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Vidéo de la semaine 30-03-08
Bianou de l’après midi, Bianou du soir, Bianou de l’apparition du croissant lunaire, c’est sur trois semaines que se célèbrent les manifestations de ce patrimoine culturel typiquement agadézien que d’aucuns qualifient de carnaval.
Le Bianou célèbre le nouvel an musulman dit-on. Cependant il suit un rituel qui rappelle quelque peu les pratiques guerrières de l’Aïr. Nous avons voulu en savoir sur les origines de cette réjouissance annuelle. Elles demeurent mystérieuses. En effet, pour certains, l’origine du Bianou remonte à l’accueil réservé au prophète Mohamed (PSSL) par les habitants de Médine vers 622.
Pour d’autres, son origine remonte à l’arrivée des arabes de Ghadamouss et de Misrata à Agadez.
Selon d’autres encore, le Bianou date de la fin du déluge, au temps du prophète Noé (que la paix soit sur lui). Cependant, cette version étonne franchement le Sonraïs puisque le déluge ayant eu lieu le 27 juillet 9792 avant Jésus Christ, il n’existait alors aucun Bouzou sur terre ! Mais comment se déroulent les manifestations ?
Les manifestations commencent une semaine après la fête de la tabaski. Cette année c’était le 26 décembre, 17ème jour du mois islamique nommé zoulhidji.
Ce qu’il faut vite comprendre c’est qu’il existe deux pôles ou disons deux groupes dans le Bianou. Ils cohabitent cependant en toute harmonie. Il y a le groupe ouest (Yan yanma) et le groupe est (Yan gabass), chaque groupe étant dirigé par un tambari nommé par les jeunes et reconnu par l’honorable sultan de l’Aïr.
L’honneur revient aux Yan yanma de commencer les festivités. Trois jours après, l’autre groupe suit : Nous sommes alors le 19 zoulhidji. A partir de cette date, la célébration est vespérale pour les deux groupes ensembles. Mais de la 20ème nuit jusqu’à l’apparition du croissant lunaire les manifestations sont célébrées à tour de rôle la nuit, avec toujours en tête le groupe ouest. Les jeunes sillonnent alors les artères de la ville avec des tambours et des tambourins (Akanzam) dans une ambiance très festive. Tout le monde peut posséder un Akanzam, mais pas un tambour. L’essentiel est de suivre le rythme imposé par les tambours et les tambourins principaux. Cette année, malgré le froid intense de la nuit et la poussière, les joueurs de tambours et les danseurs ont tenu la ville en haleine jusqu’à des heures tardives.
Le soir de l’apparition du croissant du mois de Muharem, les deux groupes animeront ensembles pour la première fois le soir après l’avoir fait l’après midi.
Le lendemain c’est le Wassa réservé aux plus jeunes qui entre dans la danse les après midi.
Là encore, le Wassa et l’animation des plus grands le soir vont durer cinq (5) jours à tour de rôle.
Les manifestations de nuit s’arrêtent au cinquième jour. Mais l’animation continue les après midi des 6ème et 7ème jours.
Le 8ème jour au soir, c’est le Marecen Ado ou la soirée de beauté. C’est la soirée qui précède le grand jour. Le cortège qui envahira les rues de la capitale de l’Aïr le lendemain se retire alors à sept (7) kilomètres de la ville dans le village d’Alerces. Les meilleurs danseurs des deux groupes sont alors très bien habillés. Ils portent des boubous et des turbans d’une rare qualité, turbans souvent en forme de crête de coq qu’ils font bouger à volonté par les mouvements de la tête de haut en bas. Ils portent aussi des sabres, des lances, des poignards et des étendards, bref, des guerriers à tout point de vue. Cette année 2007, l’insécurité dans le nord du pays a amputé le Bianou du retour triomphal d’Alecces pour la simple et bonne raison qu’interdiction a été faite d’y passer la nuit, vue les risques…du coup, l’itinéraire habituel du 9ème jour de Mouharem ou jour du grand « carnaval » à savoir : Alerces, Gendarmerie, Compagnie FAN, Gouvernorat, Toudoun Kassa, Sultanat, puis les artères de la ville a été modifié. Cependant, cela n’a ôté à la fête ni ses couleurs, ni son charme habituel qui a toujours attiré les ressortissants d’Agadez et des invités de toutes parts à affluer pour venir fêter tous les ans ce grand jour appelé aussi SAFIAN RAWA.
Il faut aussi dire que les femmes participent activement à la célébration du Bianou non seulement de par le rôle traditionnel d’alimenter les gens, mais aussi par leur présence à tous les niveaux de la fête qu’elles scandent avec des cris d’encouragement aux danseurs. Ces cris sont de véritables dopages pour les joueurs et le danseurs que l’on serait tenté de penser infatigables, vue les efforts. Le jour du Safian rawa, elles sont habillées riches de la tête aux pieds, et les couleurs de leurs habits donnent à la fête, l’éclat qu’il faut. Après ce 9ème jour de Mouharem appelé aussi Tassoua, le 10ème jour ou Ashoura est également fêté avec peut être moins de faste que la veille. Les deux groupes se retrouvent chez le Sultan, les Yan yanma vont à l’ouest et les Yan gabass vont à l’est, ils sillonneront ainsi chacun leurs quartiers respectifs jusque vers 16 heures.
La même scène se répète le onzième et douzième jour, mais les manifestations du douzième jour tendent à disparaître. Nous espérons que le Bianou dans son ensemble, cette grande manifestation culturelle ne disparaîtra pas, car se sont là de moments intenses de raffermissement et de consolidation des liens entre les populations.