Politique comparée / Issoufou-Bazoum : deux regards différents

Le PNDS Tarraya, depuis quelques années, fait face aux aspérités de la gestion du pouvoir, découvrant ses contradictions et les courants antagoniques qui le traversent. Le pouvoir divise, c’est certain. Il ne peut donc pas résister aux aléas de la politique et si jusqu’à une certaine date, il prétend avoir gardé son unité, il reste que c’est bien parce qu’il est resté longtemps en dehors du pouvoir pour ne pas avoir en son sein, des luttes d’intérêts et surtout des adversités internes qui peuvent l’ébranler pour mettre à nu les divergences entre les différents acteurs qui voudraient, chacun, tirer l’appareil du parti à son profit. C’est à l’épreuve du pouvoir que les partis politiques découvrent leur fragilité. Si le parti a su traverser le tumulte né de la course à la candidature de la candidature, avec les deux protagonistes aujourd’hui réconciliés, il reste que depuis quelques temps, avec l’installation du nouveau président, quelques divergences prennent forme au sein du nouveau système et annoncent de grands orages au sein du PNDS-Tarraya.

Depuis plus de trois mois qu’il dirige, Bazoum Mohamed a imprimé un nouveau style de gouvernance qui rencontre l’assentiment des Nigériens qui peuvent enfin apprécier l’homme, du moins sa manière de gouverner les hommes et surtout d’avoir de la tolérance pour laisser à chaque Nigérien, fut-il de la société civile, de la presse ou des partis adverses, la place qui lui revient dans le jeu démocratique et dans la nation forcément bâtie sur la cohérence des différences qui la composent. Depuis quelques mois, les Nigériens respirent mieux, personne ne pouvant plus être dérangé, harcelé comme ils l’ont connu pendant dix année de magistère sous Issoufou, Zaki, l’empereur rose. Les deux hommes ont, ensemble, créé et fait vivre le parti pour le pousser jusqu’aux sommets. Mais les Nigériens étaient loin de s’imaginer que les deux hommes pouvaient être si différents. Du style de gouvernance…

S’il y a un homme qui devrait être rancunier vis-à-vis de certains Nigériens pour vouloir leur faire payer leur conduite à son égard, conduite faite d’adversité irréductible, c’est bien le nouveau président contre lequel un large front s’était formé pour d’une part contester sa nationalité d’origine, et combattre sa candidature d’autre part. Mais l’homme a pardonné, ainsi qu’il l’avait dit, regardant désormais devant lui pour conduire le pays. Il ne s’est pas encombré de rancune et vit sa présidence avec un fair-play politique qui surprend jusque dans les rangs de ses partisans qui ne peuvent comprendre qu’il ait pour ses adversaires tant d’indulgence qui frise l’amitié pour des gens qui ne devraient pas le mériter. Depuis qu’il est arrivé au pouvoir, il n’a dérangé personne et gouverne de manière soft, regardant avec minutie notre société pour mieux la comprendre et savoir la gouverner afin que bien de comportements changent. Pour ses opinions, Bazoum n’a dérangé personne. Il n’a emprisonné personne si ce n’est ceux qui, pour avoir mal géré, doivent répondre de leurs actes devant le juge. Et on comprend d’ailleurs pourquoi, depuis quelques temps, au sein de la mouvance, du moins du parti présidentiel, on peut entendre bien de voix grommeleuses, irritées depuis peu par les tournures, pour eux un peu tragiques, que prend le nouveau pouvoir qu’ils viennent d’installer. Mais il reste comptable de tous ceux qui, pour des considérations politiques, végètent encore dans le goulag de leur système, emprisonnés pour une manifestation, ou pour une parole déplaisante du genre que des hommes des deux camps ont pourtant tenue pendant la campagne et pour d’autres même après ou avant. Et les Nigériens les connaissent.

L’élégance des gestes du président-philosophe, depuis des semaines, a rassuré les Nigériens et cela avait décrispé le climat politique très tendu depuis des années dans le pays. Les Nigériens ne demandaient pas mieux et pouvaient être compréhensifs à l’égard de leur nouveau président pour lui devoir un répit qui donne des chances au dialogue et à la réconciliation même si l’on sait que les faucons ne désarment pas et continuent de chercher à prendre à leur avantage la gouvernance pour laquelle, pourtant, le nouveau magistrat reste tatillon, et assez prudent. L’entente et la cordialité entre les Nigériens ne fait pas l’affaire de ceux-là qui jouent au défaitisme, ulcérés par la conduite aux allures de gentleman de celui qui préside depuis des mois aux destinées du pays. La comparaison que les deux styles de gouvernance donnent à apprécier n’est pas du goût du sérail d’Issoufou et pouvait faire payer au chargé de la communication de Bazoum Mohamed cette tendance, accusé, nous dit-on, de favoriser la comparaison déplaisante et qui fâche. Mais ce n’est pas que sur ces aspects que les deux hommes marquent leur différence. Deux socialistes, deux visions diamétralement opposées…

Tout en relevant le caractère maladroit des vacances non officielles que peut prendre l’ancien président pour vouloir leur donner le même accent comme lorsqu’il était au pouvoir, il nous plait ici de noter que par cette gaucherie, Issoufou Mahamadou a étalé par ses extravagances tout le sens qu’il donne aujourd’hui à la gouvernance actuelle et surtout de ce que, par pareil comportement, il pouvait banaliser et l’Etat et un « président démocratiquement élu » auquel il semble vouloir damer le pion, en montrant par la mobilisation qu’il instrumentalise dans ce qui serait son fief qu’il reste le grand chef, au nouveau président et à son système. Personne ne saurait dire que ce déplacement à Tahoua il le fait en tant qu’ancien président de la République, ou en tant que militant du PNDS qu’il n’a pas encore regagné officiellement après que son accession à la magistrature suprême l’ait obligé de démissionner du parti pour se mettre au-dessus de la mêlée – ce qu’il ne pût jamais – ou encore en tant que magistrat suprême déchu et mécontent de ce qu’il perd les paliers de ses influences et de son autorité d’une époque à jamais révolue. Rien ne peut justifier ce déplacement, ni le statut d’ancien président, ni même, par l’éthique politique, son statut de ressortissant de la région qui pourrait ainsi, maladroitement, envoyer par ce choix, à un moment où le président en exercice, comme l’ont fait du reste avant lui d’autre président, va également chez lui, dans son bled, pour passer des jours heureux de vacance, loin des grands bruits de la ville. Les images que les deux hommes envoient à la société contrastent, montrant par le style de chacun, deux socialismes contradictoires.

A Tahoua, Issoufou est dans l’extravagance et tout le monde peut comprendre les raisons qui l’ont poussé à sortir de l’anonymat dans lequel une retraite politique le confinait et le poussait pour ressurgir aujourd’hui par des vacances officieuses et s’offrir aux feux de l’actualité, tant l’homme aiment être porté par les médias – et ça tout le monde le sait – pour se faire voir et adulé comme on peut l’entendre chez certains partisans zélés. A qui d’ailleurs parlent-ils, quand ils peuvent dire : « nous serions toujours avec vous » en langue locale. Et pour quel intérêt, aujourd’hui, peuvent-il tenir de tels propos décalés pour un homme qui n’est plus aux affaires et qui, théoriquement, ne peut plus avoir d’ambition politique pour revenir sur la scène ? Les Nigériens sont avertis…

Ce message s’adresse-t-il à Bazoum ? Personne ne pouvait voir l’intérêt politique, pour lui, de cette action, de ce déplacement à un moment où, chaque jour qui passe, des cas graves de sa gestion sont révélés. Est-ce donc pour narguer les Nigériens qu’il le fait pour leur dire qu’il est intouchable et avec lui, la marmaille d’hommes et de femmes qui se sont compromis à ses côtés dans la gestion du pays. Dans l’acte ainsi posé il était impossible de voir le socialiste qu’on n’a d’ailleurs pas vu en dix années de gestion plus portée sur la luxure et la bonne vie. Comment un socialiste-chômeur qui ne peut se prévaloir d’aucune fortune avant d’arriver au pouvoir, peut-il se flatter après seulement dix années de gestion d’être devenu multimilliardaire quand on fait en plus de son fortune en argent frais en banque déclarée à la Cour, tout ce qu’il dit avoir acquis comme terrains, immeubles et consorts ? Le seul titre de chef d’Etat et du pays le plus pauvre de la planète, classé dernier chaque année sous son magistère, peut-il justifier une telle fortune colossale, injustifiable ? En tout cas, personne n’a compris l’objet de cet accueil qu’il pouvait se faire réserver chez lui et pour quel message il le fit. Au même moment, loin des caméras officielles et des dorures du palais et du ronronnement intempestif et fastidieux de la ville, Bazoum a entamé ses vacances dans son Tesker, se conformant à la vie paysanne nomade dans des prairies vastes et reposantes, vertes de bonheur et luxuriantes, passant ses temps de détente au milieu de troupeaux de chameaux qu’il pouvait traire. Sur Facebook, les Nigériens peuvent voir comment leur président passe ses vacances, dans le calme et dans la communion avec son milieu naturel quand, à l’autre bout, comme pour le défier, l’autre, bouffi de vanité, peut s’encombrer d’un vacarme provocateur, haranguant les siens devant lesquels, il peut avoir publiquement des mots faussement gentils pour son prédécesseur, mais quand on considère l’inopportunité de ce déplacement mal à propos, du moins dans ses formes, on se demande bien ce qu’on pourrait s’être dit entre quatre murs, loin des oreilles indiscrètes, pour parler d’un homme que l’Ader pourrait croire avoir fait roi pour l’avoir soumis à ses désirs.

Bazoum n’est pas un novice en politique pour comprendre les hypocrisies des intrigues politiques et sans doute qu’il sait aussi à quoi s’en tenir. Si tant est que son prédécesseur voudrait l’aider, sans doute qu’il aurait agi discrètement pour se dispenser de cette manière assez outrageante d’agir. Plus franchement, sans doute qu’il pouvait mieux l’aider plus discrètement, notamment en lui rendant la tâche facile pour faire voir clair dans la gestion qui avait été faite sous ses deux mandats afin de lui éviter de tomber dans les mêmes travers et de promouvoir des hommes et des femmes dont il aurait pu se passer pour leur inconduite.

Si ces jeux devraient durer, sans doute que la situation, n’en déplaise à Jeune Afrique, entre les deux hommes ne peut que se détériorer. Les hommes peuvent partager tout, sauf le pouvoir. Les deux hommes sont différents et les Nigériens, dans leur écrasante majorité, par les actes que chacun des deux aura posés, ont porté leur préférence sur le nouveau, oubliant l’ancien qui veut forcer à s’incruster dans leur mémoire.

Le Niger veut changer. Il veut le changement. C’est la nouvelle marche.

ISAK

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