Pillage des ressources de l’État : Issoufou Mahamadou, un homme trahi par les siens ?

Issoufou Mahamadou, celui-là même que la presse appelait l’Opposant charismatique, a pu finalement, à la faveur du coup d’Etat de Djibo Salou de 18 février 2010 contre le ‘’Tazartché’’ de trois (3) ans de bonus du président Mamadou Tandja, accéder au pouvoir en 2011. Et le peuple avait beaucoup espéré, espéré un grand changement, dans les mentalités et dans les actes, de grandes avancées politiques et économiques. Bluff. Le désenchantement est immense : le socialisme, comme les indépendances, a déçu. Les Nigériens pouvaient donc voir l’homme qui brillait tant à diriger le pays et à apprécier la gouvernance dont il est capable pour communier avec les Nigériens, pour reconstruire le pays, pour consolider la démocratie et la justice dans un pays qui en avait grandement besoin. Le maçon, diton, ne se reconnait qu’au pied du mur. Et on l’a vu. Dans le fait, notamment à travers ses discours, l’homme était plein d’ambitions pour le pays. Et souvent les Nigériens avaient cru à sa parole. Mais la parole avait trompé sur l’homme, sur le maçon. Alors que tous les présidents pouvaient rester discrets pour agir en silence, le nôtre aimait discourir, intervenant partout et toujours sur les médias, parlant et parlant, poussé par une confiance énorme dans le verbe, pendant que l’on attendait de voir du concret, du visible, pas ces réalisations fantaisistes d’un pays qui est la lanterne rouge du monde : échangeurs, hôtels, fleurs sur les carrefours. Le socialisme oubliait l’humain pour investir dans le superfétatoire, le béton et dans le luxe des fêtes, des grandes rencontres pour lesquelles le Niger, dernier pays de la planète, se flatte curieusement d’être la plaque tournante, oubliant ses vrais défis, ses vraies urgences, sacrifiés sur l’autel de la brillance, de la vanité. Il oubliait l’école, notre santé. Il abandonnait le monde rural vers lequel il n’est plus allé, depuis qu’en 2011, il découvrit la luxure de la vie princière. Il mettait en pause l’électrification rurale. Même le réseau routier agrandi a été inégalement réparti sur le territoire, concentré sur une zone quand de grandes routes économiques, très délabrées, restaient pendant dix ans, dans un état piteux. Et l’homme continue à parler, s’éloignant du peuple et de ses attentes légitimes. Même les restrictions liées à la gestion de la pandémie du Covid-19 ne l’auront pas permis d’observer une trêve, et on pouvait continuer à l’entendre discourir, sans arrêt, profitant de visioconférences, nouvelle mode qu’il semble affectionner pour continuer à palabrer.

Pourtant en 2011, quand le Pnds accédait au pouvoir, faut-il le rappeler, les espoirs étaient immenses, fondés. L’homme qui avait dit que tous ceux qui avaient passé à la tête de l’Etat étaient nuls, arrivait au pouvoir, et pouvait montrer qu’il serait le meilleur. Chiche. Hama Amadou et le Moden-Fa Lumana surtout, pour leur plus grand malheur, avaient aidé sans remord, à l’ascension du socialisme, car tous pouvaient croire qu’il serait vraiment capable du meilleur. On pouvait tout voir sauf l’image qu’il projetait de lui-même. Mais à quelque chose malheur est bon dit-on, car finalement, sans propagande, les Nigériens pouvaient comprendre, par les actes posés en dix années de gouvernance, ce qu’est le socialisme sous nos tropiques, un monstre hideux, mais surtout l’écart qu’on peut voir entre un homme et ses discours, entre un homme et ses promesses.

Pour réussir un projet de société, le discours ne suffit pas, encore faut-il avoir les ouvriers rompus à la tâche, des hommes et des femmes capables de faire face aux défis, de gérer de manière désintéressée pour apporter les réponses appropriées aux urgences d’un pays retardé par une démocratie mal négociée par son élite qui s’est embourbée dans une politique de la vengeance et du bavardage. Pourtant, celui qui arrivait au pouvoir en 2011 avait toutes les chances pour réussir : une situation financière confortable, une alliance solide qui lui donnait l’homme politique le plus convoité depuis des décennies par des régimes qui pensaient pouvoir se passer d’un autre tant qu’ils peuvent l’avoir comme allié pour gouverner, mais surtout pour gérer car son expérience de la gestion de l’Etat, avérée, pouvait leur être d’un atout certain. Alors qu’à la cérémonie d’investiture du 7 avril 2011, au Palais des Sports, la présidente de la Cour Constitutionnelle, Madame Bazèye, tirant les leçons des déboires de notre démocratie, appelait le président entrant, à se placer à la hauteur pour ne pas écouter des faucons, ces courtisans zélés qui peuvent le prendre en otage pour l’empêcher de gouverner pour un peuple, car pouvait- elle rappeler, ce sont eux qui avait égaré ceux à qui il succédait. Mais le pouvoir est enivrant et vite pris dans le vertigo du pouvoir et des dorures du palais dans un pays qui avait alors de la liquidité pour des prodigalités princières, Issoufou a vite été récupéré par un clan qui réussit à l’isoler pour lui faire croire qu’il était seul à l’aimer, à lui vouloir du bien dans le pays et dans le pouvoir. Les faucons réussirent, en mettant en marche un réseau huilé, une camarilla rapace, à isoler le président qui peut désormais croire qu’il leur doit une protection même dans le crime.

Pourtant, ce sont ceux-là qui poussaient irrémédiablement son règne au fiasco. Il ne le sut jamais, obnubiler par la magnificence de ces gros bâtiments qui trônent dans la ville, au coeur de nos misères oubliées, méprisées. Les socialistes aiment le paraitre car complexés à croire que l’urbanité fait le progrès, que l’urbanité change la vie d’un peuple. Ce sontils demandé qui peut, dans le pays, aller dans ces hôtels, dans ces lieux de conférence pour croire que par eux seuls, le Niger était Dubaï, et que par ces immeubles qui montent dans le ciel, le pays se “newkikisait”. Les préoccupations de notre peuple étaient ailleurs, pas là. Elles étaient les enjeux d’une école publique performante, d’un système de santé performant et accessible, pour une agriculture rénovée, soustraite aux caprices de la pluviométrie aléatoire pour répondre à la demande nationale et servir une industrie locale naissante, dans le renforcement de son unité.

Pour anéantir toute forme de contrariété, d’opposition qui pourrait gêner son règne, le Pnds d’Issoufou Mahamadou a cru bon – ses éminentes grises s’y sont employés – de tout briser : foutre la merde dans les partis politiques pour les affaiblir et verser leur contenu dans son contenant rose troué, de diviser les syndicats pour se mettre à l’abri de leur pression et de leurs doléances, de violenter la société civile libre. Or, un tel projet, en plus du fait que le régime se fait de la mauvaise publicité, l’éloigne davantage des vrais défis du pays pour dépenser son énergie à oublier le bien, à faire le mal contre les structures sociales et politiques organisées et contre des figures politiques devenues trop encombrantes.

Alors que le président entrant promettait de mettre un terme à la politisation à outrance de l’administration, l’on ne peut que constater à quel point l’administration nigérienne est depuis sept ans victime d’un ostracisme aveugle où, tant que l’on n’est pas d’un parti – non d’une alliance – l’on n’est associé à presque rien et Dieu sait combien les cadres des alliés ont souvent souffert de n’être que des marginaux de la gestion à laquelle ils sont censés participer. La gestion des Renaissants est désastreuse, car elle a mis à terre une économie qui était pourtant bien portante en 2011. Pour ainsi dire, le Pnds Tarayya a été pour le Niger une arme de destruction massive qui a mis à mal l’activité commerciale, tuer un tissu industrielle avec bien d’usine qui ont mis la clé sous le paillasson, une énergie devenue onéreuse et inaccessible, rendant du coup l’économie non compétitive. Dans certaines régions, par les mesures d’état d’urgence, l’économie a été étranglée du fait d’une mobilité contrariée par l’interdiction de circuler à moto. Et depuis des années que cela dure. L’ampleur de ce que le Pnds et sa gouvernance ont commis comme ravage dans le pays se passe de tout commentaire.

Ravage et pillage…

Les socialistes ont tout ravagé. Ils n’ont pas compris qu’ils avaient à accompagner un homme pour marquer l’histoire du pays, et faire en sorte que ses ambitions se concrétisent. Ils avaient oublié qu’il avait à montrer qu’il pouvait être le meilleur. Mais ils ont trahi. Ils l’ont trahi. Comment peut-on comprendre, alors que le président de la République prenait l’engagement de finir avec la menace terroriste que d’autres, se positionnent pour exploiter une telle situation grave qui met en jeu la sécurité et la souveraineté du pays à des fins personnelles, détournant les fonds qui sont destinés à mettre l’armée nationale dans les conditions acceptables pour faire face à une situation sécuritaire préoccupante, pour amasser des fortunes insoupçonnées. Le crime est immense. Une telle situation avait entamé gravement en une époque le moral d’une armée au front jusqu’à ce que, prenant enfin conscience de ce qui arrivait, les autorités avaient été amenés à opérer quelques changements salvateurs dans la hiérarchie militaire, mais sans être capable de tirer au clair les détournements monstrueux révélés par un audit qui serait diligenté parait-il par le magistrat suprême qui ne peut quand même pas avoir le courage d’aller jusqu’au bout de cette volonté, laissant aujourd’hui trainer le dossier, et décidé sans doute à protéger la pègre qui évolue sous son ombre. En attendant d’en savoir plus, le problème reste entier, les Nigériens, impatients de connaitre la suite d’un dossier qu’on ne saurait piétiner pour protéger les pillards qui ont oublié leur rôle d’aider un homme à rentrer dans l’histoire par la grande porte pour choisir par des actes de vol d’une telle envergure de ternir l’image de son passage à la tête de l’Etat qui aurait pu se passer autrement que par ces actes de mal gouvernance aujourd’hui dénoncés.

Dans les sociétés d’Etat, le même pillage a été perpétré par des hommes dont la préoccupation a été fondamentalement cette volonté chez les socialistes de s’enrichir vite, de se servir du pouvoir d’Etat et de leurs positions pour détourner, pour s’enrichir et ériger des fortunes immenses au milieu de la misère généralisée d’un pays qui sert de vache laitière à un socialisme prébendier, prédateur. Aucune inspection en dix années de gestion n’a rendu compte de la gestion à la SONIDEP où le conflit perdure avec la partie chinoise, à la CAIMA, à la SOPAMIN entre autres.

Mais la grande inconnue qui cache sans doute de grands secrets d’une gestion patrimoniale est la filière du pétrole que les socialistes ont la chance – ou la malchance c’est selon - de gérer les premiers et nombre d’observateurs soupçonnent l’immensité des gaffes à ce niveau également où des gens gentiment pauvres hier, pourraient aujourd’hui trôner sur des fortunes immenses inexplicables. Les Nigériens peuvent d’ailleurs croire que leur pétrole - qui n’est certainement plus de l’eau comme pouvait le prétendent en d’autres temps les socialistes qui profitent de la manne - ne leur a servi à rien car alors qu’il aurait pu permettre d’alléger le poids écrasant d’un niveau de vie insupportable en agissant par exemple sur la qualité de vie en proposant une énergie domestique accessible, en rendant le transport moins coûteux, notamment celui des marchandises. On se souvient d’ailleurs que le régime avait promis aux syndicats du secteur des transports qui en avait fait un point de revendication de revenir sur la question en 2016 pour des raisons électoralistes sans doute, afin de revoir à la baisse le prix de l’essence à la pompe. Il est d’ailleurs dommage que ce pays soit drôle comme s’il est en deux versions antagoniques, quand, dès qu’on arrive au niveau de Dosso, l’essence comme du pain peut se trouver partout à 300f le litre alors qu’au niveau de la capitale au niveau des stations d’essence, des essenceries comme dirait l’autre, le litre se vend à 540f, et le frelaté à 500f. Et l’on est dans le même pays !

Dans l’administration où des inspections d’Etat avaient été menées, le crime économique est abominable. C’est à croire que les hommes venaient seulement pour s’enrichir. Et ils pillaient sans état d’âme, convaincus d’avoir une protection contre laquelle même une Justice ne peut rien pour leur demander des comptes. La conséquence est qu’aujourd’hui l’administration est ruinée et démotivées, conduite par un clan qui travaille peu, mais agit plus pour gagner de l’argent. Pour certains observateurs, ce n’est pas de trop de dire que l’administration est morte comme cela est arrivé à beaucoup d’écoles publiques.

Comme on peut le voir, ceux qui doivent aider Issoufou à réussir, par leur égoïsme, l’ont plutôt poussé dans le pétrin car certainement habité par l’anxiété qui vient de cette appréhension de perdre le pouvoir et d’avoir à répondre demain de sa gestion. On peut imaginer le dépit de l’homme, à quelques petits mois de son départ, conscient de l’immensité des gaffes de ceux qui l’ont accompagné dans sa gestion et qui auront certainement trahi, car ayant plus pensé à eux-mêmes qu’à lui et à l’image qu’il doit laisser au pays à la suite de son passage à la tête de l’Etat. On comprend d’ailleurs qu’on entende plus dans l’empire rose ces extravagances et ces vanités d’une époque où, heureux d’un champion pour eux incomparables, ses adeptes pouvaient crier la «Force des arguments», et prononcer avec un orgueil débordant ce sobriquet flatteur d’une légende qu’ils construisait : «Zaki». Mais un Zaki si gentil et si bon – Bazoum l’a dit – qu’il ne peut être capable de sévir dans ses rangs pour faire mal à ces brigands qui l’entourent, mais aussi pour faire justice, une promesse qu’il n’aura jamais tenue. C’est en cela aussi qu’Issoufou, par ses indulgences, est comptable de ce qui lui arrive. Depuis, même s’il semble soutenir un candidat, l’on sait qu’il n’a pas fini de régler une équation : qui laisser au pouvoir pour vivre des jours moins anxieux après la présidence ? Une telle question reste pour lui une interrogation existentielle, car l’homme qui court pour lui succéder a une telle opposition en face de lui qu’il ne peut être capable de protéger des arrières lorsqu’il ne serait préoccupé qu’à défendre un pouvoir qui peinera à s’affirmer et à s’imposer dans un pays qui ne le porte pas. Equation à mille inconnues qui place un président sortant dans un dilemme déroutant.

Comme une vessie dégonflée, le Pnds s’est aplatie pour n’être que l’ombre de lui-même. Et des jours difficiles s’annoncent au parti de Bazoum. Les militants sont dans la débandade ; et ceux qui ont bouffé doivent payer. L’heure des comptes arrive. Inexorablement.

Gobandy

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