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L'uranium de nos centrales est-il vraiment si propre? A Arlit, petite ville minière au Niger, les habitants vivent au quotidien avec la radioactivité. Témoignage. Il en impose avec sa tenue de Touareg, Almoustapha Alhacen.
Employé au Niger d'une des deux filiales Areva, groupe français spécialisé dans le nucléaire,

 

Image le président de l'ONG Aghir In Man (le bouclier de l'âme) est de passage ce soir à Genève. A 20 h 15 à la Maison des Associations, il révélera la face cachée de l'extraction d'uranium, vécue au quotidien dans sa petite ville d'Arlit. Son récit prend une résonance particulière en Suisse, dont les cinq centrales nucléaires se fournissent en partie chez Areva.

«Nous voulons informer le monde, évoquer les problèmes de radioactivité qui provoquent des morts, des maladies, des fausses couches. Ces difficultés ne sont pas connues de l'opinion.» Et c'est vrai qu'en -Europe on connaît mieux les questions qui se trouvent en aval de la filière atomique (déchets nucléaires notamment). Reste qu'en amont, les dangers sont importants. Sans oublier que pour chaque kilo d'uranium extrait à Arlit, des quantités gigantesques d'eau, de produits chimiques, sans parler d'électricité avec une usine à charbon, sont nécessaires.

Le nucléaire, une énergie propre, cela fait sourire un peu tristement Almoustapha Ahlacen. «Dans la région, il n'y a plus de faune et de flore. Les autruches, les gazelles ont disparu. Il n'y a plus d'arbres non plus. La mine puise l'eau à 300 mètres de profondeur. Les racines des arbres ne descendent pas si bas. A Arlit, on ne parle que de pollution durable.»
Ferrailles radioactives

Almoustapha Alhacen a décidé d'agir il y a quelques -années déjà. En 2000, il crée l'ONG Aghir In Man, puis il se met en contact avec la Criirad (Commission de recherche et d'information indépendante sur la radioactivité) basée en France. La Criirad vient enquêter sur place en 2003. Des
appareils de mesure de la radioactivité sont alors confisqués. Mais dans la foulée, Areva décide de lâcher du lest. Elle débloque des fonds pour améliorer la situation sanitaire dans la région.

Areva décide aussi de ne plus laisser sortir les ferrailles radioactives des mines. «C'est un premier pas, constate Almoustapha Alhacen. Mais pendant des dizaines d'années, les déchets sont arrivés en ville. Ils ont servi dans la construction, dans la confection d'ustensiles. Les résidus, on les trouve partout. Il y a notamment des millions de tonnes qui se retrouvent dans le sol. Chez nous, dans le désert, le sable est emmené par le vent. Cela donne des tonnes de résidus qui conservent 85% de la radioactivité du minerai d'origine.» Et cette situation n'est pas près de trouver une issue. Selon Almoustapha Alhacen, le Niger, quatrième producteur d'uranium au monde, a accordé, entre 2006 et 2007, 122 permis d'exploitation notamment à des sociétés chinoises, canadiennes, anglaises et bien sûr à Areva.»

Almoustapha Alhacen, qui travaille depuis 1978 dans l'uranium et qui a été plusieurs fois menacé de licenciement, a donc repris son bâton de pèlerin pour alerter l'opinion.

La Chine accusée

Depuis quelques mois se greffe un autre problème, celui de la rébellion touareg. «Tout tourne autour de l'uranium et de la protection de la nature. Mais la rébellion s'intéresse aussi à des postes au gouvernement. S'il n'y avait pas d'uranium, il n'y aurait pas de révolte. Le gouvernement croit que je suis de mèche. Ce n'est pas vrai. Mais le gouvernement dit aussi qu'Areva soutient la rébellion. Pour se venger. Car la France n'a plus le privilège d'exploiter seule les minerais du Niger. Areva, c'est dégueulasse, mais les Chinois, c'est pire encore. Mais personne ne s'en occupe. On est dans un désert!»

05 Février
Publié le  05 Février
Source: http://www.tdg.ch

 



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