Que fait la Brigade des moeurs de la Police au Niger ?

Jadis, le Niger avait la réputation d’avoir l’une des Polices les plus actives, les plus pointilleuses et les plus professionnelles du continent africain. Même les Polices occidentales avaient du respect pour la Police nigérienne, en matière de renseignements et d’Interpol. Cette excellence de la Police nigérienne était, en partie, due à l’Histoire récente du pays, précisément du fait du régime d’exception du Conseil Militaire Suprême (CMS), la junte militaire qui dirigea le Niger de 1974 à 1987, sur laquelle trônait le pointilleux généralissime Seyni Kountché. Pour bien asseoir son régime, le Chef de cette junte avait mis en place un dispositif policier des plus élaborés de son temps avec des services de renseignements des plus performants qui permettaient au pouvoir militaire de régenter le pays.

Mais, avec l’avènement de la démocratie, au début des années 90, à l’instar des autres corps de l’Etat, la Police nationale va vivre une situation difficile, un profond bouleversement dans sa structure, suite aux tragiques événements du 09 février 90, sur le Pont Kennedy de Niamey, ayant entraîné la mort de trois pauvres étudiants. L’on se souvient du houleux procès fait aux hauts responsables de la Police de cette époque, par la Conférence nationale. Ce regrettable épisode avait durablement fragilisé ce corps par l’affaiblissement de ses fondements hiérarchiques. Aujourd’hui encore, les plaies de la Police restent béantes et difficiles à guérir.

Après ce bref rappel, venons-en au sujet qui nous préoccupe dans cet article, à savoir le triste sort actuel de la fameuse Brigade des moeurs qui ne semble plus remplir sa mission protectrice de l’ordre public. En effet, ce n’est un secret pour personne, Niamey a viré en une ville de débauche sexuelle et alcoolique. Cela ne se cache plus, c’est au su et au vu de tout le monde, la prostitution s’y étale et s’y développe à grande vitesse. Certains quartiers de la capitale n’ont rien à envier aux légendaires ‘’ Les Bois de Boulogne’’, ‘’Pigalle’’, ‘’Barbès’’ de Paris, ou encore à ‘’Koumassi Potopoto’’ d’Abidjan, ou à ‘’Djonkey’’ pour ceux d’entre vous qui connaissent Cotonou. Les points chauds de Niamey s’appellent Maisons Economiques (MJC et alentours), Lacouroussou, Premier Echangeur, Château I, où déambulent dans la rue de jeunes femmes de toutes les couches sociales pour racoler d’hommes à la recherche d’une satisfaction libidinale. Certains de ces coins se signalent souvent comme des endroits dangereux où l’on peut laisser sa peau, comme au quartier Lacouroussou, pourtant connu des services de la Police Judiciaire pour le degré de criminalité qui s’y déroule. Plus personne ne semble s’en offusquer dans le pays, au nom peut-être des libertés individuelles inviolables. Mais, du point de vue même de la loi, la prostitution demeure une infraction pénale passible de peine d’emprisonnement, au même titre que la mendicité. Surtout, lorsque cette débauche se fait de façon ostentatoire, la répression est encourue de plano par le ou les contrevenants. A la rigueur, on pourrait tempérer la règle, quand la prostitution se pratique dans le secret, ce que l’on appelle, ailleurs, les maisons de tolérance. Là également, tout ne serait pas allé de soi sans exiger un minimum de responsabilité de la part d’adultes qui doivent protéger les jeunes personnes de ce genre de déviation sociétale. En fait, tout le problème se ramènerait autour de la publicité de l’acte en question. Même dans la charia islamique, bien que le péché reste blâmable, il est moins châtié, quand il est commis dans la discrétion.

Du point de vue de la loi, l’ordre public doit être rigoureusement protégé. Les atteintes à la pudeur publique, comme la prostitution, doivent trouver des réponses adéquates afin d’éviter au pays de sombrer dans l’immoralité totale. Les pouvoirs publics doivent revigorer la Brigade des moeurs pour qu’elle accomplisse pleinement sa mission de sauvegarde de l’ordre public et des bonnes moeurs. C’est d’abord un choix anthropologique, ensuite, une question de politique pénale. Le paradoxe qui se dégage de l’analyse de la situation fait ressortir aussi les vicissitudes actuelles de la Police nigérienne, une Police brisée et politisée qui peine à être à la hauteur de sa mission républicaine, en contraste saisissant avec, jadis, une Police au service de la seule république constatée sous des régimes d’exception. Sans doute, la démocratisation de la société nigérienne, du moins, une certaine conception du régime démocratique, aura profondément contribué au délitement actuel de l’institution dans son évolution générale. Du reste, la conception de l’ordre public et des bonnes moeurs est également tributaire de l’état général de la société, et par conséquent, plus cette société cultive les hautes valeurs morales, plus l’ordre public sera toujours conforme aux bonnes moeurs. C’est tout là l’enjeu d’une réflexion profonde à mener sur cette question cruciale de réussir l’alchimie entre la nécessité de rester nousmêmes, c’est-à-dire, fidèles à nos valeurs culturelles et religieuses, et l’impératif de préserver les libertés fondamentales de permettre à chacun de mener sa vie à sa guise, sans heurter, toutefois, l’ordre public et les bonnes moeurs, bien entendu ! Vaste problématique, peut-être ! Cruciale préoccupation, tout de même, vous en conviendrez, certainement, chers lecteurs !

Sanda

 

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