Opposition : quel combat lui reste-t-il ?

L’accalmie générale sur le champ politique déroute et les grands orages que la crise augurait se sont dissipés. Alors que les élections se terminaient sur un contentieux qu’une crise politique que l’on a trainée depuis des années a exacerbée, l’on était loin de s’imaginer que le climat politique pouvait s’apaiser aussi facilement, tant les divergences étaient fortes, les positions presque irréconciliables. L’Opposition, dans ses premières déclarations, disait ne pas reconnaitre les résultats annoncés et dit ne jamais reconnaitre la victoire annoncée que la Cour Constitutionnelle pouvait par la suite entériner pour installer sur le trône disputé, à la suite d’une cérémonie faste et grandiose, au coeur des malaises, le nouveau roi. Cette position avait d’ailleurs, quelques trois mois après, été réitérée mais sur fond d’une fissure visible au sein d’une opposition désormais incapable de parler d’une seule voix et surtout incapable de sauvegarder son unité pour être unie dans le combat qu’elle annonçait pour faire respecter ce qui serait pour elle la vérité sortie des urnes et que l’on a fini par trafiquer. C’est depuis l’annonce de la victoire que le parti annoncé victorieux de la présidentielle avait mis en marche sa stratégie, celle qu’il sait mieux faire au monde, c’est-à-dire travailler à semer le doute et la méfiance chez ses adversaires afin, justement, de les diviser. C’est dans cette optique qu’un certain discours cajoleur avait été déployé et il présentait Ousmane, le candidat de l’Opposition, à la différence de ses partenaires et notamment du Moden Fa Lumana, comme un homme sage et pondéré. Et profitant d’un tel discours, on lui fit un appel du pied, lui promettant d’accéder à toutes ses demandes et il apprit par la même occasion, qu’il est le « grand frère » à qui le frère junior ne saurait rien refuser. C’est peut-être tentant.

Des incohérences d’un combat politique…

L’on se souvient que la proclamation des résultats par la Cour Constitutionnelle – d’abord annoncée pour un après-midi puis reportée pour le soir – avait été suivie d’émeutes dans la ville qui prirent les allures d’une guérilla urbaine non sans avoir effrayé un régime qui se sait fragile. Les colères qui couvaient depuis des années finirent par éclater. On peut d’ailleurs se souvenir que nombre de chancelleries et autres organismes, inquiets de ce que la situation pourrait dégénérer, avaient, pour des jours, interdit à leurs employés de sortir et les ont fortement conseillés de rester chez eux. Niamey surtout avait connu un branle-bas qui pouvait faire comprendre aux observateurs de la scène politique la profondeur des malaises dans le pays car ces turbulences n’ont jamais été coordonnées, car spontanées. La violence des manifestations en dit long sur la gravité du contexte politique. Personne ne voulait assumer cette grande cohue et pour éteindre le feu, le système Issoufou encore en fonction, pouvait, à la place du Juge et ce à la suite d’une sortie médiatique inopportune du ministre de l’Intérieur qui cache mal les connivences entre l’exécutif et le judiciaire, désigner des coupables qui furent alors conduits en prison dans l’indifférence totale de responsables politiques qui affichèrent alors un profil bas, abandonnant et des militants et des responsables politiques de haut rang poussés dans le traquenard du système Issoufou finissant. Mais plus qu’un autre, c’est surtout une déclaration de la même opposition qui vient démentir une manifestation prévue un vendredi, manifestation ayant apeuré tout le pays qui a profondément déçu bien de milieux de l’opposition. Depuis ce que d’aucuns considèrent comme une sortie inopportune, bien de militants et de sympathisants de l’Opposition, avaient été déçus et perdaient espoir quant à l’aboutissement du combat que leurs responsables annonçaient avec frénésie. Dès lors, les analystes avertis avaient compris qu’il ne pourrait être que très difficile pour cette opposition d’accorder ses violons, pour convaincre et mobiliser ses troupes gagnées par un certain scepticisme.

Pourquoi donc cette opposition avait-elle peur de s’assumer et de porter courageusement son combat pour se faire respecter ? Faut-il croire que justement, certains voulaient incarner la bonhommie dont on les créditait pour les pousser à se démarquer du comportement des ceux qui seraient, de l’avis de leurs adversaires, des extrémistes ? Tant il est vrai que personne ne comprenait ces incohérences qui frisent la peur de la part de gens qui avaient crié sur tous les toits qu’ils n’accepteront jamais les résultats qu’on leur fait avaler comme une couleuvre.

Bombe à retardement…

Alors que l’on était dans l’expectative avec une opposition qui ne sait plus sur quel pied elle doit danser, quelques trois mois après, l’on entend, le candidat du changement que bien d’autres partis déçus ont fini par abandonner dans son combat, vint faire une autre déclaration, dans laquelle, non sans décevoir encore une fois, il prétend encore ne pas reconnaitre la victoire du président qui gouverne depuis trois mois, s’accrochant au fantôme qui lui sert de gilet de sauvetage, à savoir la saisine par ses conseils, de la Cour de justice de la CEDEAO à laquelle, pourtant, les Africains ont fini par ne plus croire depuis des années. Après plus de trois mois de son investiture et de sa prise de fonction pour prendre les pleins pouvoirs, il n’est que chimérique de croire que les Juges de la CEDEAO, même lorsque les motifs invoqués pour soutenir la contestation sont notoires et irréfutables, puissent donner une suite à la requête afin d’invalider le scrutin entaché d’irrégularités ou, ainsi qu’il peut l’espérer, reprendre le pouvoir à l’autre pour le lui remettre. C’est un scénario impossible, somme toute rocambolesque, et qu’on n’a presque jamais vu dans les plus vieilles démocraties. Faut-il croire que cette déclaration n’est commandée que parce que le candidat Ousmane se serait rendu compte que par la conduite qui a été la sienne, le large front qui s’était constitué autour de lui et de sa candidature, est en train de s’effriter, laissant un grand désert autour de lui et de son aventure.

Comment comprendre que c’est seulement après trois mois qu’il revient pour faire une déclaration dans laquelle il peut demander la « libération sans condition » de tous ceux qui ont été arrêtés et emprisonnés à la suite de la contestation postélectorale ? Son hibernation pendant cette longue période pour ne resurgir qu’après trois mois ne peut donc convaincre personne à sa victoire et à son combat.

C’est à croire que cette opposition n’existe plus. En tout cas elle s’est émiettée et même lorsque le principal parti de l’Opposition, le Moden fa Lumana de Hama Amadou, n’a pas officiellement annoncé de divorce avec le candidat qu’il a soutenu pour lui donner une victoire à portée de main, il reste que par certains silences, l’on ne peut que douter de la solidité de l’alliance.

Et la question que tout le monde se pose aujourd’hui est de savoir si cette opposition peut encore resurgir pour reprendre le flambeau de la lutte.

Des signes qui militent en sa faveur et en la faveur de son combat politique…

Les contradictions que l’on peut voir au sein du pouvoir et du PNDS, montrent bien que les ardeurs peuvent se réveiller et que l’Opposition pourrait reprendre le flambeau de la lutte mais une telle perspective reste peu plausible. D’ailleurs, si certains caciques du parti plus attachés à l’ancien président jouent au trouble-fête pour contrarier sa gouvernance, pour nombre d’observateurs, la lune de miel avec le sérail du président sortant, ne saurait durer pour ne donner de choix à Bazoum Mohamed pour sortir de ce cancan que de songer à reconfigurer le paysage politique pour échapper à l’influence de l’autre et travailler à avoir une majorité qu’il pourrait mieux contrôler. Il a les cartes en main car c’est lui qui décide aujourd’hui pour savoir s’inspirer de l’actuel président congolais aujourd’hui libéré de l’influence de son prédécesseur.

Il n’est donc pas évident que l’Opposition à Bazoum garde sa force de frappe dès lors qu’elle risque de perdre bien de ses composantes aujourd’hui désespérer du combat pour lequel Ousmane aura montré peu d’intérêt. Et les rangs s’effritent.

Bazoum peut dès lors sourire d’avoir l’opposition la plus squelettique. Mais la suite dépendra de la conduite future de son pouvoir.

Peut-il savoir capitaliser cet acquis majeur ?

ISAK

 

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