Issoufou Mahamadou en 2012 : « je constate que, sous la présidence de Monsieur Hama Amadou, l'Assemblée Nationale a abattu un travail législatif important (…) Notre Assemblée Nationale a cette grande chance d'avoir à sa tête un homme d'État. »

Issoufou Hama Amadou 001En relisant ce discours prononcé par le Président Issoufou Mahamadou le 03 janvier 2012 à l’occasion de la présentation des vœux du nouvel an des présidents des institutions de la République, l’envie de le partager avec nos lecteurs a été très forte. D’abord, parce qu’on y retrouve un président de la République à l’écoute de ses collaborateurs mais aussi, tout autant, plein d’humilité que d’ambition. Toute chose qui tranche d’avec Issoufou Mahamadou d’aujourd’hui. Rien que les paroles qu’il a prononcées concernant son allié de l’époque, président de l’Assemblée nationale Hama Amadou ainsi que les fleurs jetées sur le Conseil constitutionnel de transition en sont une preuve palpable. Mais comme il l’a lui-même dit : « le pouvoir corrompt ». Lisez de vous-même ….

« Mesdames et Messieurs, après mon investiture, la première institution à se mettre en place est l'Assemblée Nationale où se trouve le cœur de notre démocratie. Fut élu à sa tête, à l'unanimité, mon camarade de lutte, à chaque fois que la démocratie a été menacée dans notre pays, j'ai nommé Monsieur Hama Amadou. C'est dire, Monsieur le Président de l'Assemblée Nationale, que nous avons un socle de valeurs communes dont l'allocution que vous venez de prononcer vient de nous donner la quintessence. Aussi ne suis-je pas surpris que vous ayez apprécié, sur la base de ces valeurs, la situation internationale, notamment les bouleversements politiques intervenus dans le monde pendant l'année 2011, ainsi que la grave crise financière provoquée par les dettes souveraines, crise qui intervient au moment où sur les cendres de celle provoquée par les « subprimes » sont encore chaudes. Je ne suis pas non plus surpris, connaissant vos convictions, que vous ayez mis l'accent sur la problématique institutionnelle notamment celle de la stabilité des institutions démocratiques dans un pays où l'instabilité est récurrente. Notre conviction commune, c'est que seules des institutions démocratiques stables et fortes peuvent permettre de surmonter non seulement les accidents du suffrage universel, quand il porte par exemple des incapables au pouvoir, mais aussi pallier toutes les faiblesses et autres infirmités inhérentes à la nature humaine. Condition de la stabilité politique et d'un climat politique et social apaisé, la nécessité d'une bonne gouvernance politique et économique ne vous a pas échappée. Nous l'obtiendrons, vous l'avez souligné, à travers la reprise en main de l'administration en vue d'une meilleure qualité du service public mais aussi à travers l'exercice démocratique du pouvoir, la lutte contre la corruption, l'amélioration de l'efficacité de la dépense, une consommation optimale des financements extérieurs, l'utilisation des ressources minières et pétrolières principalement en faveur du monde rural où vit l'écrasante majorité de notre peuple. La question de l'alternance politique pacifique que le Niger n'a pas encore réussie, depuis maintenant plus de vingt ans, doit être au centre de la préoccupation de l'ensemble de la classe politique. Je considère que cette question est de celles qui permettent à un homme politique d'entrer, par la grande porte, dans l'histoire. Sur cette question comme sur tant d'autres, je remercie le Président de l'Assemblée Nationale de ses appréciations, car elles confortent mes convictions et consolident notre vision stratégique commune de l'avenir de notre pays. »

« Je constate que, sous la présidence de Monsieur Hama Amadou, l'Assemblée Nationale a abattu un travail législatif important (…) Notre Assemblée Nationale a cette grande chance d'avoir à sa tête un homme d'État. » Issoufou Mahamadou en 2012

Puis le président de la République revient sur le rôle joué par le parlement pendant ses premiers mois de magistrature suprême. Issoufou Mahamadou ne tari pas d’éloges ….

« Mesdames et Messieurs, la démocratie sera irréversible dans notre pays dès le jour où elle aura apporté la preuve qu'elle rend au peuple plus de services que les autres types de régime. D'ores et déjà, je constate que, sous la présidence de Monsieur Hama Amadou, l'Assemblée Nationale a abattu un travail législatif important pendant l'année 2011 et a adopté tous les projets de loi qui ont pour objectif l'épanouissement du peuple Nigérien. Elle a également assumé avec rigueur sa mission de contrôle de l'action gouvernementale. Permettez-moi, Monsieur le Président de l'Assemblée Nationale, de vous en féliciter, vous et l'ensemble des députés. Notre Assemblée Nationale a cette grande chance d'avoir à sa tête un homme d'Etat. Représentants du peuple, je sais combien vous, Monsieur le Président de l'Assemblée Nationale et l'ensemble des députés, contribuez à la réalisation du programme de renaissance dont le Gouvernement est le maître d'œuvre. »

S’adressant à la présidente du Conseil constitutionnel de transition, aujourd’hui, c’est tout simplement renversant, les vérités débitées par le Président Issoufou à l’époque.

« Mesdames et Messieurs, je voudrais saluer ici la rigueur et la compétence avec laquelle le Conseil Constitutionnel de Transition a géré le processus électoral si chargé, si serré et si compliqué de 2010 et 2011. Madame la Présidente, permettez-moi de vous rendre un hommage mérité, à vous et aux autres conseillers de la Cour Constitutionnelle de la 5ème République pour votre esprit d'indépendance et votre contribution à la défense des valeurs républicaines. Cela vous a valu, récemment d'être désignée femme de l'année 2011 par un journal bien connu de notre grand voisin, le Nigéria. Dans votre allocution, vous avez souligné, à juste titre, que la jouissance par le juge de son indépendance reconnue par la constitution, est une des conditions pour que la paix règne dans un pays. Je voudrais ajouter que le respect de la Loi par tous les pouvoirs, y compris par les juges, est aussi une condition de la paix sociale, tant les frustrations nées de l'injustice légale sapent la santé morale et la cohésion sociale d'une nation. C'est pour cela, que je vous donne l'assurance, Madame la Présidente, que je veillerai non seulement, à ce que nul ne soit au-dessus de la loi, mais aussi à ce que la justice ne soit rendue que dans le respect de la loi, au nom du peuple nigérien. La meilleure façon d'y arriver c'est de créer les conditions de la séparation des pouvoirs pour que le pouvoir arrête le pouvoir, car, c'est désormais connu de tous, le pouvoir corrompt et le pouvoir absolu corrompt absolument. »

« Votre esprit d'indépendance et votre contribution à la défense des valeurs républicaines » ! Pourtant, ces qualités dont on a besoin pour des animateurs de la plus haute juridiction en matière constitutionnelle et électorale n’ont pas empêché au président Issoufou de renvoyer les membres du Conseil constitutionnel de transition et les remplacer par d’autres. Pourquoi se débarrasser de Madame Bazeye Fatoumata dont la renommée a dépassé les frontières du Niger à cause de son intégrité et son impartialité ? Certes, rien n’obligeait le président de la République à garder l’équipe qui a tenu tête au Tazartché du président Tandja mais c’était quand-même une garantie d’impartialité et la certitude d’une Cour constitutionnelle qui fait l’unanimité au sein de l’opinion publique nationale et internationale. Et quand on se rappelle que l’opposition a récusé la Cour constitutionnelle ayant remplacé celle de Madame Bazeye avant les élections de 2016, l’on ne peut que s’interroger sur la justesse et les motivations de ce changement. Ce, d’autant plus que le président de la République a gardé l’équipe de l’Observatoire national de la communication issue de la Transition militaire et devenu aujourd’hui CSC, Conseil supérieur de la communication. Cela fait bientôt 7 ans qu’Abdourahmane Ousmane trône au sommet de cette institution de même que son vice-président et le SG avant que celui-ci ne soit rappelé à Dieu il y a quelque mois. Paix à son âme.

Aujourd’hui, l’une des plus grandes préoccupations des Nigériens demeure la jouissance de leurs droits et libertés mais aussi la justice. Il y a 5 ans, voici ce que le président Issoufou Mahamadou disait à ce propos : « mesdames et Messieurs, les préoccupations de justice rejoignent toujours celles relatives aux libertés. La liberté d'expression, et singulièrement de la presse, est la première mesure de la santé démocratique d'un pays. A cet égard, je pense que notre pays se porte bien. Je salue le travail remarquable accompli par l'Observatoire National de la Communication, notamment à l'occasion du processus électoral. Je voudrais souligner que les médias de l'Etat comme les médias du privé doivent être des médias de service public, car animer la vie démocratique, développer le sens civique et cultiver le sens des responsabilités contribuent assurément à renforcer la cohésion sociale et nationale, ainsi qu'à moderniser notre vie publique. Je continuerai pour ma part à veiller à l'exercice de la liberté de la presse comme je m'y suis engagé en signant la déclaration de la Montagne de la Table. »

Sans commentaire. Nous nous permettons juste une pensée à notre confrère Baba Alpha de la télévision Bonferey, en prison depuis le 30 mars 2017. Qu’est-ce que l’Homme peut changer !

08 juin 2017
Source : L'Eclosion

Like what you see?

Hit the buttons below to follow us, you won't regret it...