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Divorce à la Nigérienne : le calvaire des femmes

Mariage Niamey 03Autant le mariage dans les grandes agglomérations tend de plus en plus à être compliqué malgré les injonctions des autorités, autant on peut divorcer au Niger avec une facilité déconcertante. Hélas, la plupart du temps lorsque le couple en arrive à cette extrémité, c’est la femme qui est la victime. Qu’il s’agisse du divorce traditionnel ou devant le juge, le constat est que la femme a rarement raison.
Chronique d’une rupture d’égalité sociale…

LE MARIAGE COMME MOYEN DE PROMOTION SOCIAL
Pays dont la population est fortement islamisé, le mariage au Niger est considéré comme la plus grande institution de sociabilité. Se marier est non seulement perçu comme un signe de maturité pour l’homme et la femme mais également, cette institution permet d’accéder à un statut social de respectabilité. A tel enseigne, que le célibat prolongé de l’homme ou de la femme est assimilé à du vagabondage sexuel et le refus de prendre des responsabilités dans le corpus social.
A une certaine époque, le célibataire était discriminé à un point que les dirigeants rechignaient à lui confier un poste de responsabilité. Ainsi sous le régime d’exception du Général Seyni Kountché, il était impensable qu’un cadre, quelque soient ses compétences, accède à une fonction ministérielle en étant célibataire. Parmi les critères retenus par l’enquête de moralité qui est diligentée avant toute nomination aux hautes fonctions de l’Etat, le mariage vient en tête !
Cette valorisation du mariage avait pour corollaire de donner le sentiment à l’épouse qu’elle participait en quelque sorte à la promotion sociale de son mari et d’exercer sur ce dernier un effet de dissuasion en cas de conflit. Cette mutualisation des intérêts explique en partie la longévité relative des couples de cadres de l’administration pendant cette époque.
Jusqu’à une date récente, l’institution mariage était également confortée par la pratique de mariages arrangés très courante dans certains milieux aux intérêts économiques liés ou de mariage de famille qui unit souvent un cousin et une cousine ou vice versa. Mais cette dernière pratique a de moins en moins cours, du fait des risques d’endogamie et de la consanguinité.
Enfin, le fait que les jeunes s’adonnent de plus en plus à des longues années d’étude, notamment, amènent souvent le couple à se connaitre à l’extérieur du territoire national.

LES FASTES DU MARIAGE
Officiellement la dot au Niger est fixée à 50.000 frs FCFA. Les autorités ont pris cette décision afin de mettre fin aux dépenses insensées engendrées lors de certaines cérémonies de mariage. Mais dans la réalité, cette recommandation est peu appliquée et la célébration des mariages continue à donner lieu à des grandes réjouissances ; qui mobilisent financièrement les familles des couples candidats au mariage. Sur ce plan, que ce soit en zone rurales que dans les grands centres urbains, le mariage est l’occasion de faire étalage d’un certain faste. Quitte à s’endetter pour couvrir les dépenses inhérentes à la cérémonie.
Résultat des comptes, beaucoup de couples connaissent des difficultés de gestion dès le lendemain de leur mariage. Des difficultés économiques qui sont à l’origine des premières mésententes.
Il arrive également que pendant la période de fiançailles, dans son désir de faire chavirer le cœur de la fille convoitée, certains candidats au mariage ne regardent pas à la dépense ; Et de ce fait exhibent un niveau de vie qui est loin de correspondre à leurs ressources réelles. Cela va d’incessants et dispendieux cadeaux à la fille et ses relations. Quasiment toute la famille de la famille est arrosée. Malheureusement, cette opération se fait au détriment de l’argent épargné pour assurer les dépenses de la vie commune future.

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UN TAUX ELEVE DE DIVORCE
Dans la communauté urbaine de Niamey, 50% des mariages contractés à la Mairie finissent par un divorce après six mois de vie commune. Le taux est vraisemblablement plus élevé quand il s’agit du mariage coutumier ou mariage traditionnel qui ne sont pas enregistrés chez l’officier d’état civil !

Les différentes causes du divorce
Pour le président de l’association islamique Diabiri Ismael : « Les plaintes elles sont variées : on trouve entre autres des femmes qui viennent se plaindre de leurs maris qui ne subviennent pas à leurs besoin, pendant que le plus grand nombre de femmes viennent pour réclamer le Papier de divorce ». Pour preuve, une jeune femme, Salima Moussa accepta de se confier à nous en ces termes « j’ai 20 ans et j’habite au quartier Gamkallé de Niamey .Je suis mariée à un militaire .Cela fait maintenant 5 ans que je suis dans la vie conjugale. J’avais alors 15 ans lorsqu’on me maria .Actuellement je suis confronté à d’énormes difficultés dans ma vie de femme mariée. En effet, mon mari ne subvient plus à mes besoins, il n’amène pas à manger ni ne m’habille. Mais le plus grave, c’est quand mon mari se met à me frapper pour un oui ou pour un non. Même quand j’étais enceinte de l’enfant que j’ai maintenant, mon mari n’hésitait pas à me battre. Pourtant il n’était pas comme ça quand nous étions fiancés .Auparavant il était attentionné à mon endroit, allant jusqu’à promettre à mes parents qu’il allait me laisser continuer à prendre mes cours dans l’école coranique que je fréquentais. Malheureusement dans le mariage, au fil du temps, mon mari m’empêcha catégoriquement de poursuivre à l’école coranique. Là, pendant que je vous parle, je suis vraiment à bout. Et c’est pour cela que je suis venu à l’association islamique pour exiger le papier de divorce. Je n’en peux plus de la violence qu’exerce mon mari que je ne reconnais plus. Pour moi, je vous le dis la solution se trouve dans le divorce que je réclame ».
Au cour de l’année 2016, l’association islamique du Niger avait enregistré 742 cas de divorces et pendant l’année 2017 en cour 686 cas de divorces ont été répertoriés. Alors qu’elles sont les causes qui poussent les gens au divorce .Et dans cette procédure est-ce que les femmes ne sont pas victimes de violence ? A ces questions, le président de l’association islamique du Niger, Cheik Diabiri Ismael répond « vous savez dans notre société, le plus grand problème des gens est la méconnaissance des textes islamiques qui régissent le mariage. Les jeunes se marient sans connaitre les droits et devoirs qu’ils doivent avoir l’un à l’endroit de l’autre dans la vie conjugale. Plus encore, les jeunes au moment des fiançailles n’adoptent pas un langage de vérité. Les filles comme les garçons se mentent les uns aux autres. Ils se miroitent des statuts ou des niveaux de vie qu’ils n’ont pas. Surtout les garçons qui souvent lorsqu’ils courtisent les filles essaient de se passer pour des riches ; alors que tel n’est pas le cas. Cette situation fait que dans le mariage les problèmes ne manqueront pas de se présenter.
Au niveau de l’association islamique plusieurs étapes sont suivies avant de donner la décision du divorce. Et cela, afin de tout faire pour réconcilier les protagonistes. Vous savez des choses permises par Dieu, le divorce est la plus détesté. Et quand il n’y a plus rien à faire pour raccommoder un couple, le divorce est la solution ».

Le divorce au tribunal
Pour sa part, le juge chargé des affaires Civiles, commerciales et coutumières du 4eme Arrondissement communal de Niamey, Moussa Diadiendou Mohamed de dire : « Nous traitons des cas de problèmes au sein des couples qui se présentent à nous. Et la question du divorce est un grand problème. A notre niveau, c’est n’est pas d’une manière simple que le divorce est prononcé. Nous prenons les temps d’écouter l’homme et la femme en conflit afin de déterminer les responsabilités. Nous faisons de notre mieux pour réconcilier les gens. Pour ce qui concerne les violences faites sur les femmes en instances de divorces, elles existent bel et bien. La violence à ce niveau, c’est lorsque la femme demande le divorce et que le mari refuse de le lui accorder ; tout en profitant pendant ce temps à la maltraiter ou à la frapper.
Vous savez dans notre vie quotidienne il n’y a pas meilleur remède que le dialogue. Cependant malgré tous nos efforts, 214 divorces ont été prononcés à notre niveau avec l’accord des maris ».

VIOLENCES FAITES AUX FEMMES
Pour le Président de l’Association Islamique, en ce qui concerne la violence faite aux femmes, « on ne peut pas dire qu’il n’y a pas de violence faite sur les femmes. En effet, des lors que le mari n’arrive plus à nourrir sa femme, à l’habiller, à lui prouver de l’amour et allant souvent jusqu’à la frapper. Alors, il y a violence. Cependant à notre niveau, lorsque nous avons des cas de discordes dans des couples, nous ne prononçons pas directement le divorce.

La répudiation
La répudiation est toujours en cours au Niger, elle est une opportunité pour les hommes de se séparer de leurs femmes. Car, c’est non seulement l’homme qui a le droit de répudier la femme, mais qui plus, dans la pratique, l’homme peut invoquer n’importe quelle raison pour se débarrasser de son épouse ! Au demeurant beaucoup de répudiations trouvent leur véritable raison dans le désir de l’homme de prendre une autre épouse ! A côté de la répudiation qui est l’apanage des hommes, il faut souligner aussi, que les femmes ont aussi la possibilité de demander le divorce lorsqu’elles estiment que la vie conjugale est impossible.
Cela dit, pour l’association islamique du Niger qui est l’autorité compétente en la matière, certaines conditions doivent être réunies pour se prévaloir de cette règle. Du point de vue islamique, les hommes peuvent répudier des femmes, en une fois ou en trois fois .Cependant lorsque l’homme prononce trois fois la formule de répudiation, le divorce devient définitif. Néanmoins, lorsque la formule de répudiation est dite une fois, il y a la possibilité pour le couple en conflit de se remettre ensemble, après réconciliation.

De son coté, Moussa Adamou père de famille résident au quartier Banizoumbou 2 de Niamey :
« La violence que peuvent vivre «  les femmes en instance de divorce « pour moi vous savez, il n’y a rien de surprenant qu’il ait des violences dans les couples en passe de se séparer » Actuellement dans notre les règles élémentaires qui commandent de respecter l’autre dans son intégrité physique et morales ne sont plus observées .Les jeunes manquent d’éducation. Même au sein de leurs propres familles les jeunes sont irrespectueux, alors comment voulez-vous qu’ils se respectent dans la vie conjugale ? L’autre problème est qu’on pense que dans notre société on peut marier les jeunes n’importe comment. Alors que les jeunes qui aspirent à se marier, doivent être préparés à la vie qu’ils auront une fois qu’ils seront unis ».
Du point de vue islamique la violence n’est pas admise .Sur ce plan la sourate du Coran dénommée les femmes précise les règles à suivre pour vivre en harmonie dans le mariage. Plus encore, le Coran donne les indications suivantes : « Et parmi Ses signes Il a créé de vous, pour vous, des épouses pour que vous viviez en tranquillité avec elles et Il a mis entre vous de l'affection et de la bonté. Il y a en cela des preuves pour des gens qui réfléchissent ».
De plus dans notre pays, la situation relativement à la violence faite les, on enregistre un changement .En effet, longtemps considéré comme une affaire privée, la violence conjugale est actuellement prise en compte par le code pénal du Niger qui détermine les formes de violences, les sources de protection et les dispositions à prendre
Ali Cissé Ibrahim.
Avec la contribution de l’Institut PANOS

26 novembre 2017
Source : La Nation

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