Lettre au “président de la République” Mallami Boucar Monsieur le “Président” Balayez chez vous d’abord et c’est urgent. Le danger contre la République, la démocratie et la justice, c’est la malgouvernance, pas l’armée

Lettre au “président de la République” Mallami Boucar Monsieur le “Président” Balayez chez vous d’abord et c’est urgent. Le danger contre la République, la démocratie et la justice, c’est la malgouvernance, pas l’armée. Occupez-vous à bien faire et vous verrez si l’Afrique ne dirait pas adieu aux coups d’Etat.

J’ai appris que vous avez finalement quitté Niamey pour un voyage au Ghana, précisément à Accra pour participer au tout premier sommet de la Cedeao, ère Nana- Akufo Ado. Une ère probablement différente de la votre, faite de rigidité et de rigorisme mal placés vis-à-vis de la junte militaire malienne dont l’acte n’est pas, vous le savez, plus antirépublicain que ce que vos compatriotes vivent sous votre gouvernance. Je ne sais pas combien de temps vous resterez à Accra, mais j’imagine que vous y êtes allé pour marteler encore vos positions, que vos compatriotes trouvent alambiquées, contre la junte militaire malienne et essayer, pour une ultime fois, d’influer sur le cours de l’histoire. J’imagine que votre déplacement en terre ghanéenne est pour vous une sorte de baroud d’honneur que vous entendez mener sans aucune perspective de victoire. La Cedeao doit revoir sa copie et essayer de sauver ce qui peut l’être de sa crédibilité. À partir du moment où vous n’avez pas été suivi dans l’exigence d’une réinstallation d’Ibrahim Boucbacar Keita au pouvoir, éventualité que l’intéressé lui-même a écartée en vous remerciant pour ce soutien, j’ai pensé personnellement que vous allez comprendre la musique et changer de pas de danse. Hélas, vous avez poursuivi dans la même lancée au point où vous avez réussi à braquer l’opinion nationale malienne contre vous, le chef de l’Etat nigérien qui est accusé de cherche à ramener le Mali dans une situation à laquelle les Maliens sont très heureux d’avoir mis un terme.

Monsieur le “Président”

Votre homologue du Ghana qui a pris le relais de vos mains a tout de suite montré qu’il n’est pas d’avis avec vous sur le Mali. Vous n’avez visiblement pas la même perception de la situation du Mali, encore moins la même approche. À votre dureté et votre rudesse, Nana-Akufo compte, selon toute vraisemblance, opposer une nouvelle façon de faire. Ibrahim Boubacar Keita, vous devez le comprendre, est désormais de l’histoire. Vouloir ressusciter le passé est un exercice utopique. Il faut plutôt envisager l’avenir sous les meilleurs auspices pour le Mali en mettant en avant les intérêts du peuple malien, pas d’un régime à jamais révolu.

Et comme, rendre les choses difficiles à la junte militaire malienne n’aura pas d’autre incidence que d’éprouver le peuple malien, il est sans doute réaliste et indiqué, si c’est l’intérêt du Mali qui est vraiment primordial, d’oublier définitivement Ibrahim Boubacar Keita et son système pour accompagner ce pays frère et ami dans sa quête pour une meilleure gouvernance. La même quête du peuple nigérien et pour la réalisation de laquelle, vous le savez, vos compatriotes donneraient tout.

Monsieur le “Président”

Laissez le Mali tranquille et occupez-vous du Niger, votre pays, qui se dirige, si nous ne faisons attention, vers des rivages encore plus critiques que ceux que le Mali a connus. Laissez le Mali tranquille et balayez plutôt à votre porte afin d’éviter à votre pays, le pire. Nous nous acheminons vers des élections dont le processus est biaisé, truqué sur toute la ligne avec des membres d’un parti politique, le Pnds, Tarayya, ainsi que des gens qui vous sont très proches à la commission électorale, à la Cour constitutionnelle, à la direction de l’informatique et du fichier électoral biométrique. Leur parti pris est incontestable et vous n’avez rien fait à ce jour pour faire en sorte que le Niger aille à des élections dont les conditions d’organisation et les structures chargées de cette mission sont acceptées par toutes les parties.

Le Niger va aller à des élections t le contrat avec l’opérateur chargé du fichier électoral biométrique reste secret à ce jour, car comportant probablement des aspects que vous ne voulez pas que vos compatriotes sachent. Ce contrat est pourtant payé par l’argent du contribuable nigérien. Sur ce sujet, également, vous n’avez rien fait pour le rendre public et apaiser les esprits quant au caractère irréprochable dudit contrat.

Le Niger va aller à des élections avec une loi électorale qui a été élaborée pour éliminer, précisément, le candidat que vous redoutez le plus, je veux parler du chef de file de l’opposition, Hama Amadou et vous savez bien que des partisans, à l’heure actuelle, il en compte des millions à travers tout le Niger. Ceux-là ne sont pas d’accord que leur candidat, celui en qui ils placent leur confiance, ne soit pas non-partant du fait du bon vouloir de gouvernants qui traînent avec eux les pires scandales de la gestion des affaires publiques mais qui veulent utiliser la loi pour continuer à se maintenir au pouvoir. Là, également, vous n’avez rien fait, absolument rien, pour éviter la germination d’un conflit électoral que tout le monde pressent.

Le Niger va aller à des élections que vous avez promises irréprochables pour une transition démocratique historique depuis plus d’un quart de siècle, mais vos actes ont méticuleusement construit et préparé tout autre chose.

Monsieur le “Président”

Vous avez beaucoup à balayer chez vous, pour être dans la position de faire des leçons à d’autres. Malheureusement, vous n’êtes pas seul. Il y a bien, dans cette aventure malienne où vous vous êtes lancé, Alpha Condé de Guinée et Alassane Dramane Ouattara de Côte d’Ivoire qui, eux, sont décidés carrément à postuler à un troisième mandat. Un mandat de trop, un mandat illégal rendu possible par des moyens frauduleux. Et pourtant, malgré le caractère flagrant de leurs actes, vous n’avez pas daigné, ne serait-ce que pour sauver la face, déclarer ouvertement que vos homologues guinéen et ivoirien ont posé, là, un acte qui discrédite votre organisation. Pour convaincre, il vous aurait fallu d’abord donner l’exemple, chez vous, et en tenant un langage de vérité face aux cas guinéen et ivoirien qui sont pire que des coups d’Etat militaire. Il n’y a pas, je le crois sincèrement, meilleur service à rendre à son peuple que de déposer par les armes un président qui n’hésite pas à violer les lois et règlements de son pays, à détourner l’argent public et à s’y rendre complice ou à faire changer de constitution pour se maintenir au pouvoir.

Monsieur le “Président”

Est-ce sérieux de réclamer des autres ce que vous ne faites pas chez vous ? J’ai eu vent de ce que vous avez, à nouveau, arrêté, à Accra. Vous avez, paraît-il, exiger une présidence civile, la libération sans condition des personnalités politiques détenues de manière extrajudiciaire et le retour à l’ordre constitutionnel. Est-ce vrai, ça ? Je m’interroge et vous interpelle parce que j’imagine mal que vous vous associez à de telles décisions, même si par ailleurs je vous sais dès le départ intraitable sur la question. Je trouve ça, tragique, que vous défendiez notamment l’exigence d’une libération sans condition des personnalités politiques détenues de manière extrajudiciaire. La junte militaire malienne ignore sans doute que des compatriotes, civils et militaires, croupissent dans les prisons nigériennes de façon extrajudiciaire. Elle ignore sans doute qu’un certain Bakary Saïdou est en prison depuis près de cinq ans sans jugement. Elle ignore sans doute que Bakary Saïdou est même innocenté par l’enquête de gendarmerie diligentée à la demande du procureur de la République et que tous les juges qui ont eu connaissance du dossier disent que Bakary Saïdou est un prisonnier politique.

La junte militaire ignore sans doute que des officiers militaires sont incarcérés depuis de longs mois sans que les intéressés sachent pour le moins du monde les griefs précis qui sont retenus contre eux par la justice.

Monsieur le “Président”

Balayez chez vous d’abord et c’est urgent. Le danger contre la République, la démocratie et la justice, c’est la malgouvernance, pas l’armée. Occupez-vous à bien faire et vous verrez si l’Afrique ne dirait pas adieu aux coups d’Etat.

Mallami Boucar

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