Issoufou Mahamadou et son «anogo» La nostalgie du pouvoir étouffe déjà l’ancien président

Le Président Mohamed Bazoum est averti. Son prédécesseur est en train de monter crescendo dans ses aveux. Après avoir confié à un journal français qu’il est hors de question pour lui de s’éloigner de la gestion des affaires publiques et qu’il sera toujours là pour donner à son successeur des conseils et lu dire des vérités, il a récemment déclaré, dans un meeting tenu à Tahoua où il séjourne actuellement, qu’il a le «anogo», littéralement la nostalgie, de l’accueil populaire qui lui a été réservé. Une expression qui, de l’avis de maints observateurs, traduirait le regret profond qu’Issoufou Mahamadou nourrirait depuis son départ du pouvoir. Le mot de l’ancien président vaut son pesant d’or. Intervenu dans un contexte politique de profond malaise du fait du changement de paradigme apporté par le Président Bazoum dans la gouvernance, le «anogo» d’Issoufou Mahamadou sonne comme, sinon une volonté de revenir aux affaires, du moins le regret d’avoir quitté le pouvoir. La volonté du nouveau locataire du palais présidentiel de livrer une guerre sans merci contre la corruption, l’affaire Ibou Karadjé qui semble en être le début de la matérialisation, les nombreux contrepieds que Bazoum a pris par rapport à des positions et politiques qui semblent être l’identité remarquable de son prédécesseur, tous les ingrédients sont là pour indiquer que Issoufou Mahamadou pourrait se révéler un gros problème pour le Président Bazoum. Les peurs constatées dans le camp d’Issoufou dont les partisans reprochent à Bazoum son écart avec les moeurs du régime laissent entendre que l’intéressé est dans le collimateur des faucons du régime. À Tahoua depuis le samedi 21 août 2021, dans le cadre de la fondation qu’il a lancée en juin 2021, apprend-on, Issoufou Mahamadou a pratiquement réuni autour de lui le gotha du Pnds Tarayya convoquant volontiers ceux qui traînent les pieds pour s’y rendre ou qui semblent soigneusement éviter de se prêter à ce jeu malsain qui corrobore la coexistence d’un président plus virtuel que réel et d’un président plus réel que virtuel. Mécontents, ambitieux aveugles prêts à tout pour se hisser au sommeil, hommes d’affaires partisans ou sérieusement gênés, militants inquiétés par la volonté du Président Bazoum dans le cadre de la lutte contre la corruption, tous se sont donné rendez-vous à Dandadji. La retraite dans son village natal, apparemment bien calculée, de l’ancien président, est un coup dur pour le chef de l’Etat qui constate, avec impuissance, sa marge de manoeuvre très limitée face à son prédécesseur qui garde toujours la haute main sur les leviers du pouvoir. Le retour à Niamey des deux hommes qui se partagent le pouvoir à Niamey est annoncé chargé d’électricité. Les peurs constatées dans le camp d’Issoufou dont les partisans reprochent à Bazoum son écart avec les moeurs du régime, faites de corruption et de détournements massifs des deniers et biens publics, laissent entendre que l’intéressé est dans le collimateur des faucons du régime. Selon de nombreuses rumeurs, on le soupçonne d’avoir commis trop de péchés pour être pardonné. Soit, il ravale ses promesses de mener la guerre contre la corruption pour se mettre dans les rangs derrière Issoufou, soi il a intérêt à se retrousser les manches.

Issoufou Mahamadou représente une tache noire sur un voile que Bazoum veut blanc Selon des informations reçues de sources crédibles, le Président Bazoum rentrera de ses vacances le samedi 28 août 2021. Issoufou Mahamadou, lui, pourrait rester plus longtemps à Tahoua pour des consultations diverses ou pour noyer son «anogo». Entouré d’une partie de la garde présidentielle, toujours à son service et d’un nombre appréciable d’officiers de la police, de la gendarmerie et de la garde nationale, Issoufou Mahamadou représente une tache noire sur un voile que Bazoum veut blanc. Un contraste particulièrement handicapant pour le locataire du palais présidentiel qui, selon des sources politiques sérieuses, vit très mal cette situation. Il se sait incapable de convaincre de sa bonne foi tant qu’il ne mènera pas, avec fermeté, cette guerre tant attendue de ses concitoyens, contre la corruption. Un fléau qui a permis à des individus de s’enrichir de façon inimaginable, dépouillant l’Etat de ses ressources. Mais, il n’y a pas que la lutte contre la corruption qui dérange autour de l’ancien président. L’humanisme avec lequel Bazoum aborde et traite certains sujets dérange également, le présentant aux yeux des partisans d’Issoufou comme un traitre qui est en train de faire la part belle à des opposants. La prolongation du séjour de Hama Amadou en France ainsi que l’autorisation accordée à Boureima Moumouni dit Tchanga pour poursuivre ses soins médicaux à l’hôpital de Niamey sont autant d’actes critiqués et condamnés dans les rangs des partisans d’Issoufou.

Laboukoye

 

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