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L'Afrique à l'heure de l'Islam
Le 11ème sommet de l'Organisation de la conférence islamique, qui se tient les 13 et 14 mars à Dakar, devrait donner un nouvel élan à la solidarité entre riches et pauvres, notamment africains, et se pencher sur l'avenir de l'Islam dans un monde marqué par la peur du terrorisme souvent identifié à l'intégrisme musulman.
L'Organisation de la conférence islamique (OCI), deuxième organisation multilatérale après l'ONU, compte cinquante-sept pays-membres parmi les plus nantis et les plus déshérités de la planète - dont vingt sept africains. Cette forte présence africaine existe depuis la création de l'Organisation en septembre 1969 à l'initiative de l'Arabie saoudite. L'Islam en Afrique, qui avait connu plusieurs périodes d'expansion y compris après les indépendances, est toujours florissant à travers le continent. Mais il se caractérise à la fois par une radicalisation religieuse ou politique et par une banalisation économique.
Ainsi les pays sahéliens sont directement touchés par l'intégrisme musulman qui oscille dans plusieurs pays entre terrorisme et banditisme. Pour de grands pays comme le Soudan ou le Nigeria, qui connaissent la violence entre Musulmans et Chrétiens, les enjeux sont à la fois le pouvoir politique et la mainmise sur les richesses naturelles, notamment le pétrole. Ailleurs, une certaine radicalisation religieuse favorisée par les pétrodollars de l'Arabie saoudite cherche encore à implanter le wahhabisme et à mettre à mal l'Islam tolérant que connaît le continent.
En même temps, l'Afrique subsaharienne, souvent déçue par les promesses non tenues des riches Arabes, peut compter sur de nouveaux partenaires comme la Chine, l'Inde ou le Brésil, venus s'ajouter aux donateurs occidentaux. " Tout est bon à prendre mais nous avons compris la leçon ", souligne un responsable francophone qui s'inquiète toutefois des velléités d'imposer la charia (loi islamique) dans des pays qui ont souvent des constitutions laïques. L'OCI du 21è siècle affirme vouloir se moderniser tout en restant fidèle à ses objectifs : gestion des conflits et libération de la Palestine à travers le règlement du conflit israélo-palestinien, rôle de la société civile, relations entre l'OCI et les autres organisations internationales, coopération économique et mise en place, à terme, d'une cour de justice islamique. Tous ces points font partie des grandes lignes du projet de révision de la Charte de l'OCI, en vigueur depuis 1972 et qui est à l'ordre du jour depuis 2005. Selon des responsables de l'OCI, les raisons de ce retard sont à la fois techniques et politiques :
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augmentation du nombre des pays membres mais aussi des situations difficiles que traverse le monde musulman. L'Organisation s'était voulue une réponse religieuse à travers l'Islam au clivage communisme/capitalisme. Elle veut aujourd'hui répondre aux défis de la mondialisation, soulignent plusieurs experts. Selon eux, le moment est venu de relancer une nouvelle solidarité économique qui aille au-delà de la coopération entre Etats. Ainsi, les Sénégalais mais aussi d'autres Africains comptent beaucoup sur le Fonds de solidarité islamique pour le développement (FSID), créé à l'initiative des Saoudiens. Ce fonds a été lancé en mai 2007 à Dakar lors d'une réunion annuelle des gouverneurs de la Banque islamique de développement (BID), bras financier de l'OCI, et doit être doté à terme de 10 milliards de dollars, avec comme principaux donateurs l'Arabie saoudite et le Koweït. Jusqu'à présent, seuls quelque 3 milliards de dollars ont été mobilisés dans l'attente de la mise en oeuvre du Fonds, qui doit être évoquée par les Chefs d'Etat à Dakar.
Lors d'une réunion préparatoire du sommet en février, le président sénégalais Abdoulaye Wade avait estimé que Dakar devait marquer " un tournant " dans l'histoire de l'OCI et " permettre de redéfinir les contours d'une nouvelle solidarité islamique à travers une nouvelle coopération économique entre pays membres. " Avant le sommet, les organisations humanitaires des pays membres de l'OCI ont d'ailleurs demandé à l'organisation de mettre en pratique les principes de la solidarité musulmane. Sur le plan économique, certains responsables de l'OCI estiment que les programmes de financement de la Banque islamique de développement (BID) sont sous utilisés par les Africains qui souvent, n'ont pas de projets concrets. Ce que ces derniers réfutent, tout en s'engageant à se prendre en charge pour que leur continent profite de la priorité qui lui est accordée dans le prochain plan quinquennal de la BID. Selon les derniers chiffres du Comité d'aide au développement (CAD) de l'OCDE, qui ne publie que les chiffres qui lui sont fournis, le Koweït, l'Arabie saoudite et les Emirats arabes unis ont une longue tradition d'aide bilatérale. Son dernier rapport indique que le Koweït a fourni en 2006 une assistance financière et technique de 158 millions de dollars en APD, dont 60 % à l'Afrique et 33 % à des pays asiatiques. L'aide saoudienne s'est élevée à deux milliards de dollars essentiellement pour des pays arabes, et les Emirats ont fourni 249 millions de dollars, dont la moitié à l'Afrique au nord du Sahara et 34 % à des pays asiatiques.