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Le cancer : Une maladie qui prend de l'ampleur au Niger

Docteur Issimouha Dille Sos Cancer NigerLe cancer est une maladie de la cellule de l’organisme. détecté précocement et pris en charge de façon rationnelle, le cancer peut être traité et le malade peut guérir totalement. Mais découvert en retard, le malade atteint du cancer, même pris en charge à ce stade, ne peut être sauvé parce qu’à ce moment la maladie devient incurable. au Niger, le cancer ne fait que prendre de l’ampleur et fait beaucoup de ravages. c’est pour remédier à cet état de fait qu’a été créée l’organisation non Gouverne- mentale (onG) sos cancer qui s’est don- née pour mission de combattre le cancer au Niger en faisant entre autres des séances de sensibilisation et de dépistage, d’éducation et de formation des personnels de santé selon les explications données par dr Dillé issimouha,chirurgien oncologue à l’Hôpital national de Niamey et également présidente de l’Ong sos cancer,son institution a été créée en mars 2012 du fait d’un constat :« nous nous sommes rendus compte qu’au Niger, l’on ne parlait pas de cancer.c’était presque un sujet tabou aussi bien au sein du personnel de santé que du commun des mortels », a indiqué Dr Dillé Issimouha. 

C’est ainsi qu’à son retour de formation de cancérologie, elle s’est rendue compte qu’au Niger le cancer faisait des ravages et plus de 80%des patients viennent à des stades dépassés où on ne pouvait rien faire ; et elle s’est dit que ça ne sert à rien de re- garder les gens mourir, il faut faire une action qui va donner un peu d’espoir aux malades souffrant de cette terrible maladie. « c’est ainsi que nous avons pris la décision, avec quelques médecins, des anciens malades, des gens de bonne volonté, de créer cette onG pour aider à lutter contre le cancer » a dit Dr Dillé. 

Poursuivant ses explications, elle a ajouté que les missions principales de l’Ong, c’est de rendre visible la maladie, de parler du cancer, pour que « les populations soient in- formées parce que quand on ne connait pas un ennemi, on ne peut pas lutter contre lui. il faut qu’on explique aux gens ce que c’est le cancer, ses signes, etc. ». le principal but de l’Ong sos cancer est d’informer et de sensibiliser la population du Niger sur le cancer et le deuxième but est d’éduquer, de former les personnels de santé sur le cancer pour qu’ils fassent le diagnostic aux patients. 

Pour ce qui est du troisième but, la présidente de l’Ong sos cancer, a indiqué que la plupart des patients sont démunis, donc il faut les aider sur le plan financier ou acheter les médicaments ; et l’un des principaux points est de faire le dépistage parce qu’au Niger les cancers les plus fréquents sont ceux du col de l’utérus et du sein. elle ajoute que le cancer du col de l’utérus est un cancer qu’on peut éviter. « c’est pourquoi on fait des campagnes de dépistage à l’intérieur du pays où les gens sont les plus dé- munis, pour faire en sorte que ce cancer ne soit plus une fatalité et faire le dépistage pour détecter le cancer tôt au stade où on peut le guérir » a-t-elle souligné. le cancer, devait-elle dire, est une cellule qui, un jour, va échapper au mécanisme de régulation de l’organisme qui régule toutes ces cellules, pour se développer pour son propre compte. «c’est comme si c’est un état dans un état », devait préciser Dr Dillé Issoumouha, qui ajoute que cette cellule va se multiplier pour devenir des milliards de cellules qui vont former finalement une boule qu’on appelle tumeur qui va détruire le tissu normal de la colonne dans laquelle elle se trouve : par exemple au niveau du poumon ou du sang, la tumeur va grandir et détruire le tissu normal pour y régner à sa place et l’organisme ne peut plus fonctionner et la tumeur fonctionne non seulement mais aussi envoie d’autres cellules dans le sang qui vont se retrouver dans l’organisme. c’est ce qu’on appelle le cancer généralisé ou métastase. « il y a plusieurs formes de cancer et toutes les parties de l’organisme peuvent être atteintes du cancer ; la peau, les cheveux, l’os, le poumon et le foie, etc. 

C’est pour cela que le dépistage est nécessaire et il consiste à détecter une anomalie avant qu’elle ne devienne un cancer. «il y a des cancers qui peuvent passer par ce stade et d’autres non, d’autres sont détectables et d’autres non », a expliqué la présidente de l’Ong sos cancer. elle a indiqué qu’on en parle dans le monde entier, que tous les cancers ne peuvent pas être détectés, mais que seul le cancer du col de l’utérus peut l’être parce qu’il commence par des lésions précancéreuses qui peuvent durer 10 ans, 20 ans et qu’on a tout le temps pour le dépister. c’est le seul cancer au monde qu’on peut éviter. «le cancer du sein peut aussi être dépisté car il commence par une lésion qu’on peut détecter avant que ça ne devienne grave. tout malade débutant, c’est-à-dire précoce, peut être détecté et on traite la maladie à un stade où elle peut guérir et il y a aussi le cancer du côlon qu’on peut détecter par des petites anomalies, par des examens», a dit Dr Dillé issoumouha. 

Pour le cancer du col de l’utérus, le dépistage se fait par le frottis cervico vaginal ou les examens qu’on fait au centre de santé de la reproduction à savoir l’iVa et l’iVl qui consistent à« regarder le col de l’utérus et si on voit des anomalies, on les traite avant qu’elles ne soient un cancer ».Pour le cancer du sein, devait-elle préciser, on fait la mammographie à la maternité Gazobi gratuitement à partir d’un certain âge, c’est-à- dire 45ans à 50ans et avant même que la femme ne sente une boule dans le sein, la radio va montrer les anomalies. Pour le cancer du côlon, devait-elle expliquer, c’est un peu plus compliqué, ce sont des examens plus spécialisés qui sont un peu difficiles d’accès dans notre pays. 

« Pour les autres cancers, on ne peut pas faire le dépistage et même si on fait ça ne donne pas une efficacité réelle. ce sont les trois cancers qu’on peut dépister sur le plan mondial », dit--elle avant de rappeler qu’il y a aussi le cancer de l’enfant et que il y a une unité d’oncologie pédiatrique en pédiatrie B qui s’occupe de ce cancer des enfants. « c’est quelque chose de très triste parce qu’on voit de très jeunes enfants atteints du cancer qu’on peut guérir, mais malheureusement les moyens manquent pour beau- coup de parents pour acheter les médicaments qui peuvent guérir leurs enfants et à la fin l’enfant meurt », témoigne la cancérologue Dr Dillé Issimouha. il y a  aussi, devait-elle poursuivre, le cancer du foie qui en majorité est dû à un virus qui va entrainer une anomalie, une lésion au niveau du foie qui va le détruire petit à petit et c’est sur ce foie détruit que le cancer va se développer, mais ce cancer peut être évité par le vaccin puisque des fois ce n’est pas dû au virus de l’hépatite B. 

Depuis quelques années, rapporte-t-elle, le Ministère en charge de la santé a intégré dans le Programme élargi de Vaccination (PeV) le pentavalent qui est un vaccin qui comprend 5 types de vaccin et qui comporte également le vaccin du virus de l’hépatite B.d’ici quelques années, confirme-t-elle, le cancer du foie va régresser si tous les enfants sont vaccinés. c’est pourquoi lors des campagnes de vaccination, il est demandé aux femmes de faire vacciner leurs enfants. la vaccination est gratuite et elle va protéger les enfants contre le cancer du foie. Pour le cancer du poumon, c’est un peu plus compliqué. il est dû à plusieurs facteurs dont le tabac principalement et certains facteurs de l’environnement, explique-t-elle. Que l’on fume, que l’on soit enfumé, c’est un grand risque de faire le cancer. « le cancer du poumon est un cancer très grave. Même dans les pays les plus développés pour guérir un cancer du poumon, il faut se réveiller très tôt ou du moins ne même pas dormir, car c’est un cancer très grave parmi les plus graves », affirme-t-elle. 

A la question de savoir quel est le type de cancer le plus fréquent au Niger, Dr Dillé Issimouha explique que les cancers les plus fréquents ici sont les cancers féminins dont celui du sein et du col de l’utérus. c’est pour cela que depuis 2005, l’assemblée nationale a voté une loi pour la gratuité de prise en charge des cancers féminins et cela se fait dans les hôpitaux : l’état paye aux patientes le bilan et elles payent elles-mêmes leurs médicaments. Pour le cancer du foie, précise-t-elle, d’ici 10 à 20ans, on observera une diminution à cause du vaccin. 

La prévention du cancer en général, c’est une bonne hygiène de vie, il faut manger assez de fruits et de légumes, faire une activité physique régulière, éviter les agents toxiques comme le tabac et l’alcool, etc., faire la sensibilisation aux jeunes gens pour éviter l’alcool et le tabac et dans le reste du cas, il faut faire le dépistage pour les can- cers qu’on peut dépister, c’est-à-dire le cancer du col de l’utérus et le cancer du sein qu’on ne peut pas éviter, a-t-elle indiqué.

Il y a des cancers qui ont des causes, mais dans la plupart des cas on parle de facteurs de risque, ce qui peut faire qu’on fasse le cancer, c’est par exemple quand on adopte une mauvaise hygiène de vie, précise-t-elle. il y a des causes génétiques qui sont des gènes qui favorisent qu’une personne fasse un cancer. Pour le cancer du sein, rapporte la présidente de L'Ong sos cancer, on a trouvé dans 5 des cancers, des causes génétiques ; ce sont elles qui font que la femme ait le cancer du col, du sein ou de l’ovaire dans certains pays. Par exemple, devait-elle dire, une grande actrice du nom de Jénila Joli a cette cause génétique, d’où elle s’est fait enlever les 2 seins et a mis des prothèses. il y a aussi, devait-elle poursuivre, les causes infectieuses comme le virus de l’hépatite B, c’est pour cela qu’on fait le vaccin, le virus HPd pour le cancer du col et d’autres maladies des enfants. il y a des facteurs environnementaux comme la pollution, il ya également certains produits appelés l’amione avec lequel on fabrique le plafond. Par exemple explique-t-elle, à la faculté de la Médecine, tout le plafond était fabriqué avec ce produit et on a refait ce plafond et interdit l’utilisation de ce matériel dans tout le pays. 

Il y a les facteurs toxiques comme le tabac, un homme qui fume peut augmenter le risque à sa femme de faire le cancer. selon la présidente de l’Ong sos cancer, depuis sa création en 2012, l’Ong a pu dépister 6059 femmes qui se répartissent dans toutes les régions du pays en dehors de Diffa qui n’a pas pu être atteinte pour des raisons sécuritaires. l’Ong a organisé le dépistage du cancer du col de l’utérus selon la méthode l’iVa et l’iVl qui sont des tech- niques qui permettent directement de voir l’anomalie au niveau du col si on applique les produits au cours du dépistage, a-t-elle confié. Pour le cancer du col de l’utérus, devait-elle poursuivre, dans les 495 cas positifs, l’Ong sos cancer a refait le test et elle a eu à détecter 192 cas qui ont été pris en charge. si par exemple le test s’avère positif, devait expliquer la présidente Dr Dillé Issoumouha, d’autres examens sont faits pour voir si ce sont des vrais positifs ou des faux positifs et au terme de ces examens, il s’est avéré que 192 femmes ont vraiment le cancer, et qu’elles ont été opérées pour en- lever la partie malade et l’amener pour l’examiner. l’Ong sos cancer fait deux choses à la femme, lui enlever la zone malade, faire le dépistage et le traitement, car ça ne sert à rien de dire à la femme qu’elle a un cancer et la laisser comme ça sans rien faire pour elle, a dit la présidente de la- dite onG avant d’ajouter que des dizaines de femmes qui ont le cancer du col de l’utérus sont venues à Niamey pour se traiter et nous leur avons payé les frais de transport pour qu’elles viennent se soigner, a-t-elle confié. 

Quand le cancer n’est pas trop avancé, devait-elle poursuivre, on leur fait la chirurgie à l’Hôpital national de Niamey. la femme ne paye ni le bilan, ni l’hospitalisation, ni l’intervention et ni les médicaments, a-t-elle indiqué avant d’ajouter que s’il y a des complémentaires à faire, c’est la chimiothérapie et la radiothérapie. la chimiothérapie se fait au Niger et L'Ong sos cancer aide aussi la femme à avoir les médicaments et comme la radiothérapie ne se fait pas au Niger, on fait à la femme des dossiers d’évacuation sanitaire et il y en a qui ont été évacuées et d’autres ne sont même pas venues donc on ne peut pas obliger quelqu’un à venir se faire soigner, a-t-elle affirmé. ‘’nous avons eu également des cas de cancer du sein à Agadez, Tahoua, Dosso et l’Ong les du sein ne sont que de simples maladies et non le cancer.’’J’opère les cancers du col de l’utérus, du sein, du colon, du rectum, de la peau, de l’os, de l’estomac...etc. Je travaille bénévolement au centre de santé de la re- production deux fois par mois ou je fais des examens aux femmes dépistées qui sont référées dans ce centre. cet examen appelé la colposcopie permet de voir mieux l’anomalie et d’aller jusqu’au bout du bilan et de les prendre en charge totalement. ce qui augmente mon travail à l’hôpital puisque je les revois non seulement à l’hôpital, mais aussi au centre’’. le conseil que je donne à la population, devait-elle dire, c’est de ne pas attendre, surtout les femmes, elles doivent aller tôt faire le dépistage, qu’elles ail- lent dans les centres car c’est gratuit et elles doivent se battre davantage pour que la loi sur la gratuité soit à 100% pour que tout soit gratuit ; et les hommes également car il y a des cas de cancers chez l’homme et même les enfants, car quand on vient tôt, on peut se traiter avec peu de moyens et guérir.évoquant octobre rose qui a été commémoré en octobre passé, Dr Dillé devait rap- peler que c’est le mois de sensibilisation sur le cancer du sein pratiquement sur le plan es petites cellules cancéreuses qui échappent à la chirurgie, a-t-elle noté.
la radiothérapie est très indispensable dans le traitement et le combat contre le cancer, devait-elle souligner alors que nos pays n’en disposent pas et le travail fait par notre onG a été beaucoup apprécié là-bas. au terme du forum, devait-elle rapporter, l’on s’est rendu compte que les pays franco- phones sont très loin en arrière tandis que les pays anglophones ont toutes les opportunités pour se développer. la ministre de la Population était présente au forum et, là, elle a pris certains engagements pour qu’on travaille un peu plus et pour qu’on soit plus à l’écoute afin d’être en contact avec les gens de l’extérieur, pour que la lutte contre le cancer soit plus efficace au Niger, a indiqué la présidente de l’Ong. 

L’Ong sos cancer a plusieurs partenaires dont les plus gros sont le réseau airtel qui a permis de dépister et de prendre en charge plus de 3000 femmes au Niger, la pharmacie As Salam qui nous a beaucoup aidés pour les médicaments des femmes, d’autres pharmacies et des bonnes volontés, a- t-elle expliqué. 

L’Ong sos cancer n’a pas d’antennes à l’intérieur du pays, car c’est une question de  bénévolat. le Ministère en charge de la santé doit normalement coordonner les actions, mais cela manque et les responsables ne sont pas du tout à l’écoute et ne soutiennent pas l’Ong, a-t-elle précisé. Pour adhérer à sos cancer, il faut d’abord être engagé et l’adhésion se fait à 5000 fcfa et une cotisation annuelle de 10 000 fcfa est versée, a affirmé la présidente avant de rajouter que la disponibilité compte beaucoup car on ne peut rejeter personne. nous avons pour le moment un problème de siège, car il est démoli et avec un partenaire, le nouveau siège est en construction, a-t-elle souligné. 

‘’Mon mot de la fin à l’endroit de la population est : n’hésitez pas à consulter ; les femmes, faites le dépistage, c’est gratuit. a l’endroit des autorités sanitaires, rendre accessible le dépistage dans toutes les régions par la formation des personnels afin d’éviter beaucoup de catastrophes ; et à l’endroit des hautes autorités, d’ouvrir le centre de radiothérapie pour au moins cal- mer la douleur et arrêter le saignement et même guérir la maladie pour que la femme meurt au moins dans la dignité’’, a conclu le chirurgien oncologue à l’Hôpital national de Niamey, et aussi présidente de l’Ong sos cancer. 

Zeinabou Gaoh et Rabi Assoumane 

17 mars 2017
Source : http://lesahel.org/

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