Après 100 jours de gouvernance nouvelle : Le Pnds Tarayya peut-il survivre au quinquennat de Bazoum Mohamed ?

Après 100 jours de gouvernance nouvelle : Le Pnds Tarayya peut-il survivre au quinquennat de Bazoum Mohamed ?

Après les 100 premiers jours de la gouvernance nouvelle que Bazoum Mohamed veut imprimer à la marche du pays, le débat public s’est davantage cristallisé sur la différence de paradigme entre Issoufou et son successeur. Une différence de paradigme mal perçue par les uns et saluée par les autres, prenant ainsi Bazoum Mohamed entre le marteau et l’enclume. Cette position, dans bien des cas, délicate, n’est toutefois pas à son désavantage. S’il suscite de plus en plus l’inquiétude dans les rangs du pouvoir, notamment au sein du Pnds Tarayya, Bazoum Mohamed est certainement conscient que la majorité des Nigériens, y compris dans l’opposition, sont prêts à l’accompagner et à le soutenir. Il n’y a pas de statistiques à propos, mais l’opinion publique est largement favorable aux tendances qu’il a affichées au cours de ces 100 jours au pouvoir. Bazoum Mohamed, rapportent des sources sérieuses, est si conscient de son départ réussi qu’il entend consolider les acquis et agir conformément aux aspirations de ses compatriotes. Des voix, et non des moindres, déclarent d’ailleurs à qui veut l’entendre que jusqu’ici le locataire actuel du palais présidentiel n’a fait que du populisme, preuve qu’il est là pour assurer les arrières à Issoufou Mahamadou dont la responsabilité, directe et/ou indirecte par rapport à de nombreux scandales financiers, est plus qu’évidente.

Bazoum Mohamed travaille d’ailleurs sur des aspects stratégiques qui conféreront à l’Etat la stabilité et la paix sociale qui ont manqué au magistère d’Issoufou

Si, donc, Bazoum Mohamed a pris un assez bon départ pour gagner la confiance des Nigériens, il a également connaissance de la fragilité de sa position. Selon des sources politiques diverses, il ne compte pas gâcher de si belles intentions populaires. Il travaille d’ailleurs sur des aspects stratégiques qui conféreront à l’Etat la stabilité et la paix sociale qui ont manqué au magistère d’Issoufou. Pour ça, il faut une bonne dose de réalisme et de sagesse que n’a pas son prédécesseur. Bazoum l’a dit et réitéré : la lutte contre la corruption sera son cheval de bataille. Il est donc, vivement attendu sur ce segment de sa gouvernance, notamment par une société civile très engagée qui ne veut pas engager tout de suite les hostilités sans pour autant lui donner de chèque en blanc. Elle attend de disposer d’assez de temps pour juger. Dans ce laps de temps, Bazoum doit agir en donnant de la suite à des dossiers de scandales financiers qui dorment dans les tiroirs de la justice et de la Haute autorité de lutte contre la corruption et les infractions assimilées (Halcia).

Face à ces dossiers qui touchent au coeur du Pnds Tarayya, ses dirigeants étant mouillés dans plusieurs affaires de milliards, c’est l’expectative pour tout le monde.

Bazoum Mohamed n’a pas le choix. Il doit, pour faire ses omelettes, casser des oeufs que son prédécesseur souhaiterait sans doute laisser couver. La corruption à laquelle il entend s’attaquer vigoureusement a été la marque de fabrique de la gouvernance d’Issoufou. Et les dossiers sur lesquels les Nigériens gardent un oeil sont des plus problématiques. L’affaire Ibou Karadjé, de ce jeune homme à qui on impute le détournement de plusieurs milliards de francs CFA est le premier défi qui se pose à Bazoum. Les Nigériens se feront rapidement une religion sur la profession de foi de l’intéressé. Or, selon les révélations faites par un confrère, Ibou Karadjé aurait cité les noms de Malika Issoufou, du ministre Djidoud ainsi que du Premier ministre actuel, Ouhoumoudou Mahamadou. Une belle brochette de personnalités jusqu’ici intouchables. Il n’y a pas que cette affaire. Il y en a d’autres, les uns plus brûlants que les autres. Celle du ministère de la Défense nationale en est un. Face à ces dossiers qui touchent au coeur du Pnds Tarayya, ses dirigeants étant mouillés dans plusieurs affaires de milliards, c’est l’expectative pour tout le monde.

Les partis d’opposition attendent de voir ce que le nouveau locataire du palais présidentiel compte leur imposer comme logique

Sur un tout autre plan, le politique, Bazoum Mohamed a clairement l’intention d’inaugurer une nouvelle ère civilisée, c’est-àdire dépouillée des pratiques malsaines d’Issoufou. Et si les prisons nigériennes regorgent encore de prisonniers politiques, il reste que, d’une façon générale, le climat politique est à la détente. Les partis d’opposition attendent de voir ce que le nouveau locataire du palais présidentiel compte leur imposer comme logique. Une attente assimilée par nombre de militants à une démission, voire une grave compromission de la part des responsables de l’opposition. Pour le moment, ils tiennent bon face aux critiques acerbes des militants dont certains sont loin d’être des enfants de choeur. Si Bazoum confirme ses intentions de civiliser les rapports pouvoir opposition et d’assainir la gouvernance financière en menant une lutte sans merci à la corruption, il gagnerait son pari. En revanche, on se demande si le Pnds Tarayya pourrait survivre à un succès de Bazoum Mohamed. Une question à laquelle, aussi curieux que cela paraisse, des jeunes loups du parti rose répondent sans ambages, oui. Leur explication : l’assainissement du parti en laissant la justice librement juger les affaires scabreuses.

Doudou Amadou

 

 

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