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De tous les objets d'art nigériens, le plus connu est sans conteste la croix d'Agadez, dont on trouve d'ailleurs de nombreuses imitations sur le marché, les faussaires ayant longtemps compris tout le profit qu'ils pouvaient tirer de ce filon touristique.
Cette croix n'a certes rien de magique, mais les dieux semblent lui avoir donné leur bénédiction, au point d'éclipser tous les autres productions nigériennes. On a de la peine à croire que ce pays sahélien pauvre regorge de trésors insoupçonnés d'art, où l'esthétique le dispute à la fantaisie, l'utilitaire au décoratif et l'ancien au moderne. Tous les goûts, dit-on, sont dans la nature. Mais c'est bien celle-ci qui offre aux créateurs nigériens leur matière première! Chaque région du Niger met ainsi en valeur ses potentialités naturelles, de sorte qu'on peut presque parler de spécialités régionales en matière d'art et d'artisanat.
Ainsi, dans ce pays d'élevage, le travail du cuir occupe le premier rang. Les régions de Maradi, Tahoua et Zinder tiennent la tête, mais Agadez aussi est remarquée pour sa maroquinerie. Les régions riveraines du fleuve, notamment celle de Tillabéry, où la terre et l'argile sont meilleures, ont développé la poterie. Le palmier et l'osier ayant surtout élu domicile à l'est du pays, la vannerie tressée trouve ses maîtres dans la région de Diffa.
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Un temple des merveilles Le plus souvent utilitaires, les objets fabriqués par les artisans n'en ont pas moins un attrait artistique, comme si les artisans voulaient allier à la fois service et esthétique. Ils sont quelque trente mille artisans autonomes dans l'ensemble du pays, dont certains sont spécialisés dans l'artisanat d'art, tandis que la grande masse évolue dans l'artisanat strictement utilitaire, souvent mécanique, tels ces forgerons qui fabriquent exclusivement des outils pour la culture ou ces potiers et cordonniers reproduisant inlassablement les mêmes types d'objets, de père en fils. Il en est cependant qui, traditionnellement, constituent une catégorie sociale distincte, une sorte de caste d'artisans spécialisés, fournissant diverses prestations de service. On les rencontre notamment chez les Toubou du Tibesti et les Touaregs de l'Ayer, dont l'activité artisanale représente de nos jours la principale source de revenus: tanneurs pour les peaux de chèvres, toumeurs pour les selles pour dromadaires, mortiers, forgerons pour les bijoux en argent et outils en métal, artisans pour le cuir, en particulier les sacs de selles pour dromadaires, outres, coussins, poufs, tailleurs pour l'habillement, etc. Quoique aujourd'hui en perte de vitesse, le métier de tisserand donne également le meilleur de lui¬même face à la concurrence du marché capitaliste au textile industriel. A voir les fameux «Téra-Téra", ces tapis faits main de la zone de Téra, ou encore ces broderies multicolores de boubou ou de bonnet du Mangari, on se dit très vite que ces objets ne sont pas faits pour être portés. Ils devraient simplement être exposés à la vue, rien que pour le plaisir des yeux! Le Musée de Niamey est en cela un temple des merveilles.