Après Iro Sani, Bazoum Mohamed : Certains responsables du PNDS-TARAYYA invitent-ils l’opposition à sortir du cadre démocratique dans sa lutte ?

PndsAprès le premier vice-président de l’Assemblée nationale Iro Sani, il y a juste une semaine, c’est autour de son camarade président du Parti nigérien pour la démocratie et le socialisme (PNDS-TARAYYA) et ministre de l’Intérieur Bazoum Mohamed de reprocher à l’opposition politique de manquer de courage dans le combat qu’elle mène contre leur régime. A bien comprendre ces deux dirigeants du PNDS-TARAYYA, c’est comme si cette opposition a tort d’inscrire sa lutte dans le respect du cadre démocratique.

Parti à l’Assemblée nationale pour assister au vote par les députés de la majorité des différentes retouches que leur gouvernement a décidé d’apporter à la Constitution du 25 novembre 2010, M. Bazoum Mohamed s’est répandu sur les médias présents à l’hémicycle pour s’en prendre à l’opposition, dont le seul tort est de s’opposer à la révision de la Constitution. Et en bon responsable du PNDS-TARAYYA, il a débordé, en accusant cette opposition de manquer de courage dans sa lutte, au point de rester à ne rien faire même quand même un de ses leaders est arrêté, en l’occurrence Amadou Djibo Ali dit Max, président du Front pour la Restauration de la Démocratie et la Défense de la République (FRDDR).

Avec la même dose d’arrogance que son collègue Iro Sani, Bazoum Mohamed a aussi indiqué que quand ils étaient à l’opposition, ils ne se comportaient pas comme les dirigeants de l’actuelle opposition qui «dorment sous leurs climatiseurs». Il a peut-être raison, quand on voit la nonchalance avec laquelle l’opposition réunie menée par le Mouvement démocratique nigérien pour une fédération africaine (MODEN-FA/LUMANA-AFRICA) se fait malmener par un régime dont elle conteste même la légitimité. Seulement, Bazoum Mohamed doit, tout comme son collègue Iro Sani et tous ceux réfléchissent comme eux au sein du PNDS-TARAYYA, reconnaitre que les régimes auxquels ils s’étaient opposés ont, tous, fait l’effort, de respecter les principes de l’Etat de droit, en laissant la liberté à leurs opposants de s’exprimer. Par contre, leur régime s’est illustré comme le régime le plus brutal que le Niger ait connu depuis l’avènement du multipartisme. Sans doute que même lui Bazoum qui est ministre de l’Intérieur ignore le nombre de manifestations que leur régime a interdit à l’opposition politique et à la société civile d’organiser, pour les six (6) ans seulement qu’il est au pouvoir, alors que l’ensemble des marches du PNDS-TARAYYA interdites par les régimes de Mahamane Ousmane, Ibrahim Baré Mainassara et Tandja Mamadou, sont comptables au bout du doigt. Même le Président Ibrahim Baré Mainassara, qu’ils étaient les seuls opposants à ne pas considérer comme Président de la République, n’a que rarement entrepris d’empêcher des sorties de l’opposant Issoufou Mahamadou à l’intérieur du pays. A plusieurs reprises d’ailleurs ce dernier avait tenté de forcer les barrages des forces de défense et de sécurité. Bazoum Mohamed n’a sans doute pas oublié aussi cette scène où l’actuel Président de la République s’est rendu en pleine journée dans les locaux de la Police judiciaire de Niamey pour y extraire ton compagnon de lutte Sanoussi Tambari Jackou interpellé pour des propos aussi graves que ce dont leur régime accuse aujourd’hui Amadou Djibo Ali dit Max. Bazoum qui était présent ce jour-là se rappelle sans doute que le régime de Tandja, avec Hama Amadou comme Premier ministre, n’avait pas réagi à cet acte, qui devait conduire à l’arrestation immédiate de son auteur, et que c’est à leur niveau qu’ils avaient jugé la chose inadmissible pour décider de ramener Sanoussi Jackou dans les mains des policiers de la Police judiciaire. Bazoum Mohamed pense-t-il, en son âme et conscience, que leur régime peut pardonner à un opposant de poser un tel acte et de continuer à circuler comme si de rien n’était ? C’est tout de même malheureux que des hommes, qui sont censés encourager tous les citoyens à rester dans la légalité républicaine, se répandant sur les médias pour accuser des citoyens de manquer de courage parce que tout simplement ces derniers ont décidé d’inscrire leurs actions dans le cadre démocratique. Entre des dirigeants qui font appel à la force publique au moindre appel à manifester et des citoyens qui acceptent de sursoir à des manifestations parce qu’on a utilisé des moyens qu’offre la loi pour le leur empêcher de manifester, qui peut sérieusement accuser l’autre de manquer de courage ?

1er juin 2017
Source : Le Monde d' Aujourd'hui 

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