Interdictions des manifestations et arrestations : La dictature rose en marche

En l’espace de dix jours, le régime du Président Issoufou Mahamadou a interdit deux marches du Collectif des organisations de la société civile à Niamey, sous le fallacieux motif de «raisons de troubles graves à l’ordre public». Ainsi, les marches que ce collectif avait voulu organiser le mercredi 10 et le samedi 20 Mai derniers ont été interdites par le Maire de ville de Niamey, M. Assane Seydou qui manifeste un zèle extraordinaire à faire le sale boulot pour plaire aux responsables du Parti nigérien pour la démocratie et le socialisme (PNDS-TARAYYA) dans leurs tentatives de vouloir confisquer les libertés individuelles et collectives des citoyens. En l’espace d’une semaine aussi, trois acteurs de l’opposition et de la société civile avaient été interpellés à Agadez et à Niamey, pour avoir simplement émis des critiques sur le régime en place. C’est ainsi que le 14 Mai, l’acteur de la société civile Abdourahamane Insar a été arrêté par la police d’Agadez et conduit deux jours plus tard à la prison civile de la même ville où il est détenu actuellement. Son péché ? Avoir publié des écrits sur les réseaux sociaux pour exiger la lumière sur les 200 milliards de francs CFA de l’affaire URANIUMGATE impliquant l’actuel ministre des finances Hassoumi Massaoudou. Le même jour, à Niamey, le président du Front pour la Restauration de la Démocratie et la Défense de la République (FRDDR), l’opposant Amadou Ali Djibo dit Max a été arrêté à son domicile et conduit dans les locaux de la Police judiciaire.

Deux jours plus, il est placé sous mandat de dépôt à la Maison d’arrêt de Niamey où il se trouve toujours. Lui aussi est accusé d’avoir tenu des propos que les tenants du pouvoir ne voulaient pas entendre. Le samedi 20 Mai, c’est au tour de l’acteur de la société civile Ali Idrissa d’être interpellé et conduit dans les locaux de la Police judiciaire où il a été longuement auditionné. Contrairement à Abdourahamane Insar et Amadou Ali Djibo, lui n’a pas été placé en détention. Ainsi, il a été relaxé après son audition et convoqué de nouveau le lundi 22 Mai, avant encore d’être laissé libre de ses mouvements. Il reste tout de même poursuivi pour «incitation à la révolte». Selon de nombreux analystes, les interdictions systématiques de manifestations et les arrestations des opposants et des acteurs de la société civile – auxquelles le régime du Président Issoufou Mahamadou a de plus en plus recours ces derniers temps – ne sont, ni plus ni moins, que les signes d’une dictature qui est en train de se mettre en place au Niger. En effet, on ne peut parler de démocratie lorsque des droits élémentaires comme ceux de manifestation et d’expression sont régulièrement bafoués, pour quelque motif que ce soit. Or, tous les observateurs ont remarqué que depuis les dernières élections contestées de février et mars 2016, à l’issue desquelles le Président Issoufou Mahamadou s’est présenté seul devant les électeurs, pendant que son challenger Hama Amadou était gardé en prison, toute manifestation de contestation contre le pouvoir est systématiquement interdite. La moindre critique contre ce même pouvoir est vite assimilée à un «complot» visant à le renverser. Les médias publics ne sont accessibles qu’aux acteurs politiques et de la société civile qui applaudissent et chantent pour les tenants du pouvoir.

25 mai 2017
Source : Le Monde d'Aujourd'hui

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