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La lutte contre le SIDA au Niger : des progrès mais…
La commémoration de la journée mondiale de SIDA a donné lieu à des manifestations jamais égalées au Niger : marches populaires, tests de dépistages volontaires, débats à la radio et à la télévision. Une mobilisation impressionnante
qui reflète l’importance de la lutte contre cette pandémie. À cette occasion, Dr. Moussa IDE, Coordonateur du Comité intersectoriel de lutte contre le SIDA, a répondu à ces quelques questions.Le taux de séroprévalence qui était de 0, 87% est tombé à 0,7 %. Faut-il en conclure que la pandémie recule globalement au Niger ?
À la lumière du taux de séroprévalence actuel comparé à celui de 2002, la pandémie est en train de reculer. Cependant, il faut tenir compte du fait que la pandémie, telle qu’elle se présente au Niger, est concentrée au niveau de certains groupes tels que les professionnelles du sexe, les forces de défenses et de sécurité, les prisonniers, les routiers, les jeunes et les femmes. Dans notre stratégie, nous mettons l’accent sur la prévention avec une attention particulière sur ces groupes à risques.
Par rapport à certains pays voisins, le Niger semble avoir pris du retard dans l'exécution de son programme de lutte contre le VIH/SIDA. Tout du moins au niveau de sa mise en œuvre. À quoi attribuez-vous ces lenteurs ? Le retard accusé dans la mise en œuvre du programme s’explique par la non-maîtrise des procédures des partenaires techniques et financiers, la faiblesse de la part de financement de l’État et la non-traduction de la volonté politique en actions concrètes sur le terrain. Il faut ajouter que les procédures d’approbation des termes de référence ont également été un facteur de ralentissement de la mise en œuvre des activités. À tout cela, il faut ajouter l’insuffisance de clarification des rôles et des responsabilités des acteurs. Pour remédier à cette lenteur, l’accent a été mis sur le renforcement des capacités de tous les acteurs, l’allègement des procédures, la clarification des rôles et la responsabilisation des acteurs sur des résultats à atteindre. Ces éléments seront repris et renforcés dans le nouveau cadre stratégique de lutte contre les IST/VIH/SIDA 2008-2012.
Les personnes vivant avec le VIH ont exprimé plusieurs fois leurs inquiétudes quant à l'accès aux antirétroviraux (ARV). Avez-vous pris des dispositions particulières pour en garantir l'accessibilité et éviter les ruptures de stocks? Le faible accès des personnes vivant avec le VIH/SIDA (PVAVS) aux ARV peut s’expliquer par l’insuffisance des centres prescripteurs, la stigmatisation, et la connaissance tardive de leur statut sérologique. En outre, des centres prescripteurs connaissent mal leur besoin en médicaments pour différentes raisons : absence de plan d’approvisionnement, mauvaise gestion des stocks, non maîtrise des délais de livraison, absence d’un plan logistique, etc. Les ruptures de stocks conduisent à des requêtes et des recherches d’ARV au niveau des pays de la sous-région, comme le Burkina Faso et le Bénin.
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Pour garantir l’accessibilité et éviter la rupture de stocks, il faut décentraliser des centres prescripteurs ; renforcer la sensibilisation en mettant l’accent sur les avantages du traitement des ARV ; élaborer un plan d’approvisionnement et un plan logistique ; et renforcer les capacités de gestion des centres prescripteurs pour un suivi régulier des stocks. Afin de faciliter le stockage, la distribution et la gestion des ARV et médicaments contre les infections opportunistes, une convention a été signée avec l’Office nationale des pharmaceutiques (ONPPC) à cet effet. Il s’agit également de renforcer les capacités en matière de gestion des stocks à tous les niveaux et de mettre en place une assistance technique en pharmacie pour l’approvisionnement, la gestion et la distribution des ARV et médicaments contre les infections opportunistes.
La transmission du virus de la mère à l'enfant est un autre domaine de préoccupation. Quel est le bilan de la PTME au Niger ? Par rapport à la mise en œuvre des activités de prévention de la transmission du VIH de la mère à l’enfant (PTME), les activités ont démarré en 2003 avec 7 sites. En 2004, 17.830 femmes ont eu le conseil pré-test, 4737 ont fait le test: soit 30%. Fin 2005, 31 sites ont été mis en place. Actuellement, nous sommes à 129 sites. En 2005, 18477 personnes ont eu le conseil pré-test, 6583 ont fait le post-test, soit 60%. En 2006, 44361 ont fait le pré-test et 25180 le post-test, soit 65%. Ce service de PTME est progressivement intégré dans les activités de la santé de la reproduction dans la politique sanitaire du pays à travers l’offre de services de la consultation prénatale (CPN) dont le taux national est de 62%.
En dépit des efforts en matière de sensibilisation, le dépistage volontaire demeure encore timide au Niger. Que comptez-vous faire pour encourager les gens à faire le test de dépistage ? Pour susciter plus d’engouement au dépistage volontaire, il faut mener des activités continues de sensibilisation en mettant l’accent sur des messages spécifiques à travers les canaux comme la radio, les ONG et l‘éducation par les pairs. Il s'agit également de développer des campagnes de dépistage de masse de courte duré et d' intensifier des activités de dépistage mobiles. Nous devons multiplier les centres autonomes de dépistage et soutenir la gratuité effective d’accès aux ARV et aux tests de suivi biologiques des patients. Il faut également multiplier les centres autonomes de dépistage.
Lors de votre de présentation au cours de la cérémonie d'ouverture du Conseil national de lutte contre le SIDA présidé par le chef de l'État, le Président Tandja Mamadou, vous avez conclu votre exposé sur une note d'optimisme. D’où vous vient cette conviction ?
Cette conviction vient de l’engouement politique au plus haut niveau, de l’engagement de la société civile et du soutien de tous les partenaires techniques et financiers.
Propos recueillis par Ibrahim Cheick Diop, spécialiste en communication avec la collaboration de Djibril Karamoko Spécialiste en santé