Issoufou Mahamadou : L’ombre envahissante

Selon la version officielle vendue à l’extérieur, le Niger passe à sa première alternance pacifique post-conférence nationale, même si pour beaucoup d’observateurs – et ils n’ont pas tort – le fameux succès opéré par Issoufou Mahamadou est tout à fait discutable pour être une alternance véritable. Lorsque de bout en bout du processus électoral il a tout mené à sa guise, presque en solo, dans le mépris total des bouderies de ses adversaires, l’on peut reconnaitre que le pays est loin de connaitre une alternance normale telle que les Nigériens peuvent la désirer. Dans la conscience de sa mal-gouvernance et surtout de ce qu’il sait que son entourage immédiat qui a bénéficié de ses indulgences s’est gravement compromis dans différentes affaires, l’homme, peut-on le comprendre, ne saurait accepter qu’un autre arrive au pouvoir et qui ne serait pas de son sérail, mais surtout capable de lui assurer les arrières. Les analystes de l’échiquier politique national savaient alors ses intransigeances à s’activer pour imposer son choix aux Nigériens pour espérer par une telle précaution, la protection du clan dont nombre d’acteurs, et de premier plan, pourraient avoir joué dans différents dossiers scabreux, aujourd’hui au centre des débats dans le pays, ne viennent, face à l’angoisse de plausibles représailles à son encontre pour les impairs du clan, que d’un certain instinct de conservation et de survie politique. Mais l’on sait que la cooptation de Bazoum Mohamed ne semble pas assurer tellement l’homme qui quitte le pouvoir et qui pourrait peut-être l’avoir regretté quand certains de ses pairs peuvent réussir à triturer leurs constitutions, pour rester au pouvoir en se bricolant un troisième mandat-haram (Illégal).
Premier signe d’insubordination, premier signe d’inquiétude…

C’est à l’investiture que le nouveau président surprend un camp de son parti plus attaché, pour des raisons évidentes, à celui qu’il est convenu d’appeler désormais l’ancien président et qui peut ne pas savoir que parce que ce n’est plus lui qui est aux commandes, il a perdu de sa puissance et de son influence pour croire qu’il peut être le manipulateur de la Renaissance acte III et notamment parce que celle-ci serait le produit de ses efforts, de son investissement personnel à prendre en otage la démocratie nigérienne. En effet, intervenant après son intronisation, et dissipant l’ambiance festive de la cérémonie, Bazoum, sans gant, peut décliner devant le parterre d’invités et de militants survoltés, d’alliés et de responsables de son parti, la manière par laquelle il entend gouverner le pays, mais non sans effrayer bien d’hommes et de femmes qui savent qu’ils trainent des casseroles bruyantes. Il dira sans ambages que plus personne ne sera de quelque secours pour un autre si tant est que par ses actes, il devrait avoir maille à partir avec la justice du pays. Il est vrai qu’il n’y avait aucun opposant dans la salle en ce jour de la passation des pouvoirs où Zaki peut faire le show de son succès en réussissant à installer, contre vents et marées, l’homme de son choix sur le trône que les adversaires disent usurpé. Peut-être, a-t-il douté déjà qu’il puisse manipuler son dauphin, car trop libre de pensée. Ce dernier, tenu à ses convictions et à ses principes, a une autre compréhension de son rôle et de sa gouvernance qui ne saurait s’assujettir au diktat de son mentor, fut-il celui qui lui fit le bien de devenir président du Niger. Il sait que son contrat c’est désormais plus avec les Nigériens qu’avec un certain lobby qui a fait le mal et qui veut se servir de son pouvoir comme bouclier contre la justice qui pourrait sévir contre les indélicats.

Par les appréhensions qu’il a de ce que pourrait être la gestion de son candidat chouchou, l’homme ne peut s’éloigner du pouvoir pour donner les coudées franches au nouveau maître des lieux pour gouverner librement et selon ses choix. Il s’installa alors dans les alentours immédiats du palais ; partageant avec son successeur, la garde présidentielle et gênant en même temps la voie publique qu’il peut obstruer pour encore déranger les citoyens dans leur mobilité. De quoi a-t-il si peur pour continuer même après ses deux mandats, n’étant donc plus président en exercice, à se mettre sous des boucliers, à se cacher derrière les chars et les armes ? Peut-il avoir conscience d’avoir fait trop de mal pour avoir cette précaution surprenante pour le démocrate prétend être élu, selon ses propres statistiques, à plus de 92%. Peut-on être tant aimé dans un pays et avoir si peur ?

Issoufou hante le nouveau régime…

Issoufou est parti sans partir. Il est là par les hommes qu’il a imposés mais aussi, par le fait que certains dossiers emblématiques, restent toujours hors du champ judiciaire et pour cause, bien de personnes soupçonnées, comme dans d’autres affaires, sont aux affaires, travaillant avec Bazoum Mohamed comme des collaborateurs de premier plan. Alors que partout dans le monde, les anciens présidents restent discrets, retrouvant leur normalité, invisibles sur les médias et les espaces publics, lui voudrait toujours être sous les feux de l’actualité. Et sa fameuse fondation peut servir de bon prétexte. Au Niger donc, l’ancien président ne peut se faire oublier, et s’invente des situations-alibis pour être sous les feux de la rampe, oubliant qu’il appartient à l’histoire. Aussi doit-il laisser à ses concitoyens et aux historiens le privilège de dire ce que la postérité doit retenir de son passage à la tête de l’Etat. Il n’appartient ni à lui ni à ses laudateurs d’écrire l’Histoire pour forcer à construire des épopées imméritées à son action et lui offrir des glorioles factices.

Il y a quelques jours, sur les réseaux sociaux, on peut le voir en compagnie d’une des premières dames avec le couple Ouattara, présenté par les internautes de service du Gurisme comme  un autre signe de succès et ce comme pour dire que leur champion, auprès des autres présidents, a encore de l’écoute et que, pour cela, il ne pourrait être comparable à l’homme qu’il a fait. Dans cette manière de faire le focus toujours sur un homme qui n’a pourtant pas trop convaincu au pays, l’on comprend qu’on veuille, par un tel forcing, lui trouver une place glorieuse dans l’Histoire du pays, en tentant ainsi de le présenter comme étant le plus grand homme d’Etat que le Niger n’ait jamais connu. Pourquoi donc vouloir continuer, même sur des médias officieux – les réseaux sociaux en l’occurrence – à présenter l’homme dans toutes ses activités. On ne peut donc pas comprendre pour quel intérêt on voudrait informer les Nigériens sur ses moindres déplacements qui restent pourtant de ses activités privées qui ne peuvent intéresser personne. Encore qu’en dix ans, les Nigériens ont tout appris de l’homme.

Puis, avec une carte d’invitation qui a largement circulé sur les réseaux sociaux, l’on apprend qu’il est attendu à Tahoua où il devrait se rendre. Pour cela, les populations devraient lui réserver un accueil chaleureux. Pourquoi ? Est-ce pour montrer que c’est parce que c’est chez lui ? L’acte politiquement est maladroit et pourrait corroborer les relents sectaires dont certains observateurs accablent sa gestion. Faut-il qu’à chaque visite à Tahoua les populations sortent pour l’accueillir ? Il fait reconnaitre qu’on en fait trop. Quel message veulent donner aux Nigériens, ceux qui se donnent cette fantaisie ? Pour Issoufou, on l’avait déjà dit et on l’avait décrié, chaque fois qu’il va dans son Tahoua natal pour ses vacances, alors qu’il est dans un déplacement privé, fut-il le président de la République. Ce n’est pas avec des artifices que l’on peut se construire un renom. On pose des actes et on laisse aux autres le soin de vous construire les lauriers qui vous distinguent si tant est qu’on doit les mériter. On ne force pas la réputation. Ces légèretés ont un impact sur le champ politique car pouvant raviver les réflexes et les débats identitaires qui se sont aujourd’hui ravivés dans le pays. On en fait trop et il n’y a plus personne autour de l’homme pour alerter sur ces dérives dangereuses pour un pays fragile et fragilisé dont il faut pourtant prendre soin le plus rapidement possible.

Peut-il d’ailleurs se rappeler qu’il y a encore beaucoup d’anciens premiers ministres dans le pays dont les passages dans leurs terroirs pendant qu’ils étaient en fonction, si ce n’est pour une visite officielle, n’ont jamais été médiatisés, partant dans l’humilité et la discrétion se reposer auprès des leurs. Aujourd’hui encore, l’on peut avoir dans le pays deux anciens présidents en vie, très rattachés eux aussi à leurs terroirs où ils se rendent régulièrement sans que jamais leurs déplacements ne soient médiatisés. Combien de fois, Salou Djibo va à Namaro ou que Mahamane Ousmane part à Zinder, sans que jamais, leurs visites « au village » ne soient forcément un événement important à porter à la connaissance des Nigériens.

Rester humble…
Ces vanités sont de trop et peuvent donner aux Nigériens un message qui pourrait faire de la mauvaise publicité à des hommes qui ont cru qu’ils ont réussi pour trouver du plaisir à se plastronner devenant les leurs, suspendus à des vanités incurables. Issoufou doit avoir de l’humilité pour faciliter le travail à Bazoum Mohamed qui aspire à « rassembler » et à « avancer » et surtout à rassurer les Nigériens qu’ils peuvent enfin vivre notre démocratie dans le respect de l’autre, dans l’acceptation de nos différences. Dans la tolérance surtout. En partant chez lui où Katambé et Dodo devraient mobiliser les populations, voudrait-il montrer qu’il est populaire et pour quel intérêt le ferait-il aujourd’hui qu’il n’est plus au pouvoir ? Il doit libérer la place au nouveau président pour l’aider agir en toute liberté pour assoir la politique qu’il ambitionne pour le pays.

Le Niger doit changer. Les Nigériens aussi.

ISAK

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