Les marchés de bétail de Niamey : Timide affluence des clients et dépression des prix du mouton

abaski_Tourakou_2.jpgLes différents marchés de bétail de Niamey enregistrent depuis quelques jours un flux massif des ovins ; caprins ; bovins et camelins en provenance des quatre coins du pays. Les véhicules de transport connus pour l’acheminement de ces bêtes précités font la navette à longueur de journée. Même ceux qui ne sont pas forcément destinés pour ce type de transport en l’occurrence les mini bus s’invitent à la danse. Et pour cause, la Oummah islamique se prépare activement pour célébrer la fête de l’Aïd el Kebir ou fête d’immolation des moutons conformément aux préceptes de la religion islamique. La température des prix des moutons dans les marchés de bétail du 5eme arrondissement et du quartier Aéroport et le marché Tourakou, que nous avons sillonnés ce 14 Août 2018, n’est pas inquiétante. Cependant à quelques jours de l’évènement, tout peut changer sur le marché qui est dynamique parce qu’il obéit à la fameuse loi de l’offre et de la demande. Niché au pied d’une colline, le marché de bétail du 5ème Arrondissement se remplit d’animaux au fur et à mesure que l’on s’achemine vers le jour de la fête.

L’ambiance bat déjà son plein dans ce marché qui grouille de monde. Certains vendeurs débutent la traite des moutons sous de bons auspices tandis que d’autres affûtent encore les armes en attendant les tous premiers clients qui vont tomber dans   leur piège. Assis sur un banc sous un hangar, le vieux Boureima Sambo, 64ans, est un vendeur de moutons. Ce retraité de Mairie s’est reconverti en vendeur de moutons pour joindre les deux bouts. Au début cette traite galvanise notre interlocuteur qui affirme avoir vendu ses deux premiers arrivages des moutons en provenance du marché de Youri. Il se prépare pour se rendre le lendemain au marché de Boubon pour acheter des moutons. Par rapport aux prix des moutons, M. Boureima Sambo nous confie que dans les marchés ruraux un peu reculés, la température des prix est stable jusque-là. Ce qui fait qu’au marché de bétail du 5ème arrondissement les prix sont abordables. Ces derniers varient entre 35.000 F à plus. ‘’ Chacun y trouve son compte en fonction de ses moyens. Mais il ne faut pas se faire d’illusions parce que les moutons gros et gras sont chers. Les prix de ce type de moutons varient entre 150.000 à 500.000F, a précisé M. Boureima Sambo avant de faire remarquer que cette année les moutons pour l’essentiel ne sont pas gras en raison de la saison de pluies. Il va falloir attendre la période des récoltes pour voir une transformation positive des moutons. Les quelques-uns qui ont de l’embonpoint sont pour la plupart élevés sous le régime de l’embouche et extrêmement chers. Selon toujours Boureima Sambo, ‘’à la même période que l’année passée, le marché de bétail du 5ème Arrondissement était plein de moutons. Mais rien n’est joué parce qu’il reste encore du temps et le marché pourrait se remplir de moutons d’ici trois (3) à quatre (4) jours’’. Si pour notre premier interlocuteur le sourire est aux lèvres, son voisin Mahamadou Salifou ne comprend que dalle. Spécialisé dans la vente des moutons de race ‘’Balami’’ et d’autres qui ne le sont pas, mais qui nécessitent vraiment d’être contemplés, M. Mahamadou Salifou est assis sous son hangar devant ses béliers. Ses yeux sont rivés à la porte d’entrée du marché et scrute avec attention celui qui pourrait être son client. Il dispose d’un hangar sous lequel les béliers sous forme de lion, le roi de la forêt sont attachés. Parmi ces grands, gros et gras moutons, trois sont exposés au vue des clients. Aux dires de Mahamadou Salifou, le mouton bicolore a été demandé à 300.000 F. ‘’ Je cherche plus que ce montant. Les deux autres moutons blancs, il me faut au moins 400.000 parce que leur embouche sur six (6) mois avec du son de blé ; du sorgho, des feuilles de Gao et autres aliments bétail riches en vitamine. Le marché est timide. Depuis ce matin jusqu'à cette heure-ci, je n’ai vendu que deux moutons. Certains clients ont cette manie de ne pas faire la politique de leurs moyens. Sinon comment peut-on comprendre qu’un client vienne demander un mouton de plus de 100.000F dès le prix d’achat et vouloir qu’on lui accède ce même mouton à 80.000 F. Vous conviendrez avec moi que l’entente serait difficile, à la limite impossible. Pour le Président des jeunes de ce marché de bétail, M. Djibrilla Issoufou, la timidité du marché s’explique par diverses raisons. D’abord parce que les fonctionnaires n’avaient pas encore le salaire de ce mois d’Aout ; puis le manque d’espace pour garder le moutons. A tous ces facteurs, vient se greffer le vol de mouton qui est chaque année monnaie courante en cette période précise. Tous ces facteurs font, à juste titre, que les vendeurs des moutons redoutent la mévente. ‘’ Les moutons qui viennent dans notre marché proviennent des marchés ruraux comme Gotheye ; Torodi ; Youri ; Boubon; Madaoua ; Maradi ; Tessaoua ; Balleyara etc. Cette timidité ne me fait guère peur parce que la tendance pourrait s’inverser sous peu surtout que certains d’entre nous sont en route pour aller vendre les moutons dans des pays comme le Burkina Faso ; la Côte d’Ivoire ; le Sénégal ; le Ghana etc.’’, a relevé le président des jeunes du marché de bétail du 5eme arrondissement.

Contigu au mur de l’ASCENA, le marché de bétail de l’aéroport enregistre de plus en plus d’animaux en provenance de Kargui-bangou ; Mokko ; Birni N’Gaouré ; Makalondi ; Guemé etc. Les moutons et les chèvres sont les animaux qu’on trouve dans ce marché sur les quatre types d’animaux acceptés pour ce sacrifice. Dans ce marché aussi, les moutons sont disponibles mais les clients se font rares comme nous le confirme M. Amadou Bello qui dit avoir vendu un seul mouton sur les six (6) attachés. Il explique cette timidité du marché par le fait que le pays traverse une situation économique et financière difficile. ‘’ Sinon les prix des moutons sont jusque-là abordables. On peut avoir un mouton ici à partir 35.000 jusqu'à 200.000F voire plus’’, ajoute M. Amadou Bello. Quant au marché de bétail de Tourakou, qui est l’épicentre de la vente des moutons dans la capitale, le constat est surprenant. Tourakou n’a pas véritablement fait son plein de moutons comme connu à l’approche de la fête de l’Aid el Kebir. Ce 14 Aout 2018, ce grand marché de bétail ne compte pas beaucoup d’animaux. Les vendeurs des moutons qui s’y trouvent affichent leur inquiétude à la traite de cette année. Selon Hassane Souley, un vendeur de moutons venant du village de Simiri (Ouallam), les moutons ne sont pas chers cette année. ‘’ J’ai amené au total 29 moutons aujourd’hui même. J’ai certes vendu jusqu'à 22 moutons mais sans bénéfice. A propos du vide observé à certains endroits du marché, M. Hassane Souley le justifie par le fait que cette année les moutons sont faméliques dans les marchés d’approvisionnement. Et les vendeurs de moutons sont souvent contraints à faire le tri à l’achat. Il ne sert à rien d’acheter des moutons qui ne seront pas vite vendus à Niamey’’, a expliqué M. Hassane Souley. Un autre vendeur des moutons qui répond au nom de Modi Hassane, un habitant du village de Tondikwindi, pense que le fait que Tourakou n’a pas fait son plein de moutons se justifie. ‘’ Ce marché se remplit surtout avec les moutons en provenance des localités comme Manguezé ; Banibangou ; Balleyara et des localités du Mali voisin. Ainsi, la crise sécuritaire qui sécoue la zone Nord du Mali limite le mouvement des moutons appartenant aux touaregs du Mali. Et ce sont ces moutons qui alimentent des marchés comme Manguezé ; Banibangou et Balleyara. A cette crise vient s’ajouter le conflit communautaire dans la zone Nord du Mali, imposant de facto le boycott des marchés qui constituent des lieux d’approvisionnement pour le marché de bétail de Tourakou.

Pendant ce temps, dans les fadas ; à la maison ou dans les services, les esprits des chefs de famille sont orientés sur le précieux mouton. L’équation est posée pour certains et la résolution a été déjà faite. Tandis que pour d’autres, la grande inconnue de l’équation qu’est argent reste encore introuvable et la réflexion continue dans la tête pour pouvoir arriver à la résolution.

Par Hassane Daouda (onep)

17 août 2018
Source : http://lesahel.org/

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