Lettre au “président de la République” Monsieur le “Président” Vous savez, vos compatriotes sont tolérants, mais de là à sacrifier leur amour de la vérité et de la justice, il y a un abîme que vous ne devez pas essayer d’enjamber

J’ai appris avec quelle intelligence la junte militaire malienne a finalement déjoué votre intransigeance d’avoir une personnalité civile à la tête de la transition. À malin, malin et demi, dit-on. Je comprends que vous puissiez être furieux en comprenant ce subterfuge qui ne vous laisse, hélas, aucune parade. Je considère, et tout le monde en convient, que vous allez désormais coller la paix à la junte militaire et au peuple du Mali afin qu’ensemble, les filles et les fils de ce pays frère et ami mettent ensemble, leur intelligence et leurs efforts, à reconstruire leur pays, en posant les jalons d’une autre gouvernance que celle, désastreuse d’Ibrahim Boubacar Keita. Avec votre permission, j’enlève le chapeau au colonel Assimi Goïta et à ses frères d’armes en déjouant votre intolérance aveugle. J’imagine que vous n’avez pas prévu cette possibilité imparable qui est offerte à la junte militaire. Bref, j’espère que vous allez souffrir, cette fois-ci, que l’embargo soit levé. Ba Ndao, ce colonel-major à la retraite, répoond parfaitement à votre exigence, mais il reste, bien entendu, militaire dans l’âme.

Monsieur le “Président”

Parlons plutôt de notre pays où, vous le savez, les choses semblent s’accélérer, même si certains de vos compatriotes estiment que vous continuez à vous assoupir alors que vous êtes de plus en plus interpellé sur le processus électoral. En attendant que je rappelle, à nouveau, à votre bon souvenir les graves échéances vers lesquelles nous nous acheminons, je voudrais vous féliciter d’avoir enfin trouvé le sommeil avec cette sombre histoire de tuerie de huit personnes, dont six humanitaires français, à Kouré. Mes félicitations, car j’ai appris que finalement, le groupe Etat islamique a revendiqué les faits. C’est curieux que cela ait pris tant de temps, mais l’essentiel est que les Français devraient, en principe, regarder ailleurs que vers Niamey où, selon des informations de police, les ...envoyés à Niamey pour enquêter ont la certitude que les tueurs seraient venus plutôt de Niamey que de l’extérieur. Je me suis dit : « qu’est-ce qu’ils veulent ainsi insinuer, ces Français ? ». Mais, bon, puisqu’ils ont désormais des pistes sérieuses et qu’elles mènent vers des individus qui ont de belles raisons, paraît- il, d’en vouloir aux Français. Barka, vraiment ! Car, comme je l’ai appris dans la région de Tahoua où j’étais, il y a quelques jours, c’est cette sale affaire qui vous a gâché vos vacances annuelles. Vous n’avez pas pu aller à Dandadji où, pourtant, tout a été préparé et mis en place, y compris la garde présidentielle, pour vous accueillir. Ah, ces Français, ils savent tout de même être chiants lorsqu’ils le décident. À présent qu’ils savent vers où scruter, je présume que vous allez pouvoir rattraper ces vacances perdues, ne serait-ce qu’en faisant un aller- retour Niamey-Dandadji-Niamey en trois jours.

Monsieur le “Président”

La deuxième chose dont je tiens à vous parler, c’est cette autre sale affaire qui vous étouffe au plus haut point et qui semble rebondir, avec plein de détails aussi originaux que bouleversants. Je veux précisément parler du scandale des détournements des fonds de l’armée qui revient à la Une des sujets qui font le débat public, dans notre pays. J’ai ainsi appris, entre autres, qu’à propos des fusils AK47, des sources crédibles, sans doute au courant des moindres détails de ce sale dossier, indiquent que dès le départ, le fournisseur savait que c’est un vieux stock qui lui a été présenté, mais qu’il a fait fi de ça pour livrer des fusils défectueux à l’ramée nigérienne. Le comble de l’ignominie, c’est que ce sont ces fusils qui ont été peints et exhibés lors du défilé militaire marquant la fête tournante du 18 décembre, à Tillabéry, en 2019. Ça fait froid dans le dos, n’est-ce pas, de découvrir que des Nigériens aient pu décider de fournir à des soldats nigériens en contexte de guerre, des fusils défectueux et que cela ait été fait, au nez et à la barbe, d’officiers supérieurs de l’armée.

Monsieur le “Président”

J’ai également appris que le général Boulama Issa, à l’époque chef d’Etat-major de l’armée de l’air, a signé à la place du ministre de la Défense nationale des “end users”, ces documents officiels par lesquels un Etat déclare être le destinataire final d’une commande d’armements. Pourtant, il n’y aurait nulle part trace des armes sur lesquelles portent ces “end users”. Je profite de l’occasion pour vous dire que la solution pour laquelle vous avez optée, dans cette affaire qui nuit gravement et à tous points de vue, aux intérêts du Niger, ne rend service ni à l’Etat, ni aux mis en cause. Pour moi, c’est comme si vous les avez mis en sursis et que leur semblant d’impunité dans cette affaire ne durera que la fin de votre séjour à la tête de l’Etat. La justice, qui va sans aucun doute recouvrer sa liberté après vous, se fera le devoir de ses réconcilier avec le peuple nigérien en déterrant ce dossier et à demander des comptes à tous ceux qui y sont cités. Vous leur avez octroyé une couverture bien épaisse, mais cela ne leur empêchera de grelotter aux grands froids.

Monsieur le “Président”

J’ai envisagé, au début de cette lettre, de vous parler du processus électoral puisque j’ai eu l’occasion d’écouter quelques bribes de la conférence de presse animée par Hama Amadou, le chef de file de l’opposition. J’ai été édifié, au moins, sur une certitude. Si les conditions actuelles d’organisation des élections sont maintenues, malgré les périls graves auxquels elles exposent notre pays, la paix sociale et la stabilité seront compromises. J’ai surtout lu le propos synthétique et fidèle de l’état d’esprit qui prévaut chez les Nigériens et que Hama Amadou a explicité de long en large. Bana Ibrahim, ce brave garçon dont on ne peut douter de l’intelligence et de l’amour qu’il porte pour son pays, a écrit ceci que j’ai tenu à vous rapporter. « Si votre volonté est d’utiliser les institutions de la République pour tenter d’empêcher la candidature de votre adversaire et imposer celle d’un Nigérien téléporté, employer les moyens de l’Etat pour battre campagne et acheter les consciences ; utiliser la Ceni pour confisquer le suffrage du peuple ; vous appuyer sur la Cour constitutionnelle pour valider la fraude électorale, alors, oui, ce qui s’est passé au Mali se passera aussi, ici, ce n’est pas une menace, c’est une promesse ». Voilà, si j’ai tenu à vous rapporter ce propos, c’est pour déclencher en vous le sursaut nécessaire afin que vous compreniez dans quelle direction vous menez notre pays. Demain, vous ne prétendrez pas que vous ne saviez pas que la Ceni, la Cour constitutionnelle et leurs appendices sont loin, très loj , de garantir des élections apaisées et démocratiques. Ce qui me déconcerte, c’est que vous restez de marbre malgré les menaces que cela fait peser sur la paix sociale et la stabilité politique du Niger. Ne vous laissez pas ronger par l’orgueil, encore moins par des desseins tordus qui n’ont aucune chance de prospérer. Vous savez, vos compatriotes sont tolérants, mais de là à sacrifier leur amour de la vérité et de la justice, il y a un abîme que vous ne devez pas essayer d’enjamber.

Mallami Boucar

 

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