«Le projet AFRICARAIL vient d’acquiérir une nouvelle étude de faisabilité des interconnections ferroviares financée par la BAD dans le cadre de la CEDEAO» déclare M. Kaffa Amadou
Mr KAFFA Hamadou, vous êtes l’Administrateur Général de l’ organisation dénommée Africarail en charge du programme sous régional d’interconnexion ferroviaire comprenant le Bénin, le Burkina Faso, le Niger et le Togo. Pouvez-vous le présenter à nos lecteurs ?
Je vous remercie de l’opportunité que vous me donnez de faire connaître le Projet Africarail. Le Projet AFRICARAIL est chargé de réaliser l’interconnexion des chemins de fer existants dans les pays membres, de manière à former une boucle ferrée principale dont la partie supérieure traverse le Niger. Pour le Comité de Pilotage, la construction de la ligne de chemin de fer de Parakou à Niamey est prioritaire. Un premier pas vers l’extension du réseau ferroviaire en direction des régions de Tahoua, Maradi, Agadez et Zinder. C’est au vu des considérations importantes de développement économique sous régional que le Projet AFRICARAIL a vu le jour avec la signature d’un protocole d’accord regroupant les Etats membres en 1999. Le Secrétariat Permanent a signé un Accord de siège avec le gouvernement du Niger en 2001. Le projet dispose d’un Comité de Pilotage composé de trois organes, le Conseil des Ministres des Transports, organe décisionnel; le Comité d’experts nationaux et de consultants indépendants qui est l’organe d’orientation. Le siège installé à Niamey, abrite le Secrétariat Permanent qui s’occupe de l’exécution du Programme. Pouvez vous nous dresser un bilan de vos activités ? Le Projet AFRICARAIL a permis de développer des activités essentielles notamment la sensibilisation et la mobilisation des institutions internationales dont l’UAC, l’ALG, l’UEMOA, la CEN-SAD, la CEA, le NEPAD et l’UIC et des banques de développement telles que la BAD, la BOAD, la BSIC et la BIDC et la réalisation d’études techniques malgré les faibles moyens disponibles localement. D’autre part, Projet AFRICARAIL a mis en place une veille technique dans ce domaine grâce aux moyens informatiques du Comité de Pilotage et la recherche de collaborations techniques avec de grandes universités dans le cadre de la cooopération Sud-Sud. On citera notamment l’Université Fédérale de Rio de Janeiro au Brésil. En plus, Projet AFRICARAIL a recherché des investisseurs potentiels pour le projet. A ce titre le Projet a pris contact avec des constructeurs indiens, chinois et brésiliens. Notre avantage est que dans la communauté des Etats membres de la CEDEAO et de l’UEMOA, Projet AFRICARAIL était le seul projet structuré. Tous les autres projets se limitaient à deux pays et sont intégrés dans des programmes multisectoriels bilatéraux notamment les commissions mixtes de coopération. Quelles sont justement vos attentes par rapport à cette étude ? L’objet de l’étude soumise à CIMA/UMA/ AECOM visait à évaluer la faisabilité de l’interconnexion des embryons de réseau ferroviaire préexistants et de réaliser, face à l’ampleur des capitaux à mobiliser, un classement des projets étudiés. Il s’agissait aussi d’apporter tous les arguments techniques, paramètres économiques et humains, données techniques, modèles de calculs et méthodologies mis en oeuvre, conduisant à ces résultats. L’étude a porté aussi bien sur les aspects relevant de la technique et de l’économie ferroviaires que sur tous les éléments contribuant à une évaluation complète des projets étudiés : aspects socioéconomiques, impacts environnementaux, aspects institutionnels. Il ressort donc de cette étude une immense attente de la région qui compte sur le développement d’un réseau ferroviaire porteur de développement et d’ouverture sur le Monde. Malgré nos réserves sur la méthodologie adoptée par CIMA/UMA/AECOM et sur l’absence de documents importants devant compléter le rapport, nous notons avec satisfaction que les tronçons ferroviaires composant le Projet AFRICARAIL sont tous classés prioritaires par l’analyse multicritère qui a été réalisée. L’étude a couvert toute la zone du projet et a permis d’actualiser les données disponibles. Ainsi le projet AFRICARAIL s’intègre de façon parfaite dans la stratégie de la CEDEAO en ce qui concerne le développement du chemin de fer dans la région Ouest Africaine. En effet la région présente aujourd’hui tout un ensemble de pôles urbains consolidés souvent enclavés, ce qui représente, pour l’ensemble régional une perte importante d’opportunités de développement. Quelle coopération avez-vous avec le Consortium CIMA International/UMA/ AECOM ? Nous sommes le principal promoteur du chemin de fer dans la zone et nous tirons notre légitimé du protocole d’accord signé par les Etats membres. CIMA International/ UMA/AECOM est un groupement de bureaux d’études. Nous nous félicitons que notre requête de financement auprès de la BAD et le suivi que nous avons apporté dans ce dossier ont permis la réalisation des études par le consortium de bureaux d’études CIMA International/ UMA|AECOM dans le cadre d’un avis d’appel d’offre de la CEDEAO. A la réunion de validation du rapport de cette étude qui a regroupé au siège de la CEDEAO à Abuja, les responsables des réseaux et projets ferroviaires des pays membres de l’espace CEDEAO, nous avons attiré l’attention du consortium CIMA International/UMA/AECOM sur certaines préoccupations des Etats. Par exemple, nous avons recommandé que des études d’impact environnemental et social plus détaillées soient effectuées conformément à la loi 98-56/PRN du Niger portant loi-cadre relative à la gestion de l’environnement et le Niger a aussi recommandé l’extension du Projet AFRICARAIL aux lignes nigérianes. L’Etat du Niger a souhaité la création d’un institut sous régional de formation dans le domaine ferroviaire. Au niveau de la priorisation des lignes, nous avons estimé que les études devraient prendre en compte la priorité définie par chaque pays. Le Niger accorde une priorité à l’interconnexion Parakou-Dosso-Niamey qui présente sur les plans stratégique, économique, institutionnel, environnemental et social, des atouts très importants alors que l’étude de CIMA International accorde une priorité à la ligne Kaya–Dori-Tera-Niamey. L’interconnexion Parakou–Niamey passera par Dosso qui joue un rôle pivot pour le transport de passagers et de marchandises vers le Centre, l’Est et le Nord du Niger d’une part et vers la région de Niamey d’autre part. Cette interconnexion ferroviaire renforcera ce rôle et fera de Dosso un terminal intermodal de premier plan. L’option retenue par le bureau d’études pour désenclaver le Niger uniquement par l’axe Abidjan-Ouagadougou-Niamey conduirait à un énorme surcoût de transport, répercuté sur les prix des produits importés ou exportés par cette zone, car cette liaison est deux fois plus longue que celle du corridor béninois ou celui du Togo. Son prolongement vers Kaoura Namoda ou vers Ougadougou soit par l’interconnexion Kaya ou par l’interconnexion Fada N’Gourma permettra de réaliser deux mailles ferroviaires stratégiques pour la CEDEAO, puisque liant les deux géants économiques de la région, le Nigéria et la Côte d’Ivoire. De plus, plusieurs liaisons n’ont pas été prises en compte comme les lignes Lagos - Cotonou et Bobo Dioulasso – Sikasso. Nous comptons aussi sur ces études pour disposer d’éléments nous permettant d’apprécier la demande potentielle surtout dans le contexte actuel de développement des exploitations minières et d’ouverture des marchés. Néanmoins cette étude fournit une nouvelle base d’informations pour mener à bien le développement du réseau ferroviaire de la CEDEAO et il lui appartiendra d’en tirer un maximum d’enseignements. Quelles sont vos perspectives à présent ? Les perspectives du projet sont aujourd’hui très encourageantes. L’étude demandée par la CEDEAO a prouvé la viabilité de l’ensemble du projet. Nous avons sollicité la Chine, l’Inde et le Brésil pour participer à au financement et à la construction de lignes de chemin de fer à moindre coût. Notre Comité d’experts est déjà à pied d’oeuvre pour organiser cette année une table ronde des bailleurs de fonds. Cette table ronde visera à faire aboutir les négociations avec tous les partenaires financiers qui disposeront désormais d’une étude de faisabilité complète. Une nouvelle fiche technique sera élaborée en prenant en compte le tracé principal et les extensions devant permettre le désenclavement intérieur et extérieur des Etats membres. Le Projet Africarail relève-t-il du domaine du rêve pour nos pays ? Le rêve tout comme la vision sont nécessaires pour réaliser de grandes oeuvres. C’est un processus. Alors, il faut y croire et se lancer dans la bataille. Tout ce qu’il nous faut maintenant, c’est optimiser nos stratégies de développement, bien présenter nos dossiers, bien exploiter nos ressources…et nous parviendrons à réaliser ce rêve. Cela me rappelle, chaque fois que cette question m’est posée, notre regretté Feu Ahamed Akobi (Paix à son âme), ancien Ministre des Transports du Bénin et ancien Directeur de Cabinet de S.E.M. le Président Boni Yayi qui disait que Projet AFRICARAIL sera réalisé parce que c’est un rêve partagé par quatre pays. Le financement est certes lourd, mais il est à l’échelle des bénéfices que la région peut en tirer pour son développement économique et social. Les puissances économiques émergentes citées plus haut, à la recherche de nouvelles sources de matières premières, seront fortement intéressées par la réalisation d’un tel réseau ferré, qui comme on l’a vu, a toutes les chances sur le moyen-long terme d’être économiquement rentable. Votre mot de la fin ? Dans un pays enclavé comme le Niger, le transport ferroviaire viendra compléter le transport routier. Ce qui permettra un accès plus rapide et plus sûr aux différents ports tout en conservant l’environnement et la qualité de vie des populations. Cela permettra aussi la réduction du cout des marchandises d’où une réduction de la pauvreté dans les différents Etats membres. Au Niger, S.E.M. le Président Tandja Mamadou a instruit les autorités compétentes pour que le projet de chemin de fer devienne une réalité. Ainsi, le Premier Ministre l’a intégré dans son Plan intérimaire 2008-2009 et nous avons le soutien des Ministres des Transports, des Finances et des Affaires Étrangères des Etats membres. Au nom du Projet Africarail, nous remercions les Chefs d’Etat du Bénin, du Burkina Faso, du Niger et du Togo qui ont toujours manifesté leur volonté politique en faveur du projet. Nous sommes très confiants quant à la pose du premier rail en 2009. Que Dieu guide nos pas ! Propos recueillis par Yahaya Garba 20 Mars Publié le 19 Mars 2008 Source: La Roue de l'Histoire
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