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La gestion et la prévention des conflits au Niger
En matière de gestion et prévention des conflits en Afrique, le Niger est considéré comme un pays pionnier pour avoir élaboré une politique nationale et mis en place un comité national de dialogue politique. Le journal Seeda a rencontré Monsieur
Abdourhamane Assane Mayaki, spécialiste en Bonne Gouvernance qui a bien voulu nous entretenir sur le processus de mise en place de ces deux structures mais aussi du projet de Consolidation de la Paix dans l’Aïr et l’Azawak dont un des objectifs est de créer des conditions d’une dynamique de développement local dans ces deux régions.,
Journal Seeda : Mr Abdourhamane Assane Mayaki, vous êtes Conseiller des Affaires étrangères détaché auprès du Ministère de l’économie et des Finances, où vous vous occupez du volet gouvernance démocratique au programme «Bonne Gouvernance et Croissance Mieux Repartie ». Vous êtes à la fois acteur et témoin du processus de mise en place de deux des structures qui jouent un rôle important dans la gestion et la régulation des conflits au Niger : il s’agit du Comité Ad hoc sur la prévention des conflits et conseil national de Dialogue politique (CNDP). Pourquoi, selon vous, le Niger a senti à un moment donné le besoin de mettre en place ces deux structures?
Abdourhamane Assane Mayaki : Merci. Le Comité ad hoc sur la prévention des conflits est né à partir du forum qui a été tenu à Agadez en Juillet 2001 sur la prévention des conflits au Niger. Je dois préciser que ce forum était le premier du genre que les Nations-Unies ont organisé en Afrique et le deuxième au monde, le 1er ayant été organisé au Népal. C’est fort de l’expérience nigérienne en matière de gestion de conflits,parce que les conflits ont quand même caractérisé énormément la vie économique, politique et sociale à partir du début des années 1990 au lendemain de la conférence nationale, nous avons connu des rébellions armées, plusieurs coups d’Etat, plusieurs constitutions, nous sommes à notre 5è République en 48 ans d’existence comme pays indépendant, une multitude de gouvernements ; bref, une instabilité politique assez particulière. C’est en raison de toutes ces considérations que les Nations -Unies, en accord avec les autorités nigériennes, ont organisé un forum sur la prévention et la gestion des crises afin d’aboutir à une culture de la prévention plutôt qu’à une culture de la gestion des crises. Autour de ce forum, on a réuni près d’une centaine de personnalités issues de toutes les catégories socioprofessionnelles du Niger : les partis politiques, les syndicats, les forces de défense et de sécurité, le gouvernement, les étudiants…etc.. Il était question de faire le point sur les causes des conflits que le Niger a connus et les perspectives pour arriver à prévenir ces conflits. Nous avons posé tout le diagnostic des conflits que nous avons connus. A la suite de ce diagnostic, des recommandations ont été formulées et il a été demandé de valoriser l’essence même du forum auprès de l’ensemble de la communauté nigérienne. Puis des équipes ont été formées qui ont sillonné les huit régions du Niger pour des sensibilisations sur les objectifs de ce forum.
Pourquoi cette démarche? Le premier objectif vise à faire comprendre à toutes les couches sociales du pays que le Niger est un Etat de droit, un pays où prévalent la démocratie, la justice, le travail pour le développement. Après cette campagne de vulgarisation des recommandations du forum, il a été tenu en Janvier 2003 à Agadez toujours, un autre forum portant toujours sur la prévention des conflits pour valider la stratégie nationale qui a été élaborée en matière de prévention de conflits. Mais, ce document n’a pas été adopté comme document de politique du gouvernement même si, il est vrai que beaucoup d’acteurs nationaux comme internationaux s’en sont saisi pour entreprendre sur le terrain des activités en matière de prévention de gestion de conflits. C’est au courant de ce forum de janvier 2003 que l’opposition politique a fait des propositions concrètes dans des domaines essentiels et qui sont à l’origine de véritables conflits en Afrique : la question électorale, la question de l’accès aux médias. Aussi, il a été décidé de créer un cadre de concertation entre les forces politiques, parce que les conflits politiques ont été les plus dommageables pour notre pays.
SEEDA : Peut –on dire que cette stratégie nationale prenait en compte l’ensemble des conflits y compris les tensions intercommunautaires ?
A.M : Absolument, il ne s’agit pas seulement des conflits politiques ou des conflits militaires, la stratégie prenait en compte tous les types de conflits. C’est dans cette perspective d’ailleurs, qu’au titre des activités que le comité ad’hoc sur la prévention et la gestion des conflits à eu à mener, que s’est tenu le forum que nous avons organisé à Sakordji Birni (Gaya) dans le département de Gaya suite à un conflit entre deux communautés qui a malheureusement fait des victime innocentes.
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SEEDA : Parlez-nous maintenant du conseil national de dialogue politique (CNDP)
A.M : le CNDP a vu le jour en janvier 2004. Il a fait l’objet d’un décret pris en Conseil des Ministres. Mais auparavant, il faut dire que le processus qui nous a amené à sa création a pris pratiquement une année. Il fallait que toutes les forces politiques s’accordent sur les questions qui devraient être débattues au cours des différentes sessions ayant abouti à sa mise en place. Quand le CNDP a été mis en place, beaucoup d’acteurs nigériens ne croyaient pas en sa capacité à résoudre un certain nombre de problèmes. Beaucoup d’organisations de la société civile ne lui donnaient pas longue vie. Parce que la caractéristique majeure était l’affrontement surtout qui opposait, à l’époque, les forces politiques. D’aucuns avaient programmé son enterrement de la plus belle mort. Mais l’histoire a donné tort à ceux qui étaient pessimistes et le CNDP a examiné pas moins d’une vingtaine de questions indispensables à la vie de la nation. On se souviendra par exemple que pour les élections municipales qui ont fait l’objet d’un report en 2004, il a fallu que le CNDP se penche sur la question et que les forces politiques ensemble, acceptent qu’il y ait un report, compte tenu du retard pris dans la préparation. En l’absence d’un cadre comme celui du CNDP, il n’aurait pas été aisé au pouvoir en place de faire accepter à l’opposition toute tentative de report, parce que l’opposition aurait vu là une tentative de tricherie etc…. Donc une des choses essentielles que le CNDP a réussies c’est briser la glace entre les leaders politiques. Quel que soit le camp auquel ils appartenaient, ils pouvaient s’appeler à partir de leur cellulaire, discuter sur des questions essentielles et avoir le Niger vraiment à l’esprit. Quand il y a eu de problèmes concernant l’établissement des listes, ça a été réglé d’un commun accord, concernant les partis politiques représentés à l’Assemblée et qui disposent d’une subvention de l’Etat ; ils ont accepté que sur leur subvention soient prélevées des fonds qui puissent permettre aux partis qui ne sont pas représentés à l’Assemblée de pouvoir financer les dossiers de leurs candidats aux élections municipales. Cela a été une première en Afrique. Elle a permis de régler des problèmes tels que celui de la fraude aux examens entre autres; parce que vous savez, quand des questions de cette nature surgissent, l’opposition politique peut bien s’en accaparer et faire de l’agitation etc…. Mais tout le monde a été d’accord qu’il fallait prendre des sanctions, mettre de l’ordre. Il en a été de même quand il a été question de famine ou de crise alimentaire, de la nomination aux hauts postes de l’Etat… etc
SEEDA : Comment est structuré le CNDP ? Quelles sont les composantes ?
A.M : Le CNDP est présidé par le 1er Ministre qui est le chef de la majorité, et c’est une proposition que l’opposition a faite parce qu’elle a estimé que si le 1er Ministre en exercice présidait le CNDP, les résolutions et les questions qui étaient examinées avaient plus de chance d’aboutir, de connaître une mise en oeuvre plus facilitée, et il est assisté par le chef de l’opposition. Donc, théoriquement il y a deux coprésidents. Il est prévu un poste de Secrétaire permanent et un poste de Secrétaire permanent adjoint. Nous, en principe au niveau du comité ad’hoc sur la prévention des conflits, à partir du moment où nous sommes arrivés à la création du CNDP, nous n’avons plus de raison d’être dans les instances des réunions du CNDP. Mais les hommes politiques étant ce qu’ils sont, quand ils trouvent des gens pour leur faire du travail, ils ne se gênent pas. A l’époque, les partis non affiliés aux deux mouvances ont exigé que les postes de secrétaire permanent et adjoint leur reviennent, puisque la majorité et l’opposition détiennent la coprésidence. Entre temps, il n’y a pratiquement plus de non affiliés : ou ils sont à l’opposition ou à la majorité. Donc il y a eu une certaine dilution de la question et les gens s’en sont satisfaits. Il est prévu une session qui va examiner la question du fichier électoral et celle de la question de l’insécurité au Nord et nous avons proposé au 1er Ministre de saisir cette occasion pour rendre publique la désignation d’un Secrétaire Permanent et adjoint qui doivent être des militants des partis politiques.
SEEDA : Est-ce que le CNDP intervient dans la gestion de la question du Nord ?
A.M : Pas directement ; mais il peut intervenir par des réflexions, des propositions. C’est dans cet esprit d’ailleurs que la session de juin 2007 a recommandé la mise en place d’un comité chargé de se pencher sur la question du Nord. Ce comité a travaillé, et a rendu un rapport qui a été mis à la disposition des partis politiques et les conclusions seront notamment examinées à la prochaine réunion du conseil national de dialogue politique .
SEEDA : Votre exposé nous a fait comprendre que l’intervention du comité a permis de régler un certain nombre de conflits qui sont intervenus dans un certain nombre de domaines comme la fraude aux examens, les élections,…. Pouvez-vous dire des insuffisances et des limites qui ont été constatées dans la gestion de ce comité et dont la résolution permet d’améliorer son fonctionnement ?
A.M : Pour l’instant, de part même la nature des missions qu’elle poursuit, on ne peut pas dire aujourd’hui que le conseil a connu des limites ou des insuffisances. Parce que, en réalité, le CNDP est comme une structure de réflexion en amont et d’accord sur les propositions que le gouvernement pourrait soumettre à l’Assemblée Nationale. Donc c’est vraiment un espace de concertation et d’échanges pour arriver à des positions communes, consensuelles, sur des questions d’intérêt national. Et jusque là, lorsque des questions d’intérêt national se sont posées, on est arrivé à un consensus. Par exemple concernant la question des élections, les acteurs politiques débattent, font des propositions (tous les partis sont représentés, c’est ça l’avantage.) L’Assemblée nationale n’accueille que les partis qui ont des députés à l’Assemblée ; mais le CNDP accueille l’ensemble des partis. Il a été donné de voir des responsables des partis politiques qui ne sont pas à l’Assemblée y contribuer de manière significative dans l’enrichissement du débat et à la prise de décisions importantes sur des questions d’intérêt national.
Donc, ils soumettent ces propositions (au gouvernement qui, lui aussi, les soumet à l’Assemblée nationale avec en amont quand c’est des questions juridiques par exemple, un regard de la cour constitutionnelle par vois de consultation formelle ou informelle (on peut requérir un avis oral par exemple)
SEEDA : Au début de notre entretien, vous avez dit quand même que dans le domaine de la gestion des conflits en Afrique, le Niger peut être considéré comme un pays pionnier. Peut-on citer d’autres pays ?
A.M : j’avoue que je n’ai pas connaissance d’autres pays qui se soient engagés dans l’élaboration d’une stratégie de prévention de crises et qui ont adopté notre démarche. Il se peut que cela existe. Je sais que en 2001, nous étions le 1er à l’avoir fait en Afrique et le 2e au Monde. Mais là, je reviens d’une conférence qui s’est tenue à Brazzaville des 1ères dames d’Afrique et qui avait comme thème principal la nécessite d’inclure les femmes dans les questions de résolution, de négociation de conflits. L’objectif recherché est de privilégier le dialogue. Or, nous c’est ce que nous avons réussi à faire au Niger. Le dialogue occupe une place cardinale dans la résolution des conflits, si vous vous souvenez de la marche célèbre de la société civile, le Niger est l’un des rares pays, que ce soit au Maghreb, ou en Afrique subsaharienne, où les autorités ont retiré une loi qui a été promulguée par le Président de la République suite à une manifestation organisée par la société civile. C’est-à-dire que l’ensemble du pays a répondu favorablement aux préoccupations de la coalition qualité équité contre la vie chère. Nous, sur le plan du dialogue, on a une très grande avancée par rapport à certains pays. Le CNDP, par exemple a inspiré beaucoup d’autres pays de la sous région notamment le Bénin, la Mauritanie pour que l’ensemble de la classe politique parle de la même voix sur des questions à caractère stratégique pour la nation. A Brazzaville, il a été évoqué la question de l’implication de la femme. C’est vrai que nous n’avons pas les mêmes problèmes que les pays d’Afrique centrale. Les conflits n’ont pas connu cette violence avec le cortège de viol de femme, d’enfants….. Mais, les outils que nous développons ici et qui mettent la culture du dialogue au centre de la stratégie peuvent leur servir de sources d’inspiration.