Issoufou Mahamadou : Le Califat de l’imposture !

Les images sont sur les réseaux de la place, montrant l’ancien président de la république, Issoufou Mahamadou, habillé en Scheik, coiffé du bonnet de la confrérie tidjaniya, tenant un exemplaire du Livre Saint, le Coran. On nous apprend, alors, qu’il vient d’être couronné ‘’Califat des Tidjanes’’. Heureusement, d’ailleurs, car la terminologie de ‘’Califat’’ pourrait prêter à confusion et semer le doute dans les esprits !

En effet, la notion de Califat, dans l’Islam, est fondamentale, car elle souligne parfaitement la dimension de la représentation terrestre de la Divinité parmi ce qu’elle aura choisi dans sa création. Les premiers Califes de Dieu sur Terre furent d’abord les djinns et les hommes ; ensuite les prophètes ; enfin, le terme a désigné les successeurs du Prophète de l’Islam (Paix et Salut sur Lui !) à la tête de la Ummah islamique.

Après ce bref rappel historique du terme de Califat, qui signifie la juste représentation de la Divinité par l’une de ses créatures, le titre s’est progressivement éloigné de cette dimension représentative du royaume céleste pour revêtir d’aspects propres à la nature humaine. Au sein de l’Islam sunnite traditionnel, on ne retient que ceux que les savants musulmans ont qualifiés de ‘’Califes bien guidés’’, correspondant aux quatre grands Califes de la première génération du Prophète (PSL !), à savoir Abou Bakr, Oumarou Ibn Kattab, Ousmane Ibn An fane et Ali Ibn Talib. A l’unanimité des Uléma sunnite, ces quatre grands Califes représentent sans doute l’âge d’or de l’Islam originel, de l’époque de la Révélation, puissant et conquérant. Puis, vint le déclin avec les guerres fratricides entre les clans des Omeyyades et ceux des Abbassides. Car, entre-temps, le Califat s’est transformé en une conquête du pouvoir politique, ce que les spécialistes de la question ont appelé ‘’Sultaniya’’. Aujourd’hui encore, un certain Al Bagdadi, chef terroriste de l’Etat Islamique au Levant, pouvait s’affubler de ce titre en se faisant appeler Calife !

Comme on le voit, la fortune qu’a connue la notion de Califat dans l’Histoire de l’Islam nous oblige à plus de prudence pour ne pas nous laisser abuser par certains esprits malins prêts à tout pour faire parler d’eux. C’est le cas, malheureusement, de ce titre purement honorifique qui vient d’être décerné à Issoufou Mahamadou par la confrérie ‘’Tidjaniya’’ du Niger, apprend-t-on ! Pour quel mérite ? On ne le sait pas. Quelle cause de l’Islam a-t-il pu faire avancer au Niger, si ce n’est participer à une manifestation, à Paris, pour soutenir des auteurs des caricatures du Prophète de l’Islam (PSL), en déclarant qu’il était ‘’Charlie’’ ? Combien de fois, son vaniteux cortège avait empêché à de milliers de croyants de Niamey de se rendre à la mosquée du vendredi pour avoir été bloqués dans les rues de la capitale ? Même la Morgue de l’Hôpital National de Niamey n’était épargnée se voyait fermée, des heures durant, avec à l’intérieur, des personnes venues enlever les corps de leurs proches !

Mais, tout cela ne serait guère surprenant de la part d’Issoufou Mahamadou, l’incarnation suprême de l’imposture à son stade le plus achevé. Le personnage n’est pas, d’ailleurs, à son premier blasphème, car, déjà, dans le passé, il voulait se faire passer pour le Calife Omar qu’il disait être son modèle d’inspiration. Ce qui était sans doute faux, puisque le Calife Omar a incarné dans toute sa quintessence la vertu de la justice, de la droiture morale et de la crainte de Dieu. Le Calife Omar (Qu’Allah soit satisfait de lui) n’avait pas gouverné la Cité par le clientélisme, le népotisme et le clanisme. Il n’avait pas laissé les siens ou autres piller les deniers du ‘’Baitoul Mal’’ –Le Trésor Public de la Ummah islamique). En un mot, le Deuxième Calife avait géré le jeune Etat de Médine dans le respect des lois, dans l’observation d’une justice équitable. Tout ce qui est, aujourd’hui, aux antipodes de la gestion d’Issoufou Mahamadou, une gestion patrimoniale, clanique qui porte profondément atteinte à l’unité nationale et à la cohésion sociale du pays. Quelle imposture ! Quelle usurpation !

Oui pour le Califat de l’imposture, mais non pour celui de l’exemplarité ! Avant tout, les uns et les autres ont le droit d’honorer ceux qu’ils croient le mériter à leurs yeux, y compris le fait de décerner la palme de l’imposture. C’est leur liberté absolue qui ne saurait, en revanche, nous empêcher d’en rire éperdument, surtout lorsqu’une telle distinction provient de milieux où la foi trône en reine suprême.

Sanda

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