Communication présidentielle : La communication maladroite de Bazoum

Bazoum Mohamed, c’est connu de tous les Nigériens, a toujours eu des problèmes dans sa communication. A chaque fois qu’il intervient sur les médias, il ne manque pas de bourdes qui prolongent des commentaires sur sa communication, donnant lieu sur les réseaux sociaux à des analyses tendancieuses, les unes que les autres. Au pouvoir, autant qu’il le put, l’homme avait su gérer au mieux sa communication, évitant un certain discours décalé qui ne sied pas à sa stature nouvelle de Chef d’Etat, agissant désormais au nom d’un peuple dont il est censé incarner la souveraineté. Du reste, croyait-on, c’était le premier homme, un certain Waziri Dan Madaoua venu de France, chargé de sa communication qui lui donnait cette chance par ses conseils, mais la prouesse n’était pas du goût de certains milieux de son parti qui avaient alors joué à l’en séparer, lui reprochant le crime de la comparaison entre lui et son prédécesseur. Mais voilà que, participant au 77ème sommet de l’Assemblée Générale des Nations-Unies, l’homme eu l’occasion de s’exprimer sur un certain nombre de sujets, revenant à de vieilles amours qui enlaidissaient ses discours.

Première erreur…

Pourquoi continue-t-il de se cramponner sur le cas malien quand rien, pas même la responsabilité dérisoire de président en exercice de la CEDEAO dont il n’est pas encore chargé, ne l’y oblige pour vouloir sur toute occasion, communiquer sur la cas malien qui est moins un problème nigérien que de la CEDEAO, a fortiori d’une communauté internationale, ou pour être précis de la France ? Pourquoi donc, en mal, ce sont seulement les autorités nigériennes, presque toujours, qui s’expriment sur le Mali, et dans un langage peu mesuré, allant à des accusations graves qui heurtent les convenances de la diplomatie et d’un pacte de non-agression que les principes de bon voisinage ont imposées depuis des décennies ? Comment ne pas lui reprocher de s’exprimer encore sur le Mali, en des termes qui ne peuvent que blesser quand il avait des sujets plus importants pour son pays et pour son programme de gouvernance ? Le problème de la Côte d’Ivoire avec le Mali, est-il le nôtre pour s’inviter dans le débat, non pas pour appeler à la désescalade, mais à jouer à l’avocat de Ouattara, souvent même au procureur, arguant même qu’on l’aura trahi ? Lorsqu’on est un homme d’Etat accompli, si tant est qu’on est préoccupé par de tels sujets, c’est dans la discrétion que l’on agit pour essayer de rapprocher les hommes et les aider à dépassionner un débat qui ne fait que grossier par certaines interventions maladroites et certaines appréciations malencontreuses. D’ailleurs, les Nigériens sont-ils les seuls de la CEDEAO pour être les seuls à communiquer tout le temps sur le Mali ? Pourquoi les autres ne peuvent pas le faire et même lorsqu’ils le font, ils ne peuvent pas avoir les mêmes excès auxquels les nôtres se laissent aller ? Se peut-il que le désir de plaire tant à la France et à Emmanuel Macron leur dicte un tel comportement outrageant, un tel zèle à l’égard d’un autre ? Non. Nous avons nos relations avec le Mali qui passent avant celles de la CEDEAO et de la France et c’est cela qui compte. Le Président sénégalais l’a sans doute compris pour jouer depuis quelques temps à l’apaisement, refusant de se laisser embarquer par l’aile radicale de la CEDEAO qui ne rêve que d’étouffement du Mali et d’étranglement des autorités maliennes détestées à tort pour le seul plaisir d’une France qui souffre de ne pas avoir la tête des colonels maliens. Cette communication, parce que répétitive et agaçante, a fini par produire ce qu’elle devrait produire, à savoir la réaction, non moins mesurée de la part des autorités maliennes, à savoir le Premier Ministre par intérim, le Colonel Abdoulaye Maïga qui intervenait à la tribune des Nations- Unies où il laissait éclater son ire sur un certain nombre d’acteurs, dont Embalo, les autorités françaises devenues dans son vocable une nouvelle « Junte », Antonio Guterres et le Président Bazoum.

Deuxième erreur…

La deuxième erreur de communication du Président Bazoum pendant son séjour est dans son interview avec France 24 et Rfi sur un certain nombre de sujets. A cette occasion, interrogé sur la situation dans son pays et notamment par rapport à ce que pensent ses concitoyens de la présence militaire française, faisant référence à la manifestation citoyenne qui s’y était déroulée pendant qu’il était en déplacement, la réponse qu’il donnait, avait surpris plus d’un Nigérien et sans doute aussi, ceux qui, en face de lui, en toute connaissance de cause, lui posaient la question. Comment, Bazoum, devant les micros de France 24 et de Rfi, peut-il dire, parlant de la manifestation du M62, qu’il y avait moins de cinq cents personnes mobilisées ? Peut-il ne pas savoir que France 24 et Rfi, deux médias que les autorités de Niamey affectionnent pourtant pour aimer tant communiquer par eux, avaient rendu compte de cette mobilisation, annonçant quelques milliers de manifestants dans les rues de Niamey ? Peut-il ne pas savoir que le Correspondant de Rfi, Moussa Kaka, lui-même – et les Nigériens savent qu’il aurait aimé ne pas voir ce qu’il a vu pour ne pas avoir à le dire, dans son élément, reconnaissait bien l’ampleur de la mobilisation de ce dimanche matin, malgré que c’est pour une première fois pour le M62, mais aussi parce qu’une pluie le matin allait impacter la mobilisation et qu’une campagne d’intox sur les réseaux sociaux sapait le projet de marche, annonçant un report de la manifestation. Malgré tant de pondérables, les Nigériennes et les Nigériens étaient pourtant nombreux ce dimanche à répondre à l’appel du M62 pour exprimer des préoccupations nationales. Qui a pu donc donner une telle information au Président Bazoum ? Peut-il ne pas savoir que dans le pays, même les chancelleries présentes en sont informées et ont certainement envoyé des notes à leur pays pour les informer sur la survivance et même la profondeur des malaises dans le pays ? Quel intérêt peut-il donc avoir à contredire l’évidence, ce que tout le monde sait ?

Pourquoi donc, malgré l’évidence, Bazoum niait devant les médias français, la mobilisation de ce matin-là ? Et à dire que les Nigériens venaient par eux-mêmes, sans que personne ne les transporte ni même ne leur donne quelque argent pour marcher ! Cette seule donne suffit à l’homme d’Etat pour comprendre qu’il y a des problèmes dans son pays et qu’il doit savoir y faire face courageusement, non d’avoir cette attitude désinvolte face à ce qui est connu de tous. Troisième erreur… L’une des qualités que l’on reconnait à Bazoum Mohamed est d’être un homme trop franc au point de ne savoir rien cacher même quand les règles de la diplomatie pour laquelle il avait en plusieurs occasions eu une belle expérience, l’en défendent. En politique, il y a des choses qu’on ne dit pas et comme on l’a dit d’un président français, « un président ne doit pas dire ça ». En disant, lui qui confie aux journalistes français, qu’ils ont des contacts avec des « sous-chefs » du terrorisme au Sahel, peut-expliquer les sources par lesquelles il sait qu’il y a des risques potentiels d’attaques sur Kidal ? En effet, c’est lui qui dit : « Les forces armées maliennes sont à Ménaka, elles y seraient avec leurs supplétifs russes, mais cela n’a pas empêché cette dégradation et jamais la tension entre communautés peul et touareg n’a été aussi vive qu’aujourd’hui. Il y a des risques de massacres à grande échelle entre ces communautés ». Ces propos de « massacres », gravissimes, similaires à ceux que le président français tenait il y a quelques semaines pour prédire l’apocalypse pour le Mali, sinon le génocide par l’évocation d’une possible confrontation ethnique, sont incompréhensibles « dans la bouche du président ». On ne peut qu’être très préoccupé d’entendre le président nigérien, sans retenue, dire : « Je suis convaincu que les Djihadistes de l’EIGS comptent attaquer Ménaka. Ils en sont militairement capables. Je ne pense pas qu’ils soient capables d’attaquer Gao, mais ils ont réalisé de grandes avancées autour de Gao ». Qui lui a dit que l’EIGS « compte attaquer » pour en être si sûr ? De quel réseau dispose-t-il pour oser cette indiscrétion fracassante ?

Il ne faut pas tomber dans les erreurs d’Issoufou

De deux choses l’une : ou la cellule de communication du Président Bazoum est incompétente, ou ses renseignement généraux ne lui disent pas la vérité. Lorsque les images parlent d’ellesmêmes quand personne ne peut dire qu’on les aura manipulées, il va sans dire que cette réaction du Président nigérien pose des problèmes. Dans les deux cas – de la cellule de communication et des renseignements généraux – il faut se rendre à l‘évidence qu’en ne le conseillant pas à reconnaitre un fait pour savoir, par des stratégies de communications plus élaborées, y faire face de manière tout à fait responsable, comment peut-il régler le problème ? En ne lui disant pas la vérité sur la manifestation, on le trompe pour l’endormir sur ce qui n’est pas vrai et l’éloigner d’une prise de conscience de vrais malaises dans son pays et pour lesquels, la responsabilité lui impose un comportement qui ne peut être celui-là qui consiste à nier d’un revers de main l’évidence, et surtout celle-là sur laquelle, quand on lit les journaux de tous bords, l’unanimité est faite à reconnaitre le succès de la mobilisation.

Il ne faut donc pas qu’on pousse Bazoum Mohamed à aller sur les traces d’Issoufou dans sa perception erronée de la communication, lui qui, pendant dix ans, a refusé d’écouter son peuple, d’entendre ses cris, et surtout donner la preuve qu’il les entend. La conséquence, on l’a vu, c’est qu’après ses dix années de règne faites de surdités, l’homme en est sorti plus impopulaire que jamais et comme ne l’aura été aucun autre dirigeant dans le pays. Est-ce donc le même sort qu’on lui chercherait en le poussant à nier systématiquement la réalité des problèmes dans son pays ? N’est-il pas venu pour connaitre les problèmes et les régler ? Mais alors pourquoi refuser leur existence ? Pourquoi vouloir lui cacher la vérité ?

Il faut donc interpeller la cellule de communication du président de la République pour reconnaitre les problèmes, et penser des stratégies qui puissent l’aider à les surmonter. On peut d’ailleurs apprécier le silence autour de lui, pour ne pas avoir de réactions face aux propos du Premier Ministre par intérim malien, si ce n’est, un certain Kalla Moutari qui, par un «Karamabani» s’y invitait à proposer ses services pour défendre Bazoum Mohamed, faisant un mélange des genres, sans doute par calcul, et plus pour ses propres intérêts que pour ceux de Bazoum et du Niger. Les Nigériens ne sont pas dupes à comprendre certains zèles.

L’ancien ministre de la Défense n’a donc qu’à rester tranquille…

Mairiga

 

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