Lettre au “président de la République” : Monsieur le “Président” Sauf votre respect, votre bilan sera lourd à porter et vos compatriotes ne peuvent souhaiter qu’une seule chose : que votre successeur ne soit aucun de ceux sui sont dans les plis de votre..

Lettre au “président de la République” : Monsieur le “Président” Sauf votre respect, votre bilan sera lourd à porter et vos compatriotes ne peuvent souhaiter qu’une seule chose : que votre successeur ne soit aucun de ceux sui sont dans les plis de votre cMonsieur le “Président” Sauf votre respect, votre bilan sera lourd à porter et vos compatriotes ne peuvent souhaiter qu’une seule chose : que votre successeur ne soit aucun de ceux sui sont dans les plis de votre coeur.  
Bien que vous ayez tout votre esprit caporalisé par cet assassinat barbare de six Français dans la commune rurale de Kouré, je me permettrai tout de même de vous parler de démocratie, de processus électoral, mais aussi d’institutions internationales telles que la Cedeao, l’Oif et l’Union africaine. Vous aurez sans doute remarqué que je n’ai pas fait mention de nos deux compatriotes qui ont été également assassinés en même temps que les six humanitaires français de l’ONG ACTED. C’est à dessein. Sachant que vous n’avez pas fait montre d’une si grande préoccupation, par le passé, devant les pires attaques meurtrières contre les Forces de défense et de sécurité nigériennes, je me suis dit qu’il n’est guère nécessaire, dans cette lettre qui vous est destinée, de faire cas des deux victimes nigériennes. Je me souviens encore de toutes ces attaques, à Karamga, à Bilbabirim, Gueskerou, à Ouallam, à Mangaïzé, à Inatès, Chinagoder, etc., où des soldats ont été pratiquement massacrés sans que vous daigniez annuler vos déplacements ou les écourter dans certains cas. Le cas le plus récent est celui d’Inatès qui vous a trouvé en Egypte, précisément à Assouan, dans le cadre de la conférence sur la paix, la sécurité et le développement. C’était en décembre 2019. Vous aviez quitté Niamey en début d’après-midi du mardi 10 décembre 2019 et la même nuit du 10 décembre, le poste militaire d’Inatès a été attaqué avec un bilan très lourd : 71 militaires tués selon le bilan officiel. Malgré la gravité de la situation, vous êtes resté à Assouan où vous avez eu le coeur de prendre sereinement part, le mercredi 11 décembre, à la cérémonie d’ouverture de la conférence ainsi qu’à un panel de haut niveau sur le thème « L’Afrique que nous voulons : pérenniser la paix, la sécurité et le développement ». Vous avez même eu un entretien avec le président égyptien, président en exercice de l’Union africaine. Ce n’est qu’après que vous avez regagné Niamey, sous la propagande que vous avez écourté votre séjour à Assouan pour revenir au pays.

Ce sont ces souvenirs qui me fondent à ne pas vous faire mention de nos deux compatriotes morts dans cette attaque de Kouré. Si 10, 20, 30, voire 70 ne vous ont pas fait pleurer, pourquoi deux le feraient ? Bref, malgré la situation que vous gérez et qui n’est pas de tout repos pour vous, six Français ayant été tués froidement aux encablures de Niamey, je me hasarderai à vous parler d’autre chose que de cette affaire. Je sais combien vous êtes emmerdé, mais je crois devoir vous parler d’autres sujets en laissant le soin aux spécialistes de démêler cette affaire embarrassante.

Monsieur le “Président”

Je vous avais déjà dit avoir l’impression que tout s’écroule sous vos pieds. Vos compatriotes découvriront, un jour, j’en fais le pari, votre vrai bilan à la tête de l’Etat. Je ne pousserais pas les choses jusqu’à dire que vous n’avez ni bilan ni avenir. Mais, je reste convaincu que votre bilan est négatif. Vous n’avez pas rendu service à ce pays qui vous a tout donné. Le niveau d’endettement en particulier me paraît critique. Vous n’aurez pas toujours la possibilité de couvrir de voile noir la situation réelle du pays. Si c’est cette volonté qui vous pousse à faire tout pour que Mohamed Bazoum ou Djibo Salou devienne votre successeur, vous perdez votre temps et votre énergie. Aucun de ces hommes n’a aucun intérêt, une fois au pouvoir, de couvrir ce que vous avez fait des ressources du pays, principalement le pétrole. Aucun des deux n’a non plus intérêt à s’asseoir sur un tas d’immondices et espérer gouverner. Vous êtes, je crois, pris à la gorge, étant entendu qu’aucun de vos choix ne vous mettra à l’abri de ce que vos compatriotes doivent savoir. Quoi qu’il en soit, ce ne sera pas à vous de choisir votre successeur. Quoi que vous fassiez, ditesvous bien que demain ne vous appartient pas. Les voies de Dieu sont impénétrables.

Monsieur le “Président”

Vos compatriotes sont loin d’imaginer le gouffre financier dans lequel baigne leur pays. Moi, également, je suis un novice la chose mais j’ai un oeil. J’ai remarqué une régularité impressionnante avec laquelle vous avez levé des fonds sur le marché financier de l’Uemoa, contracté des emprunts obligataires, fait des émissions de bons de trésor, etc.

Le 30 juillet 2020, le Niger, nous apprend-on, lève avec succès 110 milliards de francs CFA sur le marché régional. Un emprunt obligataire dénommé « TPNE 6,50% 2020-2027 » destinés à financer des investissements prévus au budget 2020. Le coupon de 6,50% proposé par l’Etat du Niger et rattaché à cette émission obligataire a clairement été jugé attractif par les investisseurs du marché.

Le 25 juin 2020, le Niger lève, dit-on, un montant de 26 500 milliards de francs CFA sur le marché financier de l’Uemoa au terme d’une émission par adjudication de bons assimilables du trésor (BAT) à 364 jours. Cette levée de fonds, indique-t-on, répond au souci des autorités nigériennes d’assurer la couverture des besoins de financement du budget de l’Etat. Pour le mois de juin 2020, les besoins de financement exprimés par l’Etat du Niger s’élèvent à 50 milliards de francs CFA, essentiellement sous forme de BAT. Selon l’agence UEMOA-titres, le remboursement des bons émis est prévu le premier jour ouvré suivant la date d’échéance fixée au 24 juin 2021. En revanche, les intérêts sont payables d’avance et précomptés sur la valeur nominale des bons qui est d’un million de francs CFA.

Le 14 février 2020, le Niger, informe-t-on, a réussi une levée de 16,5 milliards de francs CFA sur une maturité de 7 ans sur le marché des titres publics de l’Uemoa à un coût moyen de 6,56%. C’est à l’issue d’obligations assimilables du trésor (OAT) pour un montant initial de 15 milliards de francs CFA.

Selon le calendrier des émissions des titres publics rendu disponible par l’agence UEMOATitres, c’est un montant total de 465 milliards de francs CFA réparti en bons assimilables du Trésor (290 milliards FCFA) et en obligations assimilables du Trésor (175 milliards de FCFA) que le Niger entend lever sur le marché des titres publics de l’Uemoa au cours de l’année 2020. Le 13 mars 2020, le Niger lève avec succès 22 milliards de francs CFA sur le marché des titres de l’Uemoa, avec un taux de 6,15%.

Monsieur le “Président”

Ce sont là quelques informations qui tendent à dire que le Niger baigne dans une marre de dettes indescriptibles. L’Etat, visiblement, fonctionne à coups de perfusions financières de ce genre et le budget de l’Etat, il me semble, est bâti sur ces mécanismes pernicieux dont un gouvernement sérieux ne saurait abuser. On ne parle pas des prêts bilatéraux, multilatéraux, de la dette intérieure sur laquelle vous n’avez jamais édifié vos compatriotes. Sachez que les statistiques existent sur l’état financier du pays lorsque vous êtes arrivé aux commandes de l’Etat. Je vous en avais parlé et il ne me semble guère utile de revenir sur le sujet.

Monsieur le “Président”

J’ai promis de vous parler de démocratie, de processus électoral, mais aussi d’institutions internationales telles que la Cedeao, l’Oif et l’Union africaine. Mais, je m’interrogeai tellement sur le niveau d’endettement du pays sous votre règne que j’ai perdu de vue les autres questions. Le processus électoral, vous le savez, est biaisé et les dénonciations de l’opposition politique à propos de la Cour constitutionnelle, de la Commission électorale nationale indépendante (Ceni) et de la Direction de l’informatique et du fichier électoral biométrique (Difeb) sont indiscutables. Je vous ai entendu, comme vous l’avez fait en 2016 avant que le hold-up électoral ne vienne vous démentir, rendre hommage à ce processus électoral et à ceux qui l’animent. Evidemment, il ne saurait en être autrement et je vous comprends. Avant ce discours à la nation du 2 août, j’ai appris que vous avez demandé à l’Oif, à l’Union africaine et à la Cedeao d’auditer le fichier électoral afin de faire la preuve que tout est clean. Pourquoi, si vous tenez à donner la garantir que tout est clean, vous ne demanderiez pas aux mêmes organisations d’auditer plutôt la Ceni, la Cour constitutionnelle et la Difeb.

Monsieur le “Président”

Sauf votre respect, votre bilan sera lourd à porter et vos compatriotes ne peuvent souhaiter qu’une seule chose : que votre successeur ne soit aucun de ceux sui sont dans les plis de votre coeur.

Mallami Boucar

 

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