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Mariage : Entre formalités coutumières et cortège de dépenses

Mariage : Entre formalités coutumières et cortège de dépenses Dans la religion islamique, le mariage est défini comme une loi que Dieu a établie dans la création et la formation des mondes. Dans le code civil, le mariage est conçu comme la société de l’homme et de la femme qui s’unissent pour perpétuer leur espèce, pour s’entraider par des secours mutuels, à porter le poids de la vie et pour partager leur commune destinée.

La conception traditionnelle quant à ellevoit dans le mariage une union de deux familles, et au-delà, de deux communautés. Le mariage s'entend également comme l'acte par lequel le couple se place dans une situation juridique durable afin d'organiser une vie commune et de préparer la création d'une famille.

Le mariage est ainsi un acte officiel et solennel dont le but est de constituer une famille. Ainsi, la solennité du mariage impose une célébration devant un officier d’état civil ou encore devant une autorité religieuse. C’est ainsi que le mariage coutumier connait beaucoup de formalités et de cérémonials, despréparatifsà la célébration.

Mme Ambarka Kaltouma et Mme Mariko Moussa Salamatou nous donnent ici des explications relatives à certaines cérémonies du mariage.

Mme Ambarka Kaltouma souligne qu’à travers le mariage, au-delà de l’union entre les deux jeunes, il y l’union entre deux familles, entre deux communautés. Le mariage renforce donc la solidarité, l’unité etla cohésion familiale et sociale.

Dans le mariage, il y a beaucoup de cérémonies et l’une des plus importantes c’est l’accord entre des deux jeunes. Selon la tradition, souligne Mme Ambarka Kaltouma, cette première étape consiste, pour le prétendant, à se rendre dans la famille de la jeune fille pour la demande en mariage.

Le prétendant doit rencontrer la fille en présence de son ami à lui, et de son amie à elle. Si la fille donne son accord, le jeune homme doit prendre avec elle un objet qu’il amène chez ses parents comme preuve. Cet objet peut être une bague, un foulard, un mouchoir ou tout autre objet reconnubien à elle.

Après cette première étape, les parents du jeune homme préparent une visite aux parents de la fille pour formaliser la demande au niveau familial où ils se rendent munis d’un cadeau qui peut être en espèce ou en nature.

Mme Ambarka Kaltouma précise ici que les parents dont on parle ce ne sont pas les parents génétiques de l’un ou l’autre, mais des proches, c'est-à-dire les cousins, les cousines ou les frères et sœurs des parents génétiques.

Après cette demande, les parents de la fille, côté paternel et côté maternel, se réunissent pour approuver la demande et accepter de recevoir la dot.

Avant, quand la tradition était respectée,la dot,constituée généralement des têtes de bétail,est la propriété exclusive de la jeune fille. Ce bétail lui sert de capital dans son foyer, et elle a le droit de l’utiliser pour ses besoins.Mais, de nos jours, souligne notre interlocutrice, la dot est constituée uniquement d’argentliquide et lamariée n’en voit pas un copeck. Ce changement s’explique, dit-elle, notamment par le fait qu’aujourd’hui, les dépenses inhérentes au mariage étant faramineuses, la dot est utilisée par les parents pour combler certaines de ces dépenses notamment pour l’ameublement, la décoration, les provisions pour le nouveau couple, la valise du jeune marié et les divers cadeaux à sa famille, etc.Parfois l’argent de la dot n’arrive même pas à couvrir un dixième de ces dépenses.

Après l’étape de la dot donc, qui est comme une sorte d’introduction, interviennent lechoix de la date du mariage, de la cérémonie de henné, du‘’wankanango et wankanamarya’’ (bains de purification). La cérémonie de henné a lieuune semaine avant la célébration du mariage. C’est un rituel synonyme de la fin de célibat, pour la jeune fille et le jeune garçon.

La valise

Concernant la valise, là aussi il y a de grands changements entre hier et aujourd’hui, souligne Mme Ambarka Kaltouma. Avant, les parents du marié remplissait une valise d’habits de toutes sortes, de chaussures, parfums, savons et autres articles de maquillage destinés à la jeune femme. La valise est amenée en même temps que la dot. Elle est exposéeau vu des visiteurs,ou transporté maison en maison pour être montrée aux voisins, parents, amies et connaissances. Avec un peu plus ou moins 100 000 FCFA,on peut avoir une valise bien garnie. Mais aujourd’hui, déplore Mme Ambarka Kaltouma, une valise jeune marié peut avoisiner 400 000 FCFA, voire un million pour les plus nantis.

L’autre changement, c’est que parfois on amèneune valise vide accompagnée d’une certaine somme proportionnelle au prix des articles qu’elle devait contenir, et ce afin d’éviter que certaines personnes de l’entourage de la mariée, notamment les cousines, s’accaparent de certains articles.

Pourtant, affirme Mme Ambarka Kaltouma, cette pratique qui consiste à prendre certains articles du contenu de la valise de la mariée n’était pas vue d’un mauvais œil avant. Au contraire, elle renforce les liens de solidarité et de fraternité entre jeunes, amies et cousines. ‘’Si par exemple une cousine prend un foulard, elle le garde jalousement en souvenir’’, a dit Mme Ambarka Kaltouma.

Le ‘’weymatarey’’ ou les devoirs et prérogatives des sœurs et cousines du marié

Le‘’weymatarey’’chez les Zarma-Sonraï, ‘’aljihumango’’ chez les Touareg, ‘’kara’’chez les Haoussa, est une pratique traditionnelle très ancrée dans les sociétés nigériennes. Par rapport à cette pratique, Ambarka Kaltouma et Mariko Moussa Salamatou, soulignent que c’est une pratique que cette pratique fait obligationaux cousines et sœurs de cotiser de l’argent pour le jeune marié afin de l’aider à faire face à certaines charges familiales et aussi pour amener chez la jeune mariée en guise de cadeau, de frais de la tresse et du maquillage. Cette cotisation est obligatoire, mais libre. En prélude au mariage, les sœurs et cousines du jeune marié se réunissent pour s’organiser. La participation des unes et des autres varie de 1000FCFA à 5000 en général, mais les plus nanties et généreuses peuvent verser plus, même au-delà de 100 000 FCFA.

Quant à la famille de la jeune mariée, elle envoie aussi des cadeaux à l-intention sœurs et cousines, des père et mère, des tantes et des oncles, des amis et autres intermédiaires. Ces cadeaux sont composés de tasses, tapis, draps, basin, djellaba, etc.

Concernant les différentes évolutions dans la pratique des cérémonies de mariage, nos deux interlocutrices affirment que ce changement réside dans le fait qu’avant,quand on parle de mariage, on insistait sur la liaison de deux familles, dans le respect strict des traditions et de la religion. Or, de nos jours,c’est surtout l’argent qui prévaut et dicte sa loi. Les principes religieux et les pratiques traditionnelles sont plus ou moins abandonnés. En outre, il y a une insuffisance,voireune absence criarde d’éducation des jeunes par les parents en vue de les préparer à leur future vie conjugale. La conséquence de tout cela, c’est la cherté des mariages, le manque de confiance au sein du couple, la banalisation du mariage, qui ont pour corollaire la multiplication des divorces.

Ali Maman(onep)

02 août 2017
Publié le 19 août 2016
Source : http://lesahel.org/

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