Exploitation économique des enfants : Une entrave à la scolarisation des plus jeunes

Il est triste de constater aujourd’hui une tendance exponentielle du travail des enfants dans la ville de Niamey. En effet, que ce soit sur les grandes artères de la ville, dans les quartiers, il n’est point surprenant de voir des enfants censés être à l’école; chargés de thermos ou autres récipients s’époumoner pour vendre de l’eau, du yaourt ou autres produits et souvent pour une modique somme comme rémunération mensuelle. Cela en bravant froid, chaleur et les risques de la circulation routière.

Le même phénomène s’observe dans les maisons , les ateliers où des enfants sont souvent utilisés pour faire des travaux parfois pénibles. Utilisés et exploités voire maltraités, ils sont à la merci de la nature et des patrons parfois indélicats.

Au niveau du rond-point sapeur-pompier de lazaret, jusqu’au marché de Dar-es-Salam, ils sont nombreux les enfants à proposer des produits ou des services aux passants.

Djibo âgé à peu près de 10 ans, vend dans un seau des sachets d’eau de ‘’pear wata’’. Il dit faire ce commerce pour un salaire qui lui permet de payer ces frais de récréation mais aussi pour soutenir sa mère dans les dépenses pour la ration journalière. En effet, Djibo est un élève en classe de CE2 qui est obligé de vendre d’eau à ses heures creuses pour ‘’subvenir à ses besoins’’. Dans d’autres circonstances, l’on pourrait qualifier cela de courage ou de bravoure mais ce commerce est plein de risques pour le jeune garçon qui a confié être de temps en temps battu et violenté verbalement par des gens plus forts que lui, a-t-il précisé. « Il y a souvent des gens qui me frappent comme un monsieur qui à chaque fois qu’il m’appelle et que je ne viens pas vite me frappe», confie-t-il.

Djibo n’est pas le seul enfant dans cette situation. Abakar, un autre jeune garçon est, lui, contraint par sa mère à vendre de l’eau au détriment de ses cours à l’école. Rencontré vers la clinique Alomar, poussant avec peine un charriot contenant une grande thermos. C’est avec des mots à peine audibles, un visage triste et des yeux surement rougis par des pleures de mécontentement que le jeune garçon a confié que c’est sa mère qui lui a demandé d’aller vendre de l’eau et de ne pas aller à l’école. Et pourtant, c’était une heure à laquelle où les élèves sont censés être dans leurs classes à suivre les cours. Livré à lui-même, il peut subir toute forme de violence dans cette quête absurde de gain.

Si toutefois les cas de Djibo et d’Abakar peuvent interpeller la conscience des gens; celui du petit Souradjou utilisé comme mendiant devrait pousser chacun à agir.

Traditionnellement, la mendicité a toujours été la pratique à laquelle les plus démunies s’adonnent pour avoir de quoi manger. Cette donne a changé et a cédé la place à une exploitation économique des enfants par des gens sans foi ni loi, dépourvus de bon sens. Il était 21h50mn quand le petit Souradjou originaire du village de Simiri, était encore dehors à la recherche de travail. Chemise déchirée, pieds nu, il était debout entre une boutique et des vendeurs de poulets à attendre les bonnes volontés dans la nuit sombre où il peut être victime d’agression ou même d’enlèvement.

Un dernier enfant interrogé répondant au nom d’Ismaël Hassane a affirmé qu’il travaille comme domestique depuis 3 ans à Niamey. Son histoire est tout autre. Originaire de Loga, Ismaël est venu en ville pour se faire de l’argent comme ses frères. Agé de 13 ans, il a confié qu’il a été inscrit à l’école dans son village.«Mes parents m’ont inscrit à l’école. A chaque fois qu’on m’y amenait, je fuyais pour me cacher derrière les arbres. C’est ainsi que j’ai émis le vœu à mes parents de venir en ville pour travailler comme domestique. Au début, ce n’était pas facile car je comprenais peu les choses. Ce qui me valait des réprimandes de la part de mes patrons. J’ai eu à faire plusieurs travaux où j’étais plus utilisé que rémunérés», a-t-il confié. Le jeune garçon a soutenu que le travail qu’il fait lui convient certes mais s’il avait le choix de retourner à l’école, il le ferait sans hésitation.

Beaucoup d’enfants dans la ville de Niamey, sont victimes d’exploitation économique soit par des tierces personnes ou par leurs propres parents. Pourtant de nombreuses lois interdisant le travail des enfants. Malheureusement, c’est cet abandon qui expose les enfants à diverses tentations pouvant les conduire à des pratiques dangereuses comme le vol, la toxicomanie et bien d’autres maux qui sont des contre valeurs pour notre société.

 

 Rahila Tagou(onep)

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