Amères vérités : Avec les conditions et les organes actuels d’organisation des élections, Issoufou Mahamadou ne prépare par une transition démocratique, mais un chaos démocratique, politique et social

Il faut se dire la vérité, soit-elle amère. Tous les spécialistes du droit non partisans le disent : il n’y a aucune raison pour que Hama Amadou ne soit pas électeur et éligible. Or, l’intention du régime en place est plus que connue puisque l’intéressé a déjà subi une première injustice : il n’a pas été enrôlé sur les listes électorales. C’est une violation de ses droits civiques et politiques, autrement une violation de la Constitution. Il est bien vrai que la violation de la loi fondamentale est la tasse de thé de ce régime qui l’a violée, on ne sait plus combien de fois déjà. Il est bien vrai que le Président Issoufou Mahamadou est le grand champion dans cette violation de la Constitution au point où, si l’on doit énumérer combien de fois il l’a fait, il ne saurait supporter le poids de ses «pêchés» constitutionnels. Il est bien vrai que, habitués à violer la Constitution pour avancer selon leurs desiderata, les autorités actuelles du Niger bénéficient, en dehors du Niger, d’un large réseau de complicités tendant à entretenir l’idée, totalement fausse bien entendu, que la démocratie, au Niger, serait un exemple et que bientôt, les Nigériens vivraient, oh micmac «issoufien», la toute première alternance démocratique. Une parfaite illusion !

Dans la réalité, tout le monde, dans ce pays, le sait, y compris les institutions internationales-témoins, que les élections prochaines sont d’avance plombées dans leur organisation et qu’Issoufou Mahamadou mène le Niger vers tout, sauf des élections crédibles et apaisées, gage d’alternance démocratique. Il y a des vérités qui ne souffrent d’aucun doute et tous les Nigériens qui veulent le meilleur pour leur pays, tous les amis du Niger qui veulent du bien pour notre pays, doivent l’admettre et chercher les solutions des problèmes posés là où il sied de le faire. C’est auprès d’Issoufou Mahamadou et non des structures fantoches telle que la Ceni. Pour preuve, c’est bien lui qui a imposé à la Ceni la date du 13 comme date de tenue des élections locales.

Premièrement, tout le monde sait que le Président Issoufou Mahamadou porte la responsabilité de tout ce qui a été goupillé dans le cadre de ce processus électoral qui risque d’emporter la fragile stabilité du Niger. Ses partisans ont préparé un code électoral taillé sur mesure, dénoncé et contesté par une large partie de la classe politique et de la société civile, mais il a refusé d’arbitrer afin d’amener les parties à un code électoral consensuel. Au contraire, en désignant lui-même le candidat du Pnds Tareyya, il a tenu à prouver qu’il a un parti pris et qu’il ne s’en cache pas du tout. Il viole ainsi la Constitution, pour une nième fois. Deuxièmement, tout le monde sait que c’est sous les auspices du National Democratic Institut (Ndi), que la classe politique nigérienne, à l’unanimité, s’est entendue pour porter à trois ans, la peine qui vaut exclusion des listes électorales et inéligibilité. Que ce texte initial du code électoral a été trituré pour porter la durée de la condamnation à un an plutôt que trois ans après que le juge ait rejeté la demande expresse du procureur de la République (la voix de son maître) requérant trois ans d’emprisonnement et cinq ans d’inéligibilité à l’endroit de Hama Amadou.

Et pourtant, même le Ndi, qui a prétendu vouloir jouer les bons offices pour un processus électoral inclusif, apaisé et transparent, n’a pas osé témoigner sur cette vérité qu’elle connaît pour l’avoir parrainée. Elle s’est d’ailleurs éclipsée depuis sa dernière tentative de chercher midi à 14 heures. Pour le pouvoir, c’est un encouragement et un soutien tacite à tout ce qu’il tente de faire pour se maintenir au pouvoir.

Quant à Issoufou Mahamadou, il n’a rien fait pour que le code électoral soit consensuel. Il a même, par son refus de cautionner et de parrainer le dialogue national inclusif, créer les conditions d’une impossibilité d’entente entre les blocs politiques et les Nigériens dans leur ensemble, sur le processus électoral. Troisièmement, Issoufou Mahamadou prétend jouer la carte de la transition démocratique et dans ce registre, il se fait lui-même la publicité dans les instances internationales, chantant à volonté qu’il ne se présente pas à un troisième mandat. Pour lui, il s’agit là d’un mérite et c’en est vraiment un puisque, pour une fois, il a décidé de ne pas violer la Constitution. Laissons-lui, donc, son «mérite».

Le problème, c’est que dans ce système électoral monstrueux qui a été mis en place avec son consentement et son soutien, il a affiché son intention, claire, d’enfermer les Nigériens dans une logique du genre « si tu veux X, tu prends Y ; si tu ne veux pas de Y, tu prends quandmême Y », une sorte de choix fermé sur une seule et unique possibilité. Le Code électoral, le contrat avec Gemalto, la Ceni, la Cour constitutionnelle, constituent l’arsenal mis en place, avec le plein consentement d’Issoufou Mahamadou qui a depuis longtemps tourné le dos — s’il l’a jamais tenu une seule fois — à son rôle constitutionnel d’arbitre et de garant de l’unité nationale, de la stabilité et de la paix sociale. Les conditions, autant que les organes chargés de l’organisation des prochaines élections, ne garantissent pas la transition démocratique, mais plutôt le chaos démocratique, social et politique au Niger.

Ceux qui prétendent agir pour le bien du Niger savent tous qu’Issoufou Mahamadou n’a jamais respecté son rôle et ses obligations constitutionnelles afin de mettre le Niger à l’abri d’une crise électorale. Il veut, à travers l’arsenal mis en place, s’assurer que celui qui lui succédera soit quelqu’un en mesure d’assurer ses arrières afin que les Nigériens ne découvrent pas la face hideuse de sa gouvernance. On en sait déjà beaucoup, mais ce que l’on sait ne représente sans doute que la face immergée de l’Iceberg. Faut-il en définitive croire que le Niger est conduit vers des récifs, avec un froid cynisme qui fait froid dans le dos ?

La duplicité de la politique «issoufienne» est d’un machiavélisme hors du commun. Cependant, il ne trompe personne. Il n’a que des complicités qui travaillent, en vain, à le hisser, malgré toutes ses casseroles et le mal fait au Niger, au rang de grand homme d’Etat respectueux de sa parole donnée. Quelle parole ? Tout le monde sait ce qu’Issoufou Mahamadou a déclaré de façon solennelle, le 2 août 2015, dans son message à la nation, que, je cite : « Je mettrai un point d’honneur à contribuer à l’expression libre des suffrages du peuple nigérien et à l’organisation d’élections inclusives et à ne cautionner l’organisation d’élections tropicalisées pour ne pas dire truquées…. Je considérerai des élections mal organisées comme un échec personnel et je ne serai jamais à la base d’un travestissement de l’expression de la volonté populaire ».

Et voici ce qu’il en a résulté : un grossier HOLD-UP ÉLECTORAL qui lui a octroyé 92,51% des voix. Il n’a tiré aucune conséquence comme il l’avait promis. Au contraire, il s’est glorifié de ce score électoral qu’il sait avoir été fabriqué. Issoufou Mahamadou ne peut, donc, convaincre que ceux qui sont dans son jeu.

Issoufou Mahamadou a fabriqué une bombe à retardement électorale et politique et fait croire au monde entier qu’il mérite tous les honneurs au plan de la gouvernance démocratique. La crise électorale qui profile à l’horizon est de son entière responsabilité. Il ne peut ni se dédouaner par des discours creux, ni avoir des excuses dans ce qui risque d’arriver au Niger. De toute façon, il ne montre aucune volonté de prévenir cette crise électorale.

Bonkano

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