://lesahel.org/

Dernière modification le mercredi, 30 novembre 2016 12:40