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Trafic de faux médicaments : une vigilance nationale s’impose

Trafic de faux médicaments : une vigilance nationale s’impose Selon une dépêche de l’AFP, 13 tonnes de médicaments contrefaits, ont été saisies le 21 novembre 2017 à Niamey. Selon la police nigérienne, ces faux médicaments fabriqués en Inde sont arrivés au Niger à partir d’un port ghanéen et étaient destinés au marché local. La police parle de «la complicité d'un agent corrompu» d'une société officiellement agréée dans la distribution de produits pharmaceutiques, selon la dépêche. Cette découverte et d’autres faites pendant les années antérieures, appellent à une mobilisation générale afin de mettre fin à ce fléau qui met en danger des milliers de vies humaines au Niger.
La quantité saisie est composée de 1810 cartons de faux médicaments, dont des antalgiques et des anti-inflammatoires. Leur particularité est de ne comporter ni référence du fabriquant ni étiquettes, selon l’AFP. «Cela fait mal aujourd'hui de constater que le Niger devient le dépotoir de ces produits», a dénoncé Chaïbou Samna, le procureur de la République à Niamey.
Déjà en décembre 2012, la police judiciaire avait interpellé quatre personnes, dont une pharmacienne, un transitaire, un homme d’affaire et un convoyeur, tous mis en cause dans un trafic des faux médicaments au Niger. L’implication présumée d’un conseiller de l’ancien Président de l’Assemblée nationale, avait été mis en exergue par la presse. Lesdites personnes avaient été arrêtées par la Haute autorité à la lutte contre la corruption et les infractions assimilées (HALCIA), après des investigations menées sur instructions du Chef de l’Etat. En juin 2017, L’Organisation Mondiale de la Santé a lancé une alerte sanitaire suite à la découverte, au Niger, d’un vaccin contre la méningite falsifié.


Les 22 et 23 novembre 2013, l’IRACM (Institut international de recherche anti-contrefaçon de faux médicaments) et la Fondation Tattali-Iyali présidée par la Première Dame Hadjia Lalla Malika Issoufou, avaient organisé à Niamey, une conférence sur la lutte contre le trafic de faux médicaments. La réunion avait regroupé 20 experts reconnus et des organisations dont entre autres, Interpol, l’Organisation mondiale des douanes, la Fondation Chirac et l’ONU Sida, et plus de 1 600 invités, hauts représentants du Niger et de pays africains. A l’issue de cette conférence, les bases d’un plan d’action associant l’IRACM, la Fondation Tattali-Iyali et les pays présents ont été jetées. Un accord de coopération, de sensibilisation et de lutte contre la contrefaçon de médicaments sur le continent africain a été signé par les Premières Dames du Niger, du Burkina Faso, de la République Centrafricaine et du Mali.
La réunion de Niamey avait permis la mise en place d’un plan d’action commun associant tous ces pays, avec l’implication des gouvernements, de l’industrie pharmaceutique des professionnels de santé, des distributeurs de médicaments, des organisations régionales et internationales, et de toutes les organisations œuvrant pour la lutte contre la contrefaçon de médicaments. Selon l’IRACM, « dans les pays en voie de développement, comme l’Afrique, 30% des médicaments vendus sont contrefaits (OMS). L’opération Giboia, menée début octobre 2013 par Interpol dans plusieurs pays du sud de l’Afrique, a permis la saisie de près de 100 tonnes de médicaments illicites et contrefaits d’une valeur estimée de 3,5 millions de dollars ». Au Niger, en 1995, selon l’association, un vaccin falsifié durant une épidémie de méningite, a provoqué la mort de 2500 personnes.
Selon l’Organisation des Nations Unies de lutte contre le trafic de Drogue et des stupéfiants (UNODC), « Les importations de médicaments en Afrique de l’Ouest ont augmenté de manière spectaculaire ces dernières années, et leur valeur a plus que triplé entre 2004 et 2010. Dans la plupart des cas il s’agit apparemment de médicaments génériques importés de Chine et d’Inde, deux des pays où la croissance du secteur pharmaceutique est la plus rapide au monde ». L’ONUDC affirme que « La Chine et l’Inde sont aussi deux des sources les plus fréquemment identifiées de médicaments frauduleux, comme en témoignent les incidents signalés au Pharmaceutical Security Institute ». L’organisation rappelle qu’une étude médico-légale sur les médicaments frauduleux détectés en Afrique a confirmé l’origine asiatique de ces produits. De plus selon l’UNODC, « Les médicaments frauduleux sont fabriqués aussi bien par des entreprises artisanales opérant dans des ateliers clandestins que par des sociétés pharmaceutiques légales aux prises avec des difficultés financières. Tout entrepreneur équipé d’une simple imprimante laser peut fabriquer des étiquettes mensongères et les apposer sur des médicaments périmés ou dont la valeur est inférieure à celle du produit décrit sur l’emballage. À l’autre extrême, les laboratoires pharmaceutiques officiels peuvent s’estimer contraints, pour des raisons économiques, de réduire les quantités de principes actifs entrant dans la fabrication de leurs produits ou de leur substituer des substances moins coûteuses aux vertus thérapeutiques limitées, voire inexistantes ».
Ces constats effrayants appellent à une mobilisation nationale afin de lutter contre ce phénomène dont l’ampleur n’a pas encore été totalement identifiée. Il s’agira pour les autorités en charge des questions de santé de mener des investigations auprès des pharmacies afin de vérifier si tous les médicaments vendus, contiennent effectivement des principes actifs adéquats pour soigner les malades. Les consommateurs sont souvent obligés de prendre ce que les pharmaciens leur délivre, à partir d’une ordonnance ou pas, sans avoir la capacité de savoir si le médicament est vrai ou faux. A l’approche de la saison sèche, propice à l’apparition de la méningite, il y a urgence pour le ministère de la santé de vérifier si les stocks existants de vaccins contre la méningite au niveau des pharmacies du pays, sont des vrais vaccins aux vertus thérapeutiques avérées. A bon entendeur, salut !
Garé Amadou

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