Partir au bout de deux mandats, c’est la règle

Le président de la République a, à l’occasion de la 75ème session de l’Assemblée générale des Nations unies, réitéré son engagement de se retirer à l’issue de son second et dernier mandat. Aucune raison objective ne permet de douter de la sincérité de l’annonce. D’autant plus que c’est la loi fondamentale qui l’exige. C’est la règle et non l’exception. Par conséquent, il n’y a pas matière à tresser des lauriers. Si l’on se réfère à l’histoire récente du Niger et à ce qui se passe dans le voisinage, il est, non pas de douter, mais de se poser des questions. Le Président Tanja avait dit que si la table est desservie, on part. Pourtant, cela ne l’a pas empêché de s’offrir une nouvelle constitution et un bonus de trois ans. À coté de nous, en Côte d’Ivoire, le Président Ouattara est revenu sur sa décision de ne pas briguer un troisième mandat après le décès du candidat coopté, Gon Coulibaly.

Pour toutes ces raisons, il est légitime de se demander si le départ après deux mandats et la transmission pacifique du pouvoir suffisent pour obtenir un certificat de bonne gouvernance? Sont-ils le gage d’un exercice démocratique réussi ? La lecture d’un article intitulé ‘’après les coups d’états militaires, l’Union Africaine à l’épreuve des coups d’états civils’’ permet de se faire une idée de ce qui aurait pu être la bonne gouvernance. Cette tribune, publiée en juillet 2016 par Ahmedou Ould Abdallah, un diplomate mauritanien et ancien secrétaire général adjoint de l’ONU, s’adresse en priorité aux chefs d’État de l’Union africaine qui devaient se réunir au cours du même mois à Kigali. Et actualiser leur position sur l’alternance politique et le transfert pacifique du pouvoir. Pour le diplomate mauritanien, ce qui empêche l’alternance et le transfert pacifique du pouvoir, c’est la « mauvaise gouvernance enrobée d’arrogance. » Elle se « manifeste par l’exclusion ethnique ou sociale et une corruption endémique. Enfin, les trafics, en particulier de drogue, et la masse d’argent véhiculée, pervertissent les systèmes politiques. » Le Niger est depuis dix ans un cas d’école. Point besoin de revenir sur les critères de nomination dans l’administration publique; les critères d’octroi des marchés publics; les cas de corruption; le trafic de drogue. Les verrouillages de l’espace politique sont aussi un frein au transfert pacifique du pouvoir. « Des verrouillages qui fossilisent les systèmes politiques, marginalisent les partis et déstabilisent le secteur privé national et étranger. » À cela, il convient d’ajouter les parodies d’élections, les tripatouillages des élections pour perpétuer le pouvoir d’un homme ou de son clan avec la cooptation du successeur. Tout cela constitue aussi un coup d’état civil tout comme les amendements constitutionnels.

MODIBO

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