Portrait : Boukari Sabo, dernier survivant de la Première République !

Boukari Sabo dernier survivant de la Premiere RepubliqueM. Boukari Sabo, dernier survivant de la Première RépubliqueLa Première République ? On s’en souvient à peine, ou même pas du tout. De celle-ci, la mémoire collective des nigériens ne retient que son charismatique Président Diori Hamani et son emblématique écrivain et Président de l’Assemblée Nationale, Boubou Hama.

Il y’avait pourtant, pour ceux qui s’en souviennent encore, derrière eux, des grands noms, des ministres tout aussi iconoclastes que flamboyants, chacun dans son domaine de compétence. Djambala Maiga, Courmo Bacourgné, Léopold Kaziendé, Maidah Mamouda, Moudour Zakara, Noma Kaka, Mahaman Dan Dobi, Boukari Sabo et bien d’autres, faisaient partie des « ouvriers » qui ont façonné de leurs mains, cette naissante et fragile première République du Niger.

De tout ce beau monde précurseur, il ne reste plus aujourd’hui que des petits enfants pour certains, des enfants âgés pour d’autres, pour témoigner de leur passage terrien. Seul Boukari Sabo, le dernier ministre des affaires étrangères de cette lointaine première république, est encore en vie. A 94 ans, « Papa » comme on l’appelle affectueusement à Mayahi où il réside actuellement, est incontestablement le dernier survivant de la première aventure démocratique dans notre pays.

Portrait : Boukari Sabo, dernier survivant de la Première République !Le patriarche des hommes politiques de Maradi et du Niger est né en 1924 à Dan Amarya, un village situé à une quinzaine de km au nord de Mayahi. Après avoir fait son service militaire de 1947 à 1948, Boukari Sabo mènera une double carrière bien remplie, irréprochable et exemplaire, celle de d’enseignant de génie et d’homme politique au service de sa communauté.

Enseignant émérite, il a d’abord servi à Dogon Doutchi avant d’être affecté à Diffa pour créer la première école de la capitale du Manga en 1948. Il y restera pendant 8 ans, suffisamment de temps pour former la première pépinière de cadres et d’intellectuels du Manga tels que les Awami Mamadou ancien président de la Cour Suprême, Mamane Oumarou ancien Premier Ministre, Maina Ari Kirgam, Boubacar Toumba ancien chef d’état major, y compris son petit frère Ali Sabo ancien ministre qui faisait aussi partie de cette première promotion chanceuse.

Après 8 ans au Manga, Boukari Sabo demanda à être muté et, sans savoir trop pourquoi, son choix se porta sur … Illéla ! Il n’eut pas de peine à être nommé Directeur en 1956. C’est là que son destin va croiser celui du jeune Issoufou Mahamadou actuel Président de la République qui a failli être refoulé lors d’un recrutement pour l’entrée au CI, n’eut été l’intervention expresse du Directeur qui se trouvait être Boukari Sabo. Un épisode bien gravé dans la mémoire du futur leader et qu’il a tenu à rappeler publiquement à Mayahi, lors de sa campagne électorale de 2016, où du haut de la tribune il avait lancé « Il y’a 57 ans j’ai failli être renvoyé de l’école » !

C’est justement à partir d’Illéla que sa carrière politique va commencer. La première tentative va pourtant tourner court. Boukari Sabo échoue à se faire élire Conseiller sous la bannière du PPN/RDA en 1958 pour le cercle de Tessaoua. Mais après invalidation de ces élections et leur reprise, il fut élu sur une liste ou figuraient également Maida Mamouda et son frère Gado Sabo. En 1959 le Conseil de la République est transformé en Assemblée Nationale et les conseillers deviendront des Députés. Boukari Sabo se fera régulièrement élire député jusqu’en 1969. En 1960 déjà, il faisait partie de la délégation nigérienne ayant défendu l’adhésion du Niger aux Nations Unies.

Par la suite, Boukari Sabo mènera une carrière de Ministre bien remplie. De 1965 à 1974, il fut tour à tour ministre de la Fonction Publique, ministre de la jeunesse et ministre des affaires étrangères jusqu’au premier coup d’état du 15 avril 1974. Après le putsch de Kountché, il fut mis en résidence surveillée à Tondibia, puis à Niamey et Mayahi.

Véritable « coach en développement humain », Boukari Sabo a, de Diffa à Illéla, enseigné toute une génération de hauts cadres nigériens. A Mayahi, il est le précurseur de cette génération d’intellectuels et de cadres qui fait de ce département, le « quartier latin » de la Région de Maradi. Il est aussi et surtout le chef d’une des familles politiques les plus influentes de la région, la famille Sabo qui a connu en son sein plusieurs ministres dont Ali Sabo, Nassirou Sabo, Mahamane lawali Gaya, Oumarou Hadari, Saratou Boukari, Zaneidou Gado Sabo et Moctar Sabo le désormais principal héritier de cette lignée, député national, lui qui vient d’être porté triomphalement à la tête de la Fédération Régionale du PNDS en mai dernier.

El Kaougé Mahamane Lawaly

18 août 2018
Source : Le Souffle de Maradi

Imprimer E-mail

Société